Notes de Prod. : Je crois que je l'aime

    en DVD le 08 Octobre 2007

Entretien avec Pierre Jolivet - Simon Michael

Pierre Jolivet : Nous, je crois qu’on s’aime parce que...
Simon Michael : Parce que ?
Pierre Jolivet : Parce que.
Simon Michael : On est un vieux couple.
Pierre Jolivet : Un tandem.
Simon Michael : C’est quoi, notre sixième film ?
Pierre Jolivet : On est en train d’écrire le septième.
Simon Michael : Et c’est...
Pierre Jolivet : ...de mieux en mieux.
Simon Michael : On perd moins de temps.
Pierre Jolivet : Je me suis souvent demandé si ce n’était pas par fainéantise que je continuais à travailler avec toi. Après tout, changeant de sujet et de genre à chaque fois, je devrais peut-être changer de scénariste. Et puis, non, ce n’est pas par fainéantise, c’est parce que c’est...
Simon Michael : Formidable.
Pierre Jolivet : ...formidable. J’ai toujours comparé notre travail à un numéro de trapézistes : il faut avoir une confiance énorme dans celui qui vous rattrape.
Simon Michael : C’est généralement toi qui te lances...
Pierre Jolivet : ...et toi qui me rattrapes.
Simon Michael : Encore que l’inverse arrive aussi souvent.
Pierre Jolivet : Avec toi, je me permets des figures que je n’oserais avec personne d’autre.
Simon Michael : On n’a pu écrire cette comédie sur l’amour que parce qu’à travers notre travail, on avait atteint un niveau de connaissance et de confiance réciproques qui nous permettait de traiter d’un sujet aussi personnel.
Pierre Jolivet : Plus précisément, de l’amour entre un homme de 43 ans et une femme de 38 ans.
Simon Michael : En particulier, de la façon dont l’amour naissait.
Pierre Jolivet : Par moments, quand nous nous lançons dans l’écriture, nous avons le sentiment de...
Simon Michael : ...véritablement mettre nos cerveaux en réseau, comme on le ferait de deux ordinateurs.
Pierre Jolivet : Encore qu’on soit très différent. Dans notre façon de vivre, dans notre parcours.
Simon Michael : Au départ, les gens étaient très étonnés que je puisse travailler avec toi.
Pierre Jolivet : Quand on s’est vu pour la première fois, au moment de Fred, j’avais déjà rencontré plusieurs scénaristes...
Simon Michael : Dix minutes après, on s’est dit : «Ça marche.»
Pierre Jolivet : Je t’ai demandé ce que tu pensais du scénario. Et à chacune de tes remarques, ça faisait tilt. «Il a raison. C’est vrai.»
Simon Michael : Et voilà, c’était parti...
Pierre Jolivet : Donc, il en est des rencontres avec un scénariste comme il en est des histoires d’amour.
Simon Michael : Ça marche ou ça ne marche pas.
Pierre Jolivet : Après, est-ce que ça tient ou pas ? Il se trouve que ça tient.
Simon Michael : Et c’est vrai qu’on se voit...
Pierre Jolivet : ...plus souvent qu’on ne voit nos femmes respectives.
Simon Michael : Et nos enfants.
Pierre Jolivet : On se voit pratiquement tous les jours.
Simon Michael : Et ça fait onze ans que ça dure.
Pierre Jolivet : Mais on n’est pas lassé l’un de l’autre parce qu’on a à chaque fois une mission à remplir...
Simon Michael : ...une nouvelle histoire à inventer, un film à écrire.
Pierre Jolivet : Avec Je Crois Que Je L'Aime, j’avais envie de faire un film d’amour, parce que je n’en avais jamais fait...
Simon Michael : ...et que sans doute tu te sentais assez mûr pour te lancer.
Pierre Jolivet : Et parler d’amour, ça fait presque aussi peur que l’amour lui-même... Mais je ne pouvais en parler qu’à travers un personnage de mon âge. Vivant maritalement depuis un certain temps, je n’ai plus fait la cour à une femme depuis près de vingt ans. D’une certaine façon, ça me manque, évidemment.
Simon Michael : Et moi, presque pareil.
Pierre Jolivet : C’était donc une façon de revivre le début d’une histoire d’amour.
Simon Michael : Le moment où on tombe amoureux.
Pierre Jolivet : Sauf qu’à quarante ans, l’âge de notre personnage, c’est extrêmement compliqué.
Simon Michael : À partir de là, on va jouer l’immersion totale dans un univers qu’on ne connaît pas ou, pire encore, qu’on croit connaître.
Pierre Jolivet : Et c’est là ta grande force : dès qu’on travaille sur un sujet, tu te documentes comme un forcené.
Simon Michael : Pour créer le personnage d’Elsa (Sandrine Bonnaire), on s’est retrouvé avec des piles de bouquins traitant des grands céramistes japonais...
Pierre Jolivet : ...pour en sortir peut-être dix phrases.
Simon Michael : Mais ce sont ces dix phrases-là qui donnent de la texture à ce personnage.
Pierre Jolivet : Moi, je suis plutôt pas très bon là-dessus, c’est pourquoi je parlais d’entraînement de trapéziste : je sais que je vais pouvoir me lâcher sur la céramique parce que toi, tu auras forcément lu les deux ou trois bouquins fondamentaux sur le sujet.
Simon Michael : On pourrait en dire autant sur l’espionnage et le renseignement. C’est un sujet qui nous passionne...
Pierre Jolivet : ...et sur lequel on revient souvent.
Simon Michael : Je ne m’en suis jamais caché : jadis, j’ai appartenu à un régiment de parachutistes qui faisait du renseignement, j’ai aussi travaillé aux Renseignements Généraux, et c’est une de mes passions fondamentales.
Pierre Jolivet : Et comme on avait posé comme postulat que l’amour est toujours un mystère, Lucas...
Simon Michael : ...Vincent Lindon...
Pierre Jolivet : ...va demander au détective privé de son entreprise...
Simon Michael : ...François Berléand...
Pierre Jolivet : ...de percer le mystère de cette jeune céramiste...
Simon Michael : ...Sandrine.
Pierre Jolivet : C’est d’ailleurs cette quête qui nous a permis de construire le personnage de Vincent. «Pourquoi agit-il de la sorte ?»
Simon Michael : Parce qu’il sort d’une histoire d’amour avec une fille qui était en fait une taupe implantée dans son entreprise par une société concurrente. D’où sa méfiance. Je connais bon nombre d’anciens de la DGSE, des RG ou de la DST qui sont aujourd’hui employés par de grandes entreprises. On leur demande parfois des choses surprenantes.
Pierre Jolivet : C’est d’ailleurs un des ressorts de cette comédie. Pour une «simple histoire d’amour», Lucas va mettre en œuvre des moyens colossaux. Peut-être avec le secret espoir de trouver le défaut irrémédiable qui lui permettrait de fuir, de ne pas s’engager...
Simon Michael : Le plus drôle, c’est qu’il tombe sur une femme, Elsa, qui n’a rien de spécial à cacher. Et ça, il ne peut pas le croire.
Pierre Jolivet : Ce qui le séduit d’autant plus et lui fait peur.
Simon Michael : Comme à tous les hommes. Les femmes belles, qui réussissent et sont indépendantes...
Pierre Jolivet : ...sont celles qui les terrifient le plus.
Simon Michael : Ce sont aussi, parfois, les plus solitaires.
Pierre Jolivet : Bien sûr ! Mais il fallait que tout ça reste vif, léger, dynamique. Dans le ton et le tempo d’une comédie.
Simon Michael : Et la comédie, c’est avant tout le rythme.
Pierre Jolivet : Sans entrer trop avant dans la cuisine interne, disons que c’est cuisson-réduction, cuisson-réduction. À chaque version du scénario, on précise... et on réduit. À chaque lecture avec les acteurs, on précise... et on réduit. Au tournage, on réduit encore ; au montage, aussi.
Simon Michael : Ce qui aide énormément, dès l’écriture, c’est que tu es un metteur en scène acteur. Tu joues tous les rôles. Tu sais jouer une ébauche de scène exactement dans le tempo de Vincent ou de Berléand...
Pierre Jolivet : Parce qu’on les connaît par cœur ! Avec Vincent, l’identification est totale. On sait comment il marche, on sait comment il parle. C’est un luxe et un plaisir formidable d’avoir avec soi un acteur de cette trempe. J’aime l’idée d’écrire pour une sorte de troupe d’acteurs qu’on connaît et qu’on aime. Berléand, aussi, c’est une sorte de constante qui remonte même à mon premier long. Un peu comme une drogue...
Simon Michael : Au-delà du luxe, écrire des scènes pour les deux ensemble, c’est vrai que c’est presque une drogue. D’ailleurs, à l’écriture, on a un mal fou à arrêter les scènes avec eux. Pour un scénariste, François, c’est du caviar. Il n’y a que lui qui puisse dire avec un tel naturel et une telle duplicité : «J’ai travaillé sous Mitterrand.»
Pierre Jolivet : Question de ton... et de tempo. Du fait qu’elle soit auteur compositeur et interprète, Liane Foly aussi a une oreille monstrueuse et un sens inné du rythme. Dès les premières lectures du scénario, on sentait qu’elle avait en elle un disque dur qui enregistrait toutes les musiques des phrases. C’est aussi pourquoi elle peut prendre tous les accents.
Simon Michael : Car d’entrée, on avait choisi d’en faire une Québécoise. Parce qu’il y a au Canada une culture du business à l’américaine...
Pierre Jolivet : ...et qu’on voulait faire de ce personnage une de ces tueuses comme on en trouve parfois dans le business nord-américain.
Simon Michael : Une Américaine pur jus, ç’aurait été un peu «too much» - d’autant que Lucas avait déjà une ex-épouse américaine - mais une Française d’outre-Atlantique, avec cet accent si charmant c’était plutôt sympa pour cacher sa vraie nature.
Pierre Jolivet : Cela dit, il était certain que le film allait reposer en grande partie sur la comédienne qui allait incarner Elsa.
Simon Michael : À la première écriture, on ne savait pas qui allait tenir le rôle.
Pierre Jolivet : Heureusement, Sandrine a très vite accepté - et c’est tout à son honneur - car la comédie très dialoguée, très rapide, était un schéma nouveau pour elle. Or, la comédie,
ça ne plaisante pas. C’est d’une rigueur absolue. Et la grande question était : est-ce que ce ping-pong verbal entre les deux acteurs principaux allait fonctionner ?
Simon Michael : En gros, elle devait courir aussi vite que Vincent.
Pierre Jolivet : Mais à sa manière à elle.
Simon Michael : On a d’ailleurs beaucoup travaillé pour trouver la musique du personnage...
Pierre Jolivet : ...et ensuite l’affiner à Sandrine. La qualité de sa rencontre avec Vincent et son talent naturel ont fait le reste. Après avoir trouvé la musique de ce couple il me fallait trouver la musique sur laquelle il allait danser. Je voulais éviter les pièges du score habituel des comédies sentimentales et c’est pourquoi la rencontre avec le piano de Gonzales a été une aubaine.
Simon Michael : Mais bien avant cela il a fallu affiner le scénario pour le chef décorateur.
Pierre Jolivet : Parce que les décors doivent s’adapter au film et le film au décor. Dans Je Crois Que Je L'Aime, ceux-ci ont une énorme importance : leurs appartements, son atelier, son bureau, tout ça racontait, définissait les personnages.
Simon Michael : Au départ, on rêvait de construire en studio un énorme décor avec des bureaux à plusieurs étages, des jeux de miroirs, une immense verrière...
Pierre Jolivet : Un machin à un million d’euros.
Simon Michael : Minimum. Rien que pour l’entreprise de Lucas.
Pierre Jolivet : Et il est vrai qu’Émile Ghigo, mon chef-déco depuis quelques films, intervient très directement, et de plus en plus tôt, dans le scénario.
Simon Michael : C’est lui, par exemple, qui a eu l’idée de mettre la céramique sur le sol...
Pierre Jolivet : ...en ajoutant que c’est vue du bureau de Vincent au troisième étage qu’elle prendra tout son sens.
Simon Michael : Idée formidable...
Pierre Jolivet : ...qu’il a eue après avoir trouvé le décor principal. Et cette phrase-là, je l’ai mise immédiatement dans la bouche de Sandrine. D’ailleurs, c’est ce qu’il y a pour moi de plus passionnant dans ce métier : en fait, avec le chef-opérateur, le décorateur, le scénariste, le chef monteur et bien entendu, les acteurs, on continue d’écrire le film ensemble.
Simon Michael : À la limite, toi et moi, nous écrivons moins un scénario qu’un argument dramatique solidement charpenté et dialogué...
Pierre Jolivet : ...qui passera ensuite à la moulinette d’un groupe de gens bourrés de talent. Et tout ce que les autres apporteront, je le saisirai au passage.
Simon Michael : Après quoi, tout le monde croira que c’est toi qui as pensé à tout.
Pierre Jolivet : Ce qui est faux, mais je me garderai bien de le dire.
Simon Michael : Et moi, ça me simplifie la vie : si le film est réussi, je dis que c’est grâce à moi ; s’il ne l’est pas, je dis que c’est de ta faute.

Entretien avec Sandrine Bonnaire

Vincent, Je Crois Que Je L'Aime
Parce que...

C’est un homme, c’est certain, mais avec un côté formidablement enfantin. Il ne s’emballe pas à tout bout de champ, mais quand il le fait, il est comme un gosse. Il a un charme fou et en même temps, un côté très terrien. Masculin, viril. Presqu’un physique d’une autre époque. Je le rapprocherais assez bien de Gabin, à cause de cette présence physique. Dense et bien ancrée. Dans sa façon d’aborder le travail, c’est un homme pressé. Un fonceur. Franc, audacieux et généreux. Il vous écoute vraiment, il vous regarde vraiment. Autant, avant de faire, il analyse les choses dans le moindre détail - car c’est aussi un anxieux - une fois qu’il est partant, et parti, il fonce. Il range son ego au vestiaire, il s’investit dans le personnage, il se lance dans l’aventure et se donne franchement. C’est quelqu’un d’instinctif. Et on s’est bien trouvé, car je crois qu’on fonctionne un peu de la même manière. Sur le terrain, j’entends.

Entretien avec Vincent Lindon

Sandrine, Je Crois Que Je L'Aime
Parce que...

On s’est rencontré sur un film de Claude Sautet en 1987. On s’est croisé trois ou quatre fois, on a failli faire deux autres films ensemble, on ne les a pas faits. Mais on sentait que le jour où on se retrouverait sur un plateau, on se dirait : «Chouette ! Enfin !» Quand elle arrivait le matin, j’étais content de la retrouver. Les jours où elle ne tournait pas, je me disais : «Dommage, Sandrine n’est pas là.» C’est aussi simple que ça. J’ai beaucoup d’affection pour elle, elle me touche. En fait, les choses entre nous sont d’une limpidité déconcertante. «Je suis sûr que je l’aime.»

Entretien avec François Berléand

Je hais mon personnage !
Parce que...

Ce n’est pas le héros du film et il est temps que Pierre m’écrive un rôle principal. Oui, c’est un appel du pied... Même en plus sympathique, c’est un pendant au détestable Maxime de Ma petite entreprise. Il est toujours vêtu de noir, couleur que je ne porte presque jamais. Mais je m’y suis fait. Et puis zut ! En fait...

Entretien avec Liane Foly

Mon personnage, Je Crois Que Je L'Aime
Parce que...

Il est à l’opposé de moi. Dans la vie, je suis très souriante, elle, pas du tout. Elle parle toujours dans les basses - c’est pourquoi elle fait toujours cette tête-là - moi, pas du tout. C’est une femme sévère, rigide, perverse, intéressée par l’argent, attirée par le pouvoir, toujours dans un rapport de force, même quand elle joue la séduction. Tout ce que je ne suis pas. Et sa façon de s’habiller, ce n’est pas possible ! Beaucoup trop classique !
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 105 837 entrées
  • Cumul IDF : 203 194 entrées

  • 1ère semaine France : 360 449 entrées
  • Cumul France : 849 897 entrées