Notes de Prod. : J'ai vu tuer Ben Barka

    en DVD le 24 Mai 2006

Entretien avec Serge Le Peron

Comment est né le projet de ce film ?

« J'étais à l'époque adolescent et je me souviens avoir assisté au procès qui eut lieu en 1966 : l'affaire Ben Barka était une affaire énorme qui fit presque vaciller le pouvoir gaulliste et révéla un système politique parallèle agissant dans l'ombre du régime officiel… Mais j'avais en revanche complètement oublié l'implication de Franju et de Marguerite Duras dans l'affaire. C'est donc l'idée troublante que Ben Barka a été enlevé, pour ainsi dire, à cause du cinéma qui m'a donné envie de recomposer cette tragique affaire et d'en faire un film. »

Le film vous donne aussi l'occasion de revenir sur une époque où artistes et intellectuels avaient un véritable engagement politique…

« L'engagement des intellectuels était très fort, à droite comme à gauche, et se cristallisait autour d'évènements comme la guerre d'Algérie ? Pour autant, notre intention n'était pas d'idéaliser l'époque. Cet engagement contre le système en place pouvait aussi aveugler : en l'occurrence, Marguerite Duras, et tout le milieu de St Germain des Prés, sur la personnalité de Georges Figon, ancien repris de justice, vu comme un exemple de radicalité, une sorte de nouveau Genet… Un défaut de jugement qui a facilité la tâche des assassins de Ben Barka. »

Quel travail de recherche et de documentation avez-vous mené ?

« Nous avons d'abord souhaité établir un bilan précis de ce qu'on sait aujourd'hui sur l'affaire : c'était un travail complexe car des éléments nouveaux n'ont cessé d'affluer depuis 40 ans, des aveux tardifs, des révélations tonitruantes, et il est parfois difficile de distinguer la vérité des affabulations.
Nous avons travaillé à partir des minutes du procès, des ouvrages parus depuis 1966 et des récits des témoins, qu'ils soient français ou étrangers : il y a eu, par exemple, des espions israéliens et marocains, on sait aujourd'hui de manière avérée que les services secrets marocains, encadrés par la CIA, ont mené à bien l'enlèvement de Mehdi Ben Barka. »

A partir de cette impressionnante documentation, comment avez-vous abordé l'écriture du scénario ?
« On a tenté plusieurs pistes : à partir de Franju, à partir de Duras, du point de vue des truands, du complot d'Etat au plus haut niveau etc… mais ces tentatives ne nous ont pas mené bien loin. En fait il y a un seul personnage vraiment transversal dans cette affaire : c'est Figon, car on le trouve sur tous les maillons de la chaîne qui ont conduit à l'enlèvement. Il est proche du monde des voyous en raison de son passé en prison, des intellectuels de Saint-Germain-des-Prés via Marguerite Duras, et du milieu politique grâce à son ami, l'avocat et député gaulliste Pierre Lemarchand. Il est celui qui a permis les connections fatales. C'est ce scénario criminel que nous avons suivi : ce qui donne sa tonalité de film noir. »

A propos des acteurs

Charles Berling
« Il s'est beaucoup impliqué dans le rôle : il n'a pas hésité à se grimer et se dégrader visuellement pour composer le physique du « notaire de province », derrière lequel Figon manoeuvrait son entourage, tout en faisant preuve d'une faconde extraordinaire. Ce type devait être aussi troublant que séduisant, et Charles s'est employé à le recomposer avec beaucoup de justesse. »
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 10 595 entrées
  • Cumul IDF : 21 301 entrées

  • 1ère semaine France : 21 925 entrées
  • Cumul France : 47 475 entrées