Quand on vous a proposé le rôle de Jacquou le Croquant, aviez-vous déjà entendu parler du personnage ?
J’avais entendu parler du feuilleton télé très vaguement par ma grand-mère. Et quand le projet m’a été proposé, mon agent m’a parlé de la série en me disant qu’elle adorait ! En revanche, autour de moi, les gens de ma génération ne connaissaient pas beaucoup. Avant le tournage, j’ai quand même acheté les DVD et j’en ai vu quelques épisodes. Juste pour avoir une idée.
Quelle a été votre réaction à la lecture du script ?
J’ai trouvé l’histoire très intéressante mais, surtout, j’ai rencontré Laurent à plusieurs reprises parce que, pour être franc, j’hésitais.
Qu’est-ce qui vous faisait hésiter ?
Je sortais du film de Jean-Pierre Jeunet, Un Long dimanche de fiançailles, et je n’étais pas sûr de vouloir enchaîner avec un autre «film populaire à grand spectacle».
Qu’est-ce qui vous a convaincu alors ?
Laurent. Et toutes les discussions qu’on a eues ensemble. Il avait l’air très serein et semblait vraiment maîtriser son projet. Et puis, le reste du casting était excitant... D’ailleurs, au final, c’était une très belle expérience de travailler avec tous ces gens.
Une fois qu’il vous a convaincu (Laurent Boutonnat), comment vous êtes- vous préparé à interpréter Jacquou ?
Il y a eu la préparation physique, sportive presque. Je suis allé courir, j’ai fait de la gym en salle, des entraînements, des montées à la corde. Ensuite, il y avait la préparation et la répétition des combats avec Mario Luraschi. C’est avec lui aussi que je devais m’entraîner à monter à cheval mais pour ça, je n’ai pas eu beaucoup de temps. J’étais déjà très pris par la préparation physique, l’entraînement des combats au bâton, et par l’apprentissage de la danse - il y a une scène de bal très importante - et... on ne peut pas dire que la danse soit mon fort ! J’ai dû m’entraîner beaucoup pour maîtriser les pas. Alors, du coup, le cheval est passé un peu après. Mais dès que je suis monté, j’ai eu un vrai coup de foudre.
Comment définiriez-vous Jacquou ?
C’est quelqu’un qui a beaucoup souffert pendant son enfance parce que, très jeune, il a perdu ses parents. Il a appris à vivre seul, à se défendre seul. Son désir de vengeance est un vrai moteur et c’est ça qui va le pousser à soulever les paysans pour faire fuir le comte de Nansac. C’était excitant à jouer parce que je ne suis pas vraiment comme ça dans la vie, je suis même plutôt l’inverse.
Le fait qu’il y ait deux acteurs pour jouer le même personnage à des âges différents, est-ce que ça posait des problèmes de jeu particuliers ?
On pouvait se dire qu’il était important que le plus jeune voit comment jouait le plus vieux, ou l’inverse, pour essayer de trouver une cohérence. C’est Léo qui a commencé parce qu’il y a eu un pré-tournage l’hiver. J’ai demandé à Laurent de me montrer des images mais... il n’aime pas tellement ça ! Et puis, après tout, c’est lui qui nous dirigeait tous les deux. En même temps, je me souviens que lorsque j’ai vu les premières images de Jacquou enfant j’ai été frappé par l’énergie, et même l’exubérance de Léo. Je craignais de ne pas en apporter autant et puis, après, je me suis rassuré en me disant que Jacquou adulte avait forcément dû canaliser son énergie et se concentrer sur sa mission. En plus, la manière dont était écrit le personnage a imposé automatiquement certains mimétismes...
Vous disiez au début de cet entretien que cela avait été une belle expérience de travailler avec tous ces acteurs...
Oui, c’était un vrai bonheur de travailler avec tous ces gens. Avec Jocelyn, avec Gérald (Thomassin), avec Malik (Zidi), qui sont des acteurs passionnants. Malik et Gérald avaient des rôles un peu moins importants et ils ont réussi à faire vraiment exister leurs personnages. Jouer avec Olivier (Gourmet) ou avec Tchéky (Karyo), c’est encore différent . Ils ont une autre expérience, ils ont une autre énergie, ils ont des caractères tellement forts, des natures d’acteur tellement différentes... Pareil avec Dora DollFranchement, je trouve qu’au niveau du casting, c’est un sans faute !
Comment définiriez-vous Laurent Boutonnat sur le tournage ?

Il est incroyablement serein. Je ne sais pas si ce n’est qu’une façade et si derrière il est angoissé, mais en tout cas on le sent assez sûr de lui. Malgré l’ampleur du film, il est toujours très disponible pour les comédiens. On a l’impression qu’on a toute la vie pour faire le film et c’est assez agréable ! En fait, il y avait sur ce tournage un côté très ludique, si bien qu’on n’avait pas toujours l’impression de travailler, sauf quand on était dans la boue pendant trois heures d’affilée, qu’il faisait froid, et qu’on était en heure sup’ ! Enfin, c’est quelqu’un qui a l’œil partout, sur chaque poste. Il est partout, il valide tout, même pendant la préparation. Là-dessus, il me fait penser à Jean-Pierre Jeunet. Laurent peut être parfois très précis, être attentif au moindre détail, et puis à d’autres moments, il ne l’est pas du tout, il sait se laisser emporter par le mouvement, par l’énergie, par la vie d’une scène. Au fond, il n’y a pas de règle avec Laurent.
Si vous ne deviez garder qu’une image, qu’un moment, de toute l’aventure de Jacquou le Croquant?
Ce qui me vient instantanément à l’esprit, c’est plus qu’une image, ce sont les deux semaines de tournage pendant lesquelles on a fait la scène de la danse... C’était éprouvant mais c’est une scène-clé du film qui devrait marquer. L’autre image que je garderai, c’est celle de la vie d’équipe. Il faut dire que de tourner à Bucarest, ville plutôt glauque et plombante, nous a soudés. On était très près les uns des autres. On avait même des rapports très fusionnels. C’était aussi une belle expérience humaine.