Notes de Prod. : Jacquou le croquant

    en DVD le 10 Octobre 2007

J.D. Vuillermoz, créateur des costumes

Comment aborde-t-on un film ancré dans une période historique aussi forte ?

Au départ, c’est la demande particulière du metteur en scène qui conditionne la direction à prendre. Bien sûr il y a la nécessité de constituer une vraie documentation sur l’époque. Mais la question est de savoir si l’on va tenir une direction historique rigoureuse ou si l’on va s’autoriser une certaine marge d’interprétation. C’est ce que nous avons fait, en recréant la mode qui correspond à cette époque mais à partir de plusieurs sources d’inspiration et en intégrant des apports d’autres périodes.

Quelles étaient les indications de Laurent Boutonnat ?

La crédibilité ! C’est notamment pour cela que l’on est allé assez loin dans la patine des costumes, pour montrer qu’ils avaient une histoire. Dès qu’on habillait quelqu’un, on se demandait préalablement d’où il venait, ce qu’il avait vécu. Nous voulions que le spectateur ressente l’usure du temps, l’authenticité. Ce n’est évidemment pas réservé au monde paysan. Les costumes de la bourgeoisie et de la noblesse ont connu le même traitement. Dans ce dernier cas, on est parti de très beaux tissus, de soies, de taffetas naturels qu’on a salis, usés, graissés pour leur donner un vécu.

Quelles ont été les principales sources d’inspiration ?

À cet égard, le travail avec Laurent et avec Christian Marti a été fondamental. Nous sommes bien évidemment partis de plusieurs sources picturales de l’époque mais pas seulement. Pour les paysans, on a cherché du côté des peintres du XIXéme comme, Jean-François Millet, bien sûr, ou Louis-Léopold Boilly, mais également Géricault ou la peinture russe (comme Ilia Répine par exemple). Nous nous sommes également inspirés de peintres du XVIIéme, tels Greuze, Le Nain, l’Italien Ceruti... Et même du photographe contemporain espagnol Sébastien Salgado, pour les amis de Jacquou enfant. Il a en effet réalisé des portraits d’enfants des rues dans le monde entier. Bien-sûr, on a aussi beaucoup travaillé à partir du livre d’Eugène Le Roy, en repérant tout ce qui concernait la description précise des personnages. Mais globalement, nous nous sommes donnés la liberté d’aller chercher des atmosphères et des ambiances d’autres pays et d’autres époques que celles des années 1820 ou 1830.

Justement, jusqu’où va cette liberté par rapport à la fidélité historique ?

Par exemple, pour la noblesse, nous avons choisi d’utiliser des costumes à la française de l’Ancien Régime. On a travaillé à partir de coupes des années 1810-1815 mais comme si l’on fabriquait des costumes XVIIIéme. Pour les robes, ce sont des tissus Empire ou antérieurs à la Révolution, mais transformés pour les remettre à la mode du jour. La volonté était d’accentuer le côté parvenu de ces nobles qui sont, il faut le dire, particulièrement arrogants.

Jusqu’à la caricature ?

Pour ces personnages effectivement, nous n’avons pas hésité à forcer le trait, en accentuant leur côté «nouveaux riches». Ainsi, si les femmes sont habillées à la mode romantique 1830, avec la coiffure à la «girafe» de l’époque, nous les avons poudrées comme sous Marie-Antoinette. Tout est exagéré, ils en font trop, comme s’ils ressortaient et exhibaient tous les signes qu’ils avaient dû cacher pendant la Révolution. Pour les habitants de la campagne, les couleurs des costumes sont celles de la terre, avec différentes nuances de brun, ocre jaune, rouille. Nous avons conçu les costumes des paysans pour donner une vision différente de ceux-ci : habituellement, le cinéma les habille dans des sortes de haillons. Nous souhaitions les rendre plus gracieux. Nous voulions qu’il se dégage des paysans de la dignité et même une certaine sensualité.

Combien de costumes, au final ?

Pour assurer le bon déroulement de la préparation et du tournage, j’ai travaillé en collaboration avec une chef costumière, Séverine Demaret. Nous avons fabriqué cinq cents costumes complets pour la figuration et cent pour les rôles, ce qui représente près de quatre mille pièces de vêtements. Ils ont requis l’utilisation d’environ dix mille mètres de tissu, et dix mois de préparation et de réalisation.

Entretien avec Gaspard Ulliel (Jacquou adulte)

Quand on vous a proposé le rôle de Jacquou le Croquant, aviez-vous déjà entendu parler du personnage ?

J’avais entendu parler du feuilleton télé très vaguement par ma grand-mère. Et quand le projet m’a été proposé, mon agent m’a parlé de la série en me disant qu’elle adorait ! En revanche, autour de moi, les gens de ma génération ne connaissaient pas beaucoup. Avant le tournage, j’ai quand même acheté les DVD et j’en ai vu quelques épisodes. Juste pour avoir une idée.

Entretien avec Leo Legrand (Jacquou enfant)

Jacquou le Croquant, ce n’est pas ton premier film...

Non, c’est mon troisième. Avant Jacquou le Croquant, j’ai joué dans Tout pour plaire (de Cécile Telerman, avec Anne Parillaud, Judith Godrèche et Mathilde Seigner), et dans un court métrage. Après, j’ai fait un autre film qui s’appelle Les yeux bandés (de Thomas Litli, avec Jonathan Zaccaï et Guillaume Depardieu). Mais Jacquou le Croquant, c’est mon plus grand rôle.

Entretien avec le réalisateur Laurent Boutonnat

D’où vous est venue l’idée d’adapter Jacquou Le Croquant ?

Il se trouve qu’un jour, il y a quatre ou cinq ans, j’ai revu le feuilleton par hasard. Je n’en gardais qu’un vague souvenir, j’étais tout petit à l’époque. En le revoyant, j’ai été frappé par la force de l’histoire et je me suis dit qu’il y avait là matière à un beau film. Du coup, cela m’a ramené au roman d’Eugène Le Roy. Je l’ai acheté et je l’ai lu. C’est un roman très noir mais très fort...

Christian Marti, architecte décorateur

Comment avez-vous abordé le travail de création des décors sur Jacquou le Croquant ?

Pour un tel film, il y a au commencement un gros travail de références iconographiques. C’est d’abord et surtout de la peinture de l’époque dont nous nous sommes inspirés, car les représentations graphiques dont nous disposons sur la période sont essentiellement la peinture et la gravure. La première référence, sur la recommandation de Laurent Boutonnat, a été Jean-François Millet, peintre des paysans. Sont venus s’y ajouter d’autres artistes de l’époque, notamment des peintres russes tel Ilia Répine, qui ont eux aussi beaucoup représenté les milieux ruraux et la misère paysanne. Rembrandt, bien qu’appartenant au XVIIème siècle, nous a également beaucoup aidés pour les intérieurs et la qualité des lumières.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 64 335 entrées
  • Cumul IDF : 124 012 entrées

  • 1ère semaine France : 378 651 entrées
  • Cumul France : 936 680 entrées