Le point de départ du film
« Ce film est parti de l'envie toute simple d'observer un homme absolument incapable d'exprimer ou de recevoir la moindre émotion à un moment de fragilité de sa vie. A 50 ans, Jean-Claude sent inconsciemment qu'il est l'heure de sa dernière chance pour réussir à construire affectivement quelque chose. Lui comme certains autres personnages du film se retrouvent face à un choix. Un choix qui engagera leur vie future.
Des personnages, jeunes et moins jeunes, à qui on n'a pas appris à aimer ou à être aimé…et ça va souvent de pair. Voici d'ailleurs la problématique fondamentale autour de laquelle a été construit le film. D'où le titre en forme de revendication dont on doit entendre le contraire de ce qu'il signifie. Résultat de toutes ces carences et de ces traumatismes, des gens qui se ratent, des gens qui souffrent, des gens étouffés par les regrets à la fin de leur vie, des gens qui voudraient dire ce qu'ils ont sur le cœur mais qui ne le peuvent pas ou qui ne savent pas le faire. Il suffit pourtant souvent de presque rien pour dénouer tout cela… »
Le travail d'écriture
« Toujours à deux, j'ai besoin de l'autre pour débattre de choses confuses et contradictoires en moi. Concrètement, cette fois-ci, comme à chaque fois, j'apporte la matière première. Des personnages et leur parcours. Ensuite, avec
Juliette Sales, avec qui je travaillais pour la première fois, nous avons discuté des personnages, nous les avons creusés, nous avons étudié leurs parcours, leurs motivations, leurs paradoxes, leurs liens, etc… »
« Une version, deux versions, trois versions du synopsis puis j'ai commencé à écrire seul le scénario (…) Quelques allers-retours plus tard, lorsque nous arrivons à une version qui nous satisfait, nous faisons lire notre travail à Miléna Poylo et Gilles Sacuto, mes producteurs(…) Voici ce que j'attends d'un producteur…la capacité de faire évoluer un projet, de pousser le réalisateur à aller au bout de son propos. Et cette fois-ci, la fin, ce fut la 18ème version du scénario. »
Le travail avec les comédiens
« Je donne le plus tard possible un texte très précis que le demande aux comédiens de ne surtout pas apprendre par cœur. Ce qui m'importe, c'est qu'ils en connaissent la structure, le point d'où ils partent, l'endroit où ils arrivent et les moments de bascule. Et ensuite, sur le plateau, nous tournons sans répétitions. Il s'agit de tracer les limites dans lesquelles je vais me laisser surprendre. Le désir de préserver la plus grande spontanéité possible, le désir de surprises infinies dans un cadre fini. »
Le choix des interprètes
« Je n'écris pas avec l'image de quelqu'un en tête, je trouve cela réducteur et ça m'empêche de donner toute sa complexité à un personnage.
Il faut néanmoins que la personnalité de l'acteur que je vais choisir entre en résonance, d'une manière évidente ou non, avec le personnage.
Patrick Chesnais avait cela. C'est un comédien qui me touche et qui m'intrigue (…) Il était Jean-Claude dès les premières minutes que nous avons passées ensemble. C'est d'ailleurs très émouvant de découvrir les traits physiques d'un personnage qui sort de son imagination. »
« Je ne connaissais pas
Anne Consigny. C'est Brigitte Moidon, la directrice de casting, qui m'en a parlé.
Les essais étaient très simples. J'ai réuni
Patrick Chesnais et Annes Consigny dans une salle, j'ai mis un disque de tango et leur ai demandé de danser ensemble… Et là des les premières mesures, avec une évidence incroyable, le couple existait. »
Le choix du tango
« Je voulais que mon personnage principal se retrouve confronté à quelque chose qui le déstabilise, qui le touche, qui le fasse vaciller sur ses bases, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi. Le macramé n'étant pas une très bonne idée, le ping-pong non plus, j'ai très vite eu l'idée qu'il irait prendre des cours de tango. Une intuition… »
« Patrick et Anne ne dansaient pas de tango au début de la préparation du film. Et dans ce cas là, il n'y a pas de mystère, il faut prendre des cours. Et le tango, j'aime mieux vous dire que ça ne s'apprend pas en trois leçons. C'est quelque chose de très compliqué. »
« Contrairement à ce qui se pratique généralement, la musique a été composé avant le tournage car nous avions besoin d'un morceau pour une des séquences au cours de laquelle Patrick et Anne dansaient ensemble. Nous avons alors profité de cette séance studio pour enregistrer les autres partitions du film. »