Notes de Prod. : J'ai très mal au travail

    en DVD le 04 Février 2009

Note d’intention

Après un film tourné avec les mineurs de charbon du Pays de Galles qui ont pris le risque de racheter leur outil de travail pour s’assurer la maîtrise de leur destin, et un autre film sur des travailleurs sociaux dont le métier est d’accueillir et d’aider ceux qui sont privés de travail, j’ai eu le désir de comprendre, entre ces deux extrêmes, la montée du “mal être" au travail dans la société actuelle. Comprendre comment, de manière insidieuse, se sont mises en place de nouvelles organisations du travail, avec des conséquences souvent désastreuses sur les salariés à tous les niveaux de la hiérarchie.

Dans une enquête menée récemment auprès de 6000 personnes, le travail arrive en deuxième position comme condition du bonheur après la santé mais devant la famille, l’argent et l’amour. Le travail est le carrefour de valeurs différentes et de finalités divergentes. Quels sont ses enjeux ? Quelles sont les lignes de force qui le traversent ? Pour répondre à quels objectifs contradictoires ? Au bénéfice de qui ?

Comment transforment-elles le travail, ses conditions d’exécution, son organisation même ? Quelles sont les nouvelles méthodes de management et de quelle manière les cabinets spécialisés qui les promulguent investissent-ils les entreprises ?

Dans le contexte actuel, de plus en plus nombreux sont les salariés qui, tout en ressentant profondément un mal être, ne savent pas toujours comment le définir et traversent des phases dépressives qui peuvent aboutir à des passages à l’acte suicidaires. Stress, harcèlement, violence, dépression, suicide, reviennent de plus en plus fréquemment comme des leitmotivs lorsqu’il est question du travail.

Pourtant, quand il y a menace de fermetures, des salariés occupent leurs entreprises, même si, peu de temps auparavant, ils déploraient âprement leurs conditions de travail. Leur désarroi exprime la blessure de la perte d’une identité, d’un enracinement social, d’un partage avec le collectif. Le sentiment d’exploitation, sphère réservée traditionnellement aux ouvriers, touche désormais les cadres supérieurs et les professions intermédiaires. Ces nouvelles formes de violences, vécues sur le mode de la souffrance individuelle, concernent des masses considérables et détermineront dans l’avenir de nouvelles lignes de mobilisation, de nouvelles alliances et de nouveaux clivages sociaux.

L’absence de travail déleste l’individu et lui retire le sentiment de l’utilité de son existence. Qu’est-ce que le travail pour chacun de nous ? Quelle place occupe-t-il au niveau de notre construction identitaire, dans notre participation au monde et que pourrait-il être ? Y a t-il dans le travail autre chose de beaucoup plus important que l’on ne dit pas, que l’on ne se dit pas, et auquel on ne pense pas tant qu’on le possède ?

C’est cet “obscur objet de haine et de désir" que je veux cerner dans ce film où les images du travail, de la souffrance au travail et de la résistance, prendront tout leur sens à travers les remarquables analyses sur le travail faites par des équipes de chercheurs français comme Christophe Dejours et son équipe du CNAM4. Pour prendre en compte la réalité de la société, il était important de "récupérer" les quelques spots publicitaires qui tentent d’utiliser une vision des problèmes du travail, et de redonner du sens à certaines images d’actualité ou de films de fiction. Un voyage initiatique dans la comédie humaine de l’entreprise et du salariat.
Jean-michel Carré

A propos du film

La souffrance objective et subjective de ceux qui travaillent, la banalisation de l’injustice sociale, le développement de la violence dans les pratiques de travail peuvent nous faire prendre conscience d’un certain état de la société. L’analyse des techniques de management qui utilisent "scientifiquement" la peur, le fait de fracasser les équipes, délocaliser, fusionner et démembrer les collectifs de travail pour que les gens ne puissent construire des coopérations dans une équipe est un des fils rouges de ce film.

Quelques intervenants

« Comprendre pourquoi autant d’hommes et de femmes consentent à subir la souffrance d’un système tandis que d’autres participent à leur infliger cette souffrance est une question politique cruciale ».
Christophe Dejours, Psychanalyste
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 2 625 entrées
  • Cumul IDF : 4 904 entrées

  • 1ère semaine France : 5 145 entrées
  • Cumul France : 8 161 entrées