Notes de Prod. : JC comme Jésus Christ

    en DVD le 27 Juin 2012

Un prophète

Philippe Garrel, Léos Carax, Steven Soderbergh, Xavier Dolan... À cette liste de grands cinéastes précoces, il faudra désormais ajouter JEAN-CHRISTOPHE KERN, alias JC, en passe de devenir le porte-voix de sa génération. Vigilante pédanterie et insouciance de bon aloi : portrait du next big man du cinéma.

Nous avons rendez-vous dans un café cossu, non loin du Palais-Royal. Il a vingt minutes de retard et il est sur messagerie. On en profite pour relire sa bio : à 13 ans, il entre en stage auprès de David Lynch, qui lui présente Kid Frost, dont il réalise aussitôt le nouveau clip. Sous le charme, le rappeur californien produit son premier film, qui suit les pas d’une fille de bonne famille de L.A. tombée dans la prostitution. Ce documentaire poignant, réalisé à 14 ans, l’impose immédiatement parmi les auteurs phares de la nouvelle génération. Mi-effronté, mi-intimidé, il finit par débarquer dans le café. « Il », c’est bien entendu Jean-Christophe Kern, mieux connu sous son pseudo : JC. Comme tous les adolescents promus au rang de génie, on ne peut déterminer la part de coup de bol et la part de talent véritable dans son succès fulgurant. Au moment de s’installer à notre table, le petit génie s’excuse d’un air lointain : « Désolé j’étais collé ; normalement je suis dispensé de colles, mais là avec le bac... » Car le principal défi de JC, c’est de décrocher le diplôme qui mettra fin à sa vie schizophrénique – artiste couru et cancre notoire. Et ça n’est pas gagné : « C’est vrai qu’il m’arrive de sécher un cours de maths ; mais au lieu d’aller au bar du coin pour faire un flipper, je travaille un scénar avec . »

TÊTE À PALMES

La gouaille de JC frise toujours la flambe du gosse insupportable, comme lorsqu’il raconte ses exploits plus ou moins crédibles. « À 12 ans, j’ai filmé mon père qui trompait ma mère et j’ai montré la bande à Noël. Ils ont commencé à s’insulter. Du coup, j’ai vu l’émotion que pouvait provoquer le cinéma. » Pourtant, l’apprenti réalisateur sait se rendre sympathique. Il a pour lui une sorte de détachement et de lucidité quant aux rouages impitoyables du star system : « J’ai l’impression que je suis plus identifié par mon âge que par mon talent potentiel... Mes producteurs ont d’ailleurs commencé à travailler avec un génie du street-art, un type encore plus jeune que moi, comme s’ils cherchaient déjà à me remplacer. » Pour supporter l’attente que le monde du cinéma place sur ses épaules, JC a des parades bien à lui, entre autoparodie et illuminations poétiques. Lorsqu’on l’interroge sur ses projets, il manifeste sa lassitude, et commande tout de go un verre de lait à la serveuse : « J’adore les Miel Pops. Peut-être parce que c’est rond ; mais il ne faut pas tout analyser. »

L’œuvre de JC est à son image, et laisse perplexe : applaudis dans les festivals, tous ses films méritent pourtant la mention « à suivre ». Chaque nouvel opus, comme un prélude, semble annoncer le chef-d’œuvre qui reste encore à naître. C’est la lourde tâche qui incombe désormais à celui dont les influences s’avèrent un peu disparates. S’il cite Godard à foison (« un vrai poète, qui peut faire des films avec rien »), il n’a aucun complexe à mentionner Shrek et les chorégraphies de Kamel Ouali comme source d’inspiration pour son prochain film, une comédie musicale. Il confie aussi avoir adoré Les Beaux Gosses de Riad Sattouf, même si « l’acteur principal n’est pas si formidable ».

SAC À DOS

Sorte d’épigone contemporain d’Arthur Rimbaud et de Macaulay Culkin, en couple avec une belle énarque de 17 ans, JC affirme ne prêter aucune attention à l’image qu’il renvoie, et pourtant chaque détail de son look semble minutieusement étudié. Ainsi en va-t-il de ses épaisses lunettes noires, qui rappellent son maître aux trois initiales, JLG. « J’ai un problème d’hypermétropie depuis mon enfance, assure le jeune homme. À la base, c’est juste pour mieux voir. » Pudeur ? Il est certain, en tout cas, que le succès lui va comme sa paire de binocles, qu’il porte avec une classe désinvolte. Et l’on ne peut s’empêcher de regretter par avance une retraite que JC clame déjà : « J’adore chanter, j’adore mettre des sandales et partir à l’aventure avec un sac à dos. Un jour, j’aurai besoin de repartir vers quelque chose de plus simple. »

Espérons que ce jour ne viendra pas trop vite.



Profil réalisé par Louis Seguin pour trois Couleurs, juillet/août 2011

Entretien avec le réalisateur, Jonathan Zaccaï

Comment est né le projet du film ?

JC était le personnage secondaire d’un film en chantier. Un jour, j’ai rencontré , et j’ai tout de suite pensé que JC pouvait devenir le personnage principal d’un autre film. Ca coïncidait avec une envie de liberté aussi, l’envie de faire un film complètement libre, j’étais un peu lassé des projets qui trainaient dans la longueur. Je suis rentré chez moi et j’ai écrit d’une seule traite le scénario de JC, en me plaçant d’emblée du point de vue d’un régisseur, d’un assistant de mise en scène, d’un décorateur... j’ai écrit ce scénario pour le réaliser, le produire moi- même, le faire dans la même énergie que l’écriture.