Depuis plus d'un siècle et demi,
Jane Eyre, le roman de Charlotte Brontë, est l'un des plus grands succès de la littérature mondiale. Inscrit au programme de très nombreuses écoles, il est traduit dans presque toutes les langues. Portrait d'une jeune femme que l'écrivain décrivait comme "une héroïne aussi ordinaire et banale que moi", il continue à inspirer les générations actuelles et les romanciers.
La scénariste
Moira Buffini n'a pas hésité un instant à s'atteler à cette nouvelle adaptation : avec la productrice
Alison Owen, elle a rapidement esquissé une nouvelle approche dans la transposition de l'intrigue. Car elle savait qu'il lui fallait s'éloigner des précédentes adaptations, en mettant en valeur les aspects gothiques du récit pour en faire des éléments moteurs.
Cary Fukunaga explique qu'il avait déjà envisagé de mettre en scène une adaptation de
Jane Eyre : "Il y a quelques années," dit‐il, "
après avoir écrit le scénario de Sin Nombre, mais avant le tournage, je me suis mis à chercher un roman qui soit tombé dans le domaine public pour le porter à l'écran. Jane Eyre est l'un des premiers livres auxquels j'ai pensé. Je me suis toujours intéressé aux problématiques familiales – ou à l'absence de la famille –, et j'ai notamment repensé à cette héroïne qui a dû surmonter tant d'épreuves dans sa jeunesse pour trouver l'amour et l'affection d'une vraie famille". "J'étais conscient que je m'attaquais à un film en costumes qui racontait une histoire d'amour comportant des éléments horrifiques", dit‐il encore. "
C'était difficile de trouver l'équilibre entre tous ces paramètres parce que c'est toujours plus simple de choisir une direction ou une autre. Je tenais à donner une vraie cohérence à mon style de narration".
"S'il y a un point commun entre Jane Eyre et Sin Nombre, c'est l'exploration des mystères des rapports humains, et en particulier des relations familiales", ajoute le cinéaste. "
Jane n'a jamais connu de famille et c'est exactement ce qu'elle cherche, sans même parler de ce qu'on appelle un foyer. Mais dès qu'elle se prend d'affection pour quelqu'un, cette personne lui échappe".
"D’autre part, le roman comporte plusieurs éléments glaçants, qu'il s'agisse d'une atmosphère romantique propre au début de l'ère victorienne ou d'imposantes présences spirituelles," souligne Fukunaga. "
J'aime beaucoup l'esthétique gothique, et j'avais très envie de mettre en avant cet aspect du livre, plus encore que dans les adaptations précédentes – non pas de réaliser un pur film d'horreur, mais de susciter, par moments, un climat angoissant".
Titulaire d'une licence d'histoire, Fukunaga est passionné par cette discipline depuis l'enfance et, "
plus particulièrement par le XIXème siècle", précise‐t‐il. C'est ainsi qu'il s'est intéressé de près au genre de jeux de salon que pratiquaient les gens à l'époque, à quelles heures mangeaient les domestiques, au type de plats apprécié par les maîtres et à la manière dont les repas étaient servis. "
Tous nos chefs de poste se sont efforcés de rendre le film aussi réaliste que possible", affirme le cinéaste. "
C'est tellement subtil que la plupart des gens ne le remarqueront pas, ou n'y seront pas sensibles, mais cela m'aide considérablement sur le plateau".
L’Angleterre, au XIXème siècle. Jane Eyre (
Mia Wasikowska) est engagée comme préceptrice de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester (
Michael Fassbender). Cet homme ombrageux ne tarde pas à être sensible aux charmes de la jeune orpheline. C'est le début d'une folle passion…"
Jane Eyre est un livre qui ne vous lâche pas, bien qu'il soit très, très dense", signale‐t‐il. "
Charlotte Brontë n'était pas avare de détails : ses descriptions sont d'une extrême précision, tout au long de l'ouvrage, et toutes les observations sont faites du point de vue de Jane grâce à la perception très fine de l'âme humaine qu'avait l'auteur et, bien entendu, grâce à son humour. Même si j'avais lu le scénario de Moira, et que je me souvenais de l'adaptation de 1944 réalisée par Robert Stevenson avec Orson Welles et Joan Fontaine, il y avait un matériau irremplaçable dans le livre qui, pour moi, en tant que réalisateur, s'est avéré être très précieux pour instaurer une atmosphère qui soit fidèle à l'univers imaginé par Charlotte Brontë".
Ayant elle‐même découvert le livre récemment,
Mia Wasikowska a cherché à s'approprier le personnage de Jane Eyre. "
C'est une héroïne atemporelle, tout en étant d'une grande modernité", souligne la comédienne. "
C'est une jeune femme très déterminée. Et loin de laisser la situation la démoraliser, ou la faire souffrir, elle réagit et devient plus forte".
Cary Fukunaga conclut : "
La jeune héroïne doit affronter le même type de difficultés auquel de nombreuses jeunes femmes continuent à se retrouver confrontées aujourd'hui : réussir à s'émanciper et chercher à atteindre l'égalité avec les hommes".