Notes de Prod. : Je m'appelle Elisabeth

    en DVD le 06 Juin 2007

Entretien avec Jean-Pierre Améris

Qu'est-ce qui vous a décidé à adapter le roman d'Anne Wiazemsky?
L'enfance. L'espèce d'idée fixe que j'avais depuis trois quatre ans, de faire un film sur l'enfance. J'ai longtemps cherché le sujet qui me conviendrait. Un moment, j'ai pensé adapter un célèbre roman pour la jeunesse des année soixante, La Cicatrice de Bruce Lowry, l'histoire d'un petit garrçon avec un bec de lièvre. Et puis j'ai lu des articles sur le roman d'Anne Wiazemsky. Je n'aime pas le mot "pitch" mais celui de ce livre-là était assez irrésistible : "Une petite fille cache un fou échappé de l'asile que dirige son père". A peu près au même moment, Fabienne Vonier m'a appelé pour me dire qu'elle avait les droits et me proposait de le réaliser.

L'adaptation de ce court roman sans réelle trame dramatique n'était pas évidente.
Je lis beaucoup, le livre est un détonateur, il libère des images. De la lecture naît l'étincelle mais ensuite, il faut se l'approprier. Très vite, j'ai eu envie d'y ajouter des éléments personnels : la mésentente entre les parents de la petite fille, par exemple, qui est un souvenir très crucial de l'enfance. De plus, les disputes du père et de la mère renforcent le sentiment d'abandon qu'éprouve Betty, et qui est en filigrane du livre. Sa quête d'un chien, abandonné lui aussi, est un autre élément rapporté : on connaît l'importance des animaux comme confidents quand on a dix ans et qu'on se sent seul. Et puis, je savais qu'en travaillant avec Guillaume Laurant, ce que je souhaitais faire depuis pas mal de temps, celui-ci pouvait apporter de la fantaisie pour faire vivre le récit et son héroine. Mais je dois dire qu'à la base, Anne Wiazemsky a merveilleusement traduit ce qui, pour moi, est le plus important à exprimer sur l'enfance : la peur sous toutes ses formes. Les peurs enfantines.

Vous en parlez comme si c'était autobiographique...
Je pense que c'est universel. Mais, en effet, j'étais un enfant très peureux, très anxieux. Etrangement, pourtant, j'ai très tôt développé un goût passionné pour la littérature et le cinéma fantastiques. Vers 7-8 ans, j'étais attiré par les histoires de fantômes, Je reviens de l'au-delà, des histoires comme ça, qu'on lisait dans une collection formidable chez Marabout. D'autre part mes parents, qui aimaient beaucoup le cinéma, m'y ont emmené souvent, et j'ai peut-être vu alors des films que je n'aurais pas dû voir. Je me rappelle avoir été traumatisé par un film qui n'avait rien de fantastique. La Cannonière de Yang-tsé, avec Steve Mc Queen ; mais j'ai découvert ce jour-là que le héros pouvait mourir à la fin. Ca m'a rendu très mélancolique.

Vous ne jouez jamais sur les ressorts classiques de la peur. Vous suggérez, vous ne cherchez pas l'effet.
C'était délibéré. Mon repère, c'était un cinéma que j'ai tellement aimé, plutôt anglo-saxon. Rebecca de Hitchcock, Les Contrebandiers De Moonfleet de Fritz Lang, et bien sûr, La Nuit Du Chasseur de Charles Laughton (...). Je ne compare évidemment pas mon film à ces chefs d'oeuvre mais ils ont été une source d'inspiration (...).

La fin est filmée, éclairée, de manière délébérément irréelle, au bord du fantastique...
Le film est un conte. Il l'est de manière visuellement très affirmée dans l'épilogue que nous avons entièrement inventé.

Yvon est un "fou". "Les fous" vivent à proximité immédiate de la maison de Betty. La folie est une toile de fond omniprésente? Comment l'avez-vous appréhendée?
Avec le regard de la petite fille : sans pathos. Pendant la préparation, on a visité des hôpitaux psychiatriques, on a rencontré des psychiatriques, on a rencontré des schizophrènes, la maladie dont semblre souffrir Yvon. Un psychiatre nous a aidés à éviter certains pièges, et notamment que le garçon n'en fasse pas trop, qu'il reste le moins agité possible dans son état de panique. Et puis, il y a cette autre "folle", Rose, la malade que le père de Betty emploie comme bonne et qui est si douce avec elle, un refuge, la seule personne qui ressemble à une protection. Et Rose, c'est Yolande Moreau, elle dégage une telle humanité, elle est si poétique...

Entretien avec Guillaume Laurant

Comment avez-vous abordé la question de la folie?
La folie m'intéresse beaucoup. J'ai un projet de film que j'écris actuellement avec Sandrine (Bonnaire, sa femme) et que je réaliserai. Il tourne autour des comportements obsessionnels et d'une interrogation passionnante : qu'est-ce qui fait qu'un certain comportement met un individu hors jeu de la société, alors qu'un comportement à peu près identique, également névrotique, comme l'arrivisme, est, à l'inverse, parfaitement intégré au jeu social? L'un passe, l'autre pas. Pourquoi?
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 2 386 entrées
  • Cumul IDF : 2 600 entrées

  • 1ère semaine France : 10 760 entrées
  • Cumul France : 18 599 entrées