Notes de Prod. : Invictus

    en DVD le 19 Mai 2010

Notes de production

La finale de la Coupe du Monde de Rugby de 1995 fut perçue dans la plupart des pays du monde comme un grand événement sportif. Pour la population d’Afrique du Sud, ce fut encore bien davantage : un tournant historique, une expérience de portée nationale, qui refermerait les blessures du passé et ouvrirait de nouveaux espoirs. L’architecte de cet événement fondateur fut le président Nelson Mandela ; ses bâtisseurs, l’équipe des Springboks sous la direction de son capitaine, François Pienaar.

Invictus évoque la rencontre de ces deux hommes, dont l’un aspirait à réconcilier son pays avec lui-même, et l’autre à mener l’équipe nationale de rugby à la victoire. Deux hommes d’exception, qui firent cause commune, avec pour mot d’ordre «Une équipe, Un pays». Dans le film, Mandela cite à Pienaar un poème qui fut pour lui un soutien et une source d’inspiration durant sa longue captivité. Ce poème, «Invictus», est l’œuvre de William Ernest Henley. «Il n’évoque pas une figure spécifique de notre film, mais dévoile son sens au fil de l’histoire», indique Clint Eastwood. Le rôle de Nelson Mandela est tenu par Morgan Freeman, qui est aussi l’un des producteurs exécutifs d’Invictus. Morgan Freeman : «Ce film retrace un grand événement sportif et politique, dont peu de gens ont conscience. Je ne pense pas qu’on ait jamais vu une nation se souder aussi rapidement, aussi puissamment qu’à l’occasion de cette finale. On ne laisse pas passer la chance de raconter une telle histoire avec un homme aussi doué que Clint Eastwood


Lorsque Mandela arrive au pouvoir, après 27 ans d’emprisonnement, l’Afrique du Sud est un pays meurtri, au bord de l’implosion. Pour réconcilier les ethnies, il ne suffit pas de proclamer la fin de l’apartheid. Le pays a besoin d’un symbole et d’un ferment d’unité nationale. Mandela décide de miser sur une victoire des Springboks à la Finale de la Coupe du Monde de Rugby, qui doit se dérouler en Afrique du Sud. Clint Eastwood : «L’histoire se situe à un moment clé de la présidence de Mandela. En faisant appel au sport pour réconcilier le pays avec lui-même, Mandela s’est montré visionnaire. Il était conscient de la nécessité de mobiliser et rassembler la nation autour d’un projet. Cette finale était sans doute le seul objectif que Blancs et Noirs pouvaient partager à l’époque. Mandela savait que l’ensemble de la population devrait renouer le dialogue et se mettre à travailler main dans la main pour que le pays réussisse. Quelle meilleure illustration de ce concept qu’une victoire de l’équipe nationale ?» Mandela rêve d’une «nation arc-en-ciel», dont le nouvel uniforme vert et noir des Springboks serait le premier symbole visible. Mais ce plan n’est pas sans danger. Face à la gravité de la crise sociale et économique, même les plus proches conseillers du président se demandent s’il est raisonnable de se focaliser sur un match de rugby. Beaucoup se demandent aussi pourquoi Mandela soutient les Springboks alors que les Noirs de son pays veulent éradiquer à jamais ce nom et cet emblème qui leur rappellent cruellement l’apartheid. Mais Mandela sait qu’éliminer cette équipe blanche n’aboutira qu’à creuser encore un peu plus l’écart entre races, jusqu’au point de non-retour.

John Carlin, auteur du livre «Déjouer l’Ennemi», sur lequel ce film est basé, rappelle le contexte : «Il faut savoir que la fameuse chemise verte des Springboks était aux yeux des Sud-africains noirs un cuisant rappel de la ségrégation et des ignominies de l’apartheid. Mandela a compris, génialement, que ce symbole de division et de haine pouvait devenir un instrument au service de la réconciliation nationale.» Le scénariste Anthony Peckham, originaire d’Afrique du Sud, complète le propos : «Mandela comprit qu’il tenait là l’occasion idéale pour s’adresser à cette frange de l’électorat qui n’avait pas voté pour lui et qui, disons-le franchement, le craignait. Les Sud-africains blancs suivaient religieusement les exploits des Springboks. Utiliser la Coupe du Monde comme forum était une idée brillante. L’enjeu se situait bien au-delà d’une simple rencontre sportive. Mandela prenait fait et cause pour une équipe haïe des Noirs et obligeait tout son peuple à faire de même.» Mais une compétition sportive ne se prépare pas dans l’enceinte d’un cabinet présidentiel. Mandela se tourna donc vers le seul homme qui pouvait l’aider à atteindre son objectif : le capitaine des Springboks, François Pienaar. Matt Damon incarne ce joueur qui se retrouve soudain projeté dans l’arène politique : «Mandela lui demande de se transcender et d’aller au-delà des attentes de son pays en remportant la Coupe. C’est énorme et sans précédent. François en est conscient, et toute son équipe comprend avec lui qu’elle est devenue un instrument politique de premier plan.


Invictus est une belle et émouvante histoire qui met en lumière le meilleur de l’homme et de ses capacités. Le plus étonnant est qu’elle est vraie.» Et François Pienaar de confirmer : «J’ai toujours pensé qu’Hollywood serait incapable d’imaginer une plus belle histoire. J’ai eu la chance de diriger une formidable équipe qui s’est totalement focalisée sur ce projet réunificateur. Nous n’aurions pu souhaiter meilleur leader que Nelson Mandela pour nous aider dans cette mission.» Pays hôte de la Coupe du Monde, l’Afrique du Sud est automatiquement qualifiée pour la compétition. Mais les Springboks sont considérés comme une équipe mineure, manquant d’expérience sur la scène internationale. Clint Eastwood : «Du fait de l’apartheid, l’Afrique du Sud a été écartée des rencontres internationales durant des années. Personne ne croit les Springboks capables de remporter la victoire, et eux-mêmes n’y croient pas. Mais ils vont s’en donner une chance.» Le projet Invictus a une longue histoire, marquée par la conjonction opportune de plusieurs talents. Morgan Freeman et son associée, Lori Mccreary, développaient depuis plusieurs années un film sur Nelson Mandela et avaient fait des efforts persistants en vue de porter à l’écran l’autobiographie du leader. Un long chemin vers la liberté, avant de découvrir qu’elle débordait amplement les limites d’un long métrage. Lori Mccreary : «J’étais au désespoir, mais Morgan m’a réconfortée : «Chaque fois qu’une porte se referme, une fenêtre s’ouvre». Effectivement, une semaine plus tard, j’ai reçu une proposition éditoriale de 4 pages se rapportant à un livre de John Carlin sur la Coupe du Monde 95 – le livre qui deviendrait «Déjouer l’Ennemi».


Nous avons trouvé que ce serait un excellent biais pour capter l’âme et la personnalité de Mandela dans le cadre d’une histoire qui s’étendait sur seulement quelques mois.» Par une heureuse coïncidence, John Carlin rencontra plus tard Freeman dans le cadre d’une enquête journalistique sur la misère dans le Sud profond : «Je lui ai dit à cette occasion : «Mr. Freeman, j’ai une idée de film pour vous. À propos d’un événement qui résume à lui seul l’essence du génie de Nelson Mandela et du miracle sud-africain.» Il m’a alors demandé : «Vous voulez parler de la Coupe du Monde ?» J’en suis resté bouche bée avant de découvrir qu’il avait eu connaissance de ma proposition de livre.» Freeman et McCreary commencèrent par rendre visite à Mandela («Madiba», pour ses concitoyens), afin d’obtenir son accord. Morgan Freeman : «Voici ce que je lui ai dit : «Madiba, vous savez que nous avons longtemps travaillé à cet autre projet, mais nous venons de lire quelque chose dont nous pensons qu’il permettrait d’aller vraiment au cœur de votre personnalité.» Avant que j’ai pu terminer ma phrase, Madiba m’a dit : «Ah oui, la Coupe du Monde ?» J’ai alors su que nous étions sur la bonne voie.» C’est à cette époque que le producteur Mace Neufeld reçut de son côté la proposition de Carlin : «Je ne savais rien de la Coupe du Monde 95, mais je connaissais la vie de Mandela et j’étais conscient de sa stature. J’ai pensé que l’histoire de ce match serait un biais passionnant pour évoquer l’action de cet homme.»


Neufeld approcha alors le scénariste Anthony Peckham, natif d’Afrique du Sud avec lequel il avait travaillé à un précédent projet. Anthony Peckham : «J’ai bondi sur l’occasion de raconter cet épisode, bien connu de tous les Sud-africains, mais qui n’a pas eu un retentissement comparable dans le reste du monde. Cette histoire dépasse cependant les frontières de notre pays. Elle parle de leadership – celui de Mandela, mais aussi celui de Pienaar et d’autres encore. Le leadership est une qualité rare, qui mérite d’être célébrée lorsqu’on en est témoin.» Sous l’apartheid, le jeune Peckham ne savait quasiment rien de Mandela : «Il était banni et nous n’avions pas d’autre source d’information à son sujet que la propagande gouvernementale. C’est seulement plus tard que j’ai pris conscience de la grandeur de cet homme. À la faveur de ce script, j’ai découvert quantité de choses sur Mandela. Cela a été pour moi un voyage libérateur et la concrétisaion d’un rêve.» Neufeld, qui ne savait encore rien des intentions de Freeman, contacta alors McCreary parce que, dit-il, «Je considérais Morgan Freeman comme le seul acteur capable d’incarner Mandela.» Lori Mccreary : «Mace a commencé par me dire qu’il avait un projet formidable et un excellent scénariste, puis il s’est lancé dans son pitch et s’est mis à me raconter... l’histoire de la Coupe du Monde ! Je pouvais à peine en croire mes oreilles... Nous l’avons rencontré avec Tony Peckham, dont j’ai tout de suite vu qu’il était le scénariste idéal, totalement impliqué et passionné par le projet.» Mace Neufeld : «La lecture du scénario nous a pleinement convaincus. Restait à trouver le réalisateur.» Le choix ne posa gère de problème : Morgan Freeman envoya le scénario à Clint Eastwood, qui réagit aussitôt.


Clint Eastwood : «L’histoire m’a accroché. C’était écrit pour le cinéma, et fort bien écrit.» Et le producteur Robert Lorenz d’ajouter : «Clint et moi sommes tombés d’accord sur le projet. C’est une histoire très forte, et profondément humaine, sur les liens qui se nouent entre Mandela et François Pienaar. C’est aussi un aperçu fascinant sur la personnalité de Mandela et une illustration de ses extraordinaires qualités de leader.» Morgan Freeman : «Toutes les pièces du puzzle se sont assemblées, comme par miracle, en temps et en heure et avec les gens qu’il fallait. Cela n’arrive pas souvent, et quand ça se produit, on peut y voir un signe du destin.» Bien avant la mise en route du projet, Morgan Freeman avait été choisi pour jouer Mandela... par l’homme le mieux placé pour faire ce choix. Morgan Freeman : «Quelqu’un avait demandé à Madiba par quel acteur il souhaiterait être interprété, et il avait répondu : «Morgan Freeman». Un grand honneur, assurément.» Invictus marque la troisième collaboration de Freeman et Eastwood. Robert Lorenz : «Chacun d’eux connaît parfaitement le style de l’autre. Ils ont des relations très ouvertes, très spontanées, qui leur rendent le travail extrêmement agréable. Morgan sait exactement ce que Clint cherche à obtenir, et Clint sait que Morgan va lui donner le meilleur de lui-même.» Clint Eastwood : «Morgan est un grand acteur. Je ne pouvais imaginer personne d’autre dans le rôle de Mandela. Ils possèdent la même stature, le même charisme. Morgan a travaillé dur pour capter les inflexions de Mandela, et je trouve qu’il y a fort bien réussi.» L’acteur a rencontré plusieurs fois Nelson Mandela au fil des ans, et le considère comme un ami.


Morgan Freeman : «Un de mes grands soucis était de retrouver son accent et sa rythmique. Je l’avais souvent entendu parler, et à l’approche du tournage, j’avais également visionné quantité de cassettes. Jusqu’à ce qu’un beau jour, tout se mette en place en quelques minutes.» «Je ne voulais pas devenir un double approximatif de Mandela, j’avais besoin d’être lui, et ça, c’était le plus difficile. Face à Mandela, vous sentez que vous êtes en présence d’un grand homme. Cette grandeur émane spontanément de sa personne et vous pousse à donner le meilleur de vous-même. C’est la mission que Mandela s’est donnée. Certains y voient une forme de magie. Et la magie ne s’explique pas.» Matt Damon dut maîtriser, lui aussi, l’accent sud-africain pour incarner le capitaine des Springboks, François Pienaar. Mais le rôle présentait bien d’autres challenges... Matt Damon : «J’ai tout de suite découvert que François est beaucoup plus grand que moi. J’en ai fait la remarque à Clint, qui m’a simplement dit : «Laisse-moi résoudre ce problème, et occupe-toi du reste !» Clint Eastwood : «Matt n’a pas la taille de François, mais il possède la même ténacité et la même énergie. Il a suivi un entraînement rigoureux qui lui a permis d’acquérir une forme d’enfer. Après cela, il nous a suffi de choisir les bons angles et les bons cadrages pour lui donner à l’écran les mensurations adéquates.» Le courant passa immédiatement entre l’acteur et son modèle. Matt Damon : «François m’a invité chez lui pour un festin de roi. Lorsqu’il a ouvert la porte, j’ai levé les yeux vers le haut, marqué une pause et laissé tomber «Je fais plus grand à l’écran.»


François Pienaar : «Matt m’a ravi pour sa simplicité et son humour malicieux. Il voulait tout savoir de moi, de ma conception du rôle de capitaine, de l’ambiance qui régnait en 1995 dans notre pays. Nous avons parlé jeu, technique, entraînement et nous nous sommes beaucoup amusés.» Matt Damon : «François m’a beaucoup apporté. Il a pris de son temps pour répondre à mes nombreuses questions. Je me faisais un devoir de rendre justice à sa personne, à son intégrité, à cet événement politico-sportif parce que Mandela m’apparaît comme le plus grand leader de notre temps. Ce que ces deux hommes ont fait ensemble, ce que ce pays a accompli, est tout bonnement incroyable.» Pour jouer un vétéran du rugby, Damon reçut aussi l’aide d’une seconde célébrité : Chester Williams, seul joueur noir des Springboks en 1995. Celui-ci entraîna les acteurs du film et fournit des services inestimables à la production.


Lori Mccreary : «Chester a été un formidable conseiller technique du fait de sa phénoménale mémoire. Il se souvient de chaque rencontre, de chaque manœuvre et de la position de chacun. Étant alors le seul joueur de couleur des Springboks, il devint un symbole, sans l’avoir voulu, car sa seule ambition était de jouer. Il n’en a pas moins brillamment assumé ce rôle. C’était fabuleux de l’avoir à nos côtés en tant que chef d’équipe.» Clint Eastwood : «Chester voulait que nous jouions pour de vrai. Or le rugby est un sport encore plus dur que le football américain, et qui demande des aptitudes spéciales.» Robert Lorenz : «Clint est devenu un grand fan de rugby. En Afrique du Sud, il regardait chaque soir plusieurs matches et nous les commentait avec enthousiasme le lendemain. Il y prenait un vrai plaisir.» Matt Damon : «Notre entraînement a été des plus intenses. J’ai fait beaucoup d’haltérophilie pour me muscler, je me suis mis au sprint, que je n’avais encore jamais pratiqué, et un peu à la boxe.» Par la suite, Damon eut l’occasion de jouer au rugby en compagnie de ses partenaires. Clint Eastwood : «Un amateur doit aligner de nombreuses heures de pratique pour se comporter en pro devant les caméras. Tous ceux de nos acteurs qui n’avaient pas encore tâté du rugby ont mis les bouchées doubles avant de se mesurer aux pros... non sans quelques risques.» La plupart des joueurs du film, y compris ceux qui représentent d’autres nations, furent recrutés an Afrique du Sud.


C’est la coordinatrice sportive Aimée McDaniel qui fut chargée de constituer les différentes équipes en lice pour la Coupe du Monde. McDaniel se mit à l’œuvre quatre mois avant le début du tournage pour organiser la sélection des joueurs, en étroite collaboration avec Chester Williams et ses collègues Rudolf De Wee et Troy Lee. Aimée McDaniel : «Nous avons fait le tour des clubs locaux pour in- viter les joueurs à une audition libre. Ce n’était pas le meilleur moment, car la saison allait bientôt commencer, mais nous avons tout de même réuni quelque 500 candidats en deux semaines. Nous les avons alors mis à l’essai et avons procédé à une sélection rigoureuse qui a abouti à une équipe très homogène.» À la demande de la production, Inia Maxwell, de la New Zealand Association, prépara l’équipe néo-zélandaise à l’interprétation du Haka, ce fameux chant de guerre maori que les All-Blacks entonnent avant chaque match pour intimider l’adversaire. Une autre «équipe» joua un rôle symbolique fort dans l’émergence de la «nation arc-en-ciel» rêvée par Mandela. Au début du film, le nouveau président demande aux fonctionnaires blancs de l’ancienne administration de Klerk de rester à leurs postes. Ses responsables sécurité, dirigés par Jason Tshabalala et Linga Moonsamy, découvrent bientôt que cet ordre s’applique aussi à leur service et qu’ils vont devoir coopérer avec l’ancienne «Branche Spéciale», qui menaçait encore tout récemment leur liberté, voire leur existence. Clint Eastwood : «Mandela sait que sa garde rapprochée constitue la partie la plus visible de son entourage. En y associant Blancs et Noirs, il adresse à son peuple un message important : la diversité est maintenant la règle, y compris à l’échelon du gouvernement.» Anthony Peckham : «Mandela ne prône pas simplement le pardon et la réconciliation pour les autres, il les applique à sa propre équipe en faisant de celle-ci l’emblème d’une société multiraciale. Le Congrès National Africain et la Branche Spéciale avaient été des ennemis jurés. En les embrigadant tous deux pour assurer sa sécurité, Mandela prend une décision d’une grande portée symbolique. Cet acte politique m’a permis de donner une résonance concrète aux notions de pardon et de réconciliation.» Tony Kgoroge et Patrick Mofokeng interprètent respectivement Jason Tshabalala et Linga Moonsamy. Matt Stern et Julian Lewis Jones tiennent les rôles de Booyens et Feyder, deux anciens de la Branche Spéciale avec lesquels Jason et Linga vont devoir faire alliance. Plusieurs femmes jouent dans cette histoire un rôle important, tant dans la vie de Mandela que dans celle de Pienaar.


Adjoa Andoh interprète Brenda Mazibuko, Secrétaire général de Mandela, qui ne comprend pas que son président consacre autant de temps à un sujet aussi «futile» que le rugby. Marguerite Wheatley est Nerine, la fiancée de Pienaar, qui le soutiendra dans l’épreuve la plus redoutable de sa carrière. L’ombre de l’apartheid planait encore sur l’Afrique du Sud en 1995. Elle est pleinement visible dans la scène où Pienaar communique à son équipe les paroles du nouvel hymne «Nkosi Sikelel’ iAfrika» («Dieu bénisse l’Afrique», dans la langue Xhosa des Sud-africains noirs). Ce chant n’est pas censé se substituer à l’hymne «Die Stem» (la voix d’Afrique du Sud), mais le compléter. François n’en perçoit pas moins une forte réticence chez les joueurs blancs, qui acceptent mal le tournant pris par le pays. Cet hymne est l’un des nombreux chants sud- africains qui figurent dans le film. Les compositeurs Kyle Eastwood et Michael Stevens furent en effet grandement inspirés par les musiques indigènes. Au départ du projet, Kyle se trouvait d’ailleurs par hasard en Afrique du Sud pour un festival de jazz lorsque son père lui demanda «de prospecter la scène locale pour voir ce qu’on pourrait en retirer». Et le réalisateur de préciser : «À mon arrivée, j’ai entendu quantité de groupes sud-africains. Nous avons utilisé le Quatuor à Cordes de Soweto, qui est une des formations préférées de Mandela, et le groupe a cappella Overtone, que nous avions découvert sur place et beaucoup apprécié.» Invictus a été tourné entièrement en Afrique du Sud, le plus souvent possible sur les lieux des événements.

Robert Lorenz : «De nombreux musiciens connus voulaient participer à ce film dont le sujet les touche directement. Finalement Clint a choisi les musiques qui lui «parlaient» et correspondaient le mieux à sa conception du film. En incorporant de multiples tonalités sud- africaines, il a donné à la B. O. d’Invictus une authenticité, une originalité et une diversité qui servent merveilleusement le film.»Robert Lorenz : «Tourner en Afrique du Sud a aidé les acteurs et techniciens à se pénétrer du sens de ces événements dont ils pouvaient percevoir quotidiennement les retombées. Tous les gens avec qui nous discutions se souvenaient exactement de ce qu’ils faisaient le jour de la finale et de l’exaltation qu’ils ressentirent. Ce fut pour eux un moment fondateur et inoubliable.» Freeman, dont le premier contact avec l’Afrique du Sud remonte à une dizaine d’années, té- moigne : «Mandela était président, l’atmosphère était électrique, on sentait s’amorcer un grand chan- gement. Aujourd’hui, tout cela semble aller de soi. C’est merveilleux de voir que ce qui se préparait alors est désormais inscrit dans la réalité quotidienne.» Clint Eastwood : «Je n’aurais jamais tourné ce film ailleurs. Il fallait être sur place, dans l’authenticité, au milieu des gens. La majorité de nos acteurs et tous nos figurants sont sud-africains. Le pays a aussi des techniciens aguer- ris, de sorte que nous avons pu constituer une équipe mixte d’un excellent niveau.»


L’équipe rassemble aussi plusieurs collabora- teurs habituels d’Eastwood, dont le directeur de la photographie Tom Stern, le chef décorateur James J. Murakami, les chefs monteurs Joel Cox et Gary D. Roach et la chef costumière Deborah Hopper. Mace Neufeld : «Clint s’entoure de gens qui partagent sa sensibilité et forment sous sa direction un ensemble remarquable. J’ai été émerveillé par son travail sur le plateau, par son approche si judicieuse de la mise en scène. Chaque acteur, chaque technicien sait qu’il a intérêt à arriver bien préparé, car Clint le sera à coup sûr.» Freeman, qui connaît bien le style et les méthodes d’Eastwood, confirme : «Il est rapide. S’il obtient ce qu’il veut dès la première prise, il passe aussitôt au plan suivant. Avec lui, l’acteur se sent pleinement en sécurité et sait qu’il est entre de bonnes mains. C’est une belle expérience que de tourner avec un tel homme.» La majorité du tournage se déroula au Cap et dans ses environs. La visite de Mandela au camp d’entraînement des Springboks fut tournée à Tokai, sous l’œil intrigué d’une famille de babouins, fascinée par le travail des comédiens. La recréation de l’intérieur de la maison de Mandela par Murakami et son équipe fit l’admiration de l’assistante personnelle de l’ancien président, Zelda La Grange : «Je connais chaque recoin de cette maison, dont ils ont scrupuleusement reproduit les plus petits détails et l’atmosphère si particulière. Lorsque j’ai entendu les premiers mots de Morgan Freeman dans ce décor, j’ai cru que c’était M. Mandela. Je côtoie Madiba presque journellement, et je ne vois pas comment on pouvait mieux capter son élocution et sa façon d’être.» Les extérieurs de la maison de Mandela furent tournés devant sa propre résidence de Johannesburg. C’est également à l’Ellis Park Stadium de cette ville, théâtre de la fameuse Coupe du Monde, qu’Eastwood filma les matches après un minutieux relooking du décor.

Deux mille figurants furent recrutés pour la scène et «multipliés» par la magie du motion capture afin de remplir (virtuellement) les 62 000 places des tribunes. Deborah Hopper dut accomplir, comme Murakami, un retour dans le temps pour recréer le style vestimentaire de 1995, et notamment l’uniforme des Springboks : «Ces tenues ont beaucoup changé. Les shorts étaient beaucoup plus courts à l’époque, et les maillots plus enveloppants. On utilisait du coton, alors qu’aujourd’hui, on emploie du synthétique. Il a donc fallu fabriquer ces tenues pour nos besoins.» Hopper et son équipe durent aussi recréer les uniformes et logos d’autres équipes, qui ont fréquemment changé. Le maillot des Springboks revêt une signification symbolique toute particulière lorsque Mandela décide de le porter lors du match final. Lori Mccreary : «C’est un geste d’autant plus fort que ce maillot était détesté des Sud-africains. En l’endossant, Mandela dit à chacun, Blanc ou Noir : «Nous allons vivre ensemble maintenant, et travailler à l’unisson». Et s’il porte le numéro 6, c’est par solidarité avec son ami et allié, le capitaine François Pienaar.» La première rencontre des deux hommes fut tournée aux Union Buildings, siège du gouvernement à Pretoria, où aucune équipe de cinéma n’avait encore pénétré. Mais le site le plus chargé d’émotion aux yeux de toute l’équipe fut la prison de Robben Island, où Mandela avait passé 27 ans. «Nous avons vécu cela très intensément, le plus souvent en silence», se souvient McCreary. «Tourner sur place nous a permis de nous imprégner encore plus de cette histoire et du sort de cet homme.» «Nous avons tous été frappés par l’exiguïté de sa cellule», déclare Eastwood. «Passer entre ces quatre murs les meilleures années d’une vie et en ressortir sans amertume est un exploit.» En accomplissant ce pèlerinage, les Springboks prendront, ne serait-ce qu’un bref instant, la mesure d’un homme. C’est également à cette occasion que François Pienaar se remémorera le poème si cher à Mandela, et y puisera à son tour le courage de se surpasser.

Sur le tournage d'Invictus

Le 3 Juin 2009 - Plus d'infos sur le Mandela de Clint Eastwood

D’abord annoncé sous le titre de The Human Factor, le biopic de Clint Eastwood sur Nelson Mandela est ensuite devenu « le projet Nelson Mandela sans titre de Clint Eastwood » !