Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Olivier : À l'âge de 18 ans...
Eric : Nous étions animateurs dans la même colonie de vacances.
Olivier : En fait, c'est moi qui suis allé vers Eric parce que je savais qu'il était passionné de cinéma et qu'il avait participé à des tournages. Et je lui ai dit : "Si l'occasion se présente, appelle-moi, même pour soulever des caisses !". Un jour, il a eu un plan.
Eric : On m'avait contacté pour faire des interviews pour une chaîne câblée qui, je pense, est morte avant de les avoir diffusées...
Olivier : Il m'a demandé si je savais cadrer, je lui ai répondu : "Pas du tout". Il m'a dit "parfait !". C'est ainsi que notre histoire a commencé.
Comment est né votre désir d'écrire ensemble ?
Eric : Olivier me faisait rire, je le faisais rire aussi, on s'est mis au travail dans un café, on se donnait rendez-vous à la sortie de la fac, place de la Sorbonne. On a écrit beaucoup de conneries jusqu'au jour où on a enfin trouvé une idée motivante !
Olivier : Nous sommes allés à la bibliothèque du CNC afin de récupérer la liste des quatre-vingts sociétés de production pour leur envoyer le scénario, avec une lettre précisant que nous voulions faire un court métrage.
Eric : Nous avons reçu soixante-dix-sept réponses négatives et deux arnaqueurs nous ont même proposé de faire le film si nous leur apportions l'argent... Finalement, nous avons trouvé quinze mille francs chacun et nous l'avons fait.
C'était LE JOUR ET LA NUIT, en 1995...
Eric : Avec Zinedine Soualem et Julie Mauduech. Bonne expérience, très instructive, même si c'était une découverte au niveau de la technique et de la narration ! Le film n'a pas trop marché mais l'énergie était là. Et parmi les gens qui l'ont bien aimé, il y avait un jeune mec qui s'appelait Gad Elmaleh. Il nous a encouragés.
Vous avez continué à écrire tout en poursuivant vos études ?
Olivier : Personnellement, le mot "études" est un peu exagéré, j'ai enchaîné économie, kiné, théâtre... J'ai une sorte de licence de première année ! Je ne savais pas trop vers quoi me diriger.
Eric : Je faisais science-po à la Sorbonne. Olivier était assez fantaisiste et moi plus rationnel. Le mélange des deux donnait quelque chose d'à peu près stable. L'alchimie était intéressante. Sans savoir vraiment où on allait, on prenait déjà du plaisir.
Comment est né LES PETITS SOULIERS, votre deuxième court métrage ?
Olivier : Parmi tous les métiers que nous avons faits, Eric s'occupait de recruter des jeunes pour faire le Père Noël à domicile le 24 décembre. Forcément, ceux qui sont libres ce soir-là sont ceux qui ne fêtent pas Noël. Il m'a appelé pour le faire...
Eric : Chaque année, il y avait un rituel : on se retrouvait dans un café après la soirée et tout le monde racontait son réveillon. Il y avait toujours des anecdotes incroyables qui terminaient tard dans la nuit en fou rire général. Un jour, en 1997, Gad Elmaleh nous a demandé si on avait une nouvelle idée de court métrage et on lui a parlé de ces soirées de Père Noël. Il nous a dit : "Si vous l'écrivez, je suis de la partie".
Olivier : Cinq jours plus tard, il avait le scénario en main. Il nous a aidés à contacter des gens comme Jamel Debbouze, Roschdy Zem… Le film s'est monté en un mois et a reçu un très bon accueil. On a fait la tournée des festivals et obtenu plusieurs prix...
Eric : Ce film a été notre carte de visite et nous a vraiment permis de rencontrer le monde du cinéma.
Et comment êtes-vous arrivés à ce long métrage ?
Eric : Après un passage chez Dominique Farrugia qui a produit notre second court métrage CES JOURS HEUREUX avec Lorant Deutsch,
Lionel Abelanski et Barbara Schulz, une expérience éclair chez Fidélité, bref, de nombreuses tentatives dans le monde du long métrage, nous avons rencontré Nicolas Duval de chez Quad Productions.
Comment est né JE PRÉFÈRE QU'ON RESTE AMIS… ?
Olivier : On s'est tellement fait plaquer par des filles qui nous ont dit ça !!!
Eric : C'était ça ou "T'es comme mon frère !". En fait, CES JOURS HEUREUX faisait partie d'une sélection Unifrance à Washington, dans laquelle se trouvait le réalisateur
Bruno Chiche, il nous a présentés à Nicolas Duval, tous les deux avaient vu nos court métrages. Ils nous ont proposé de repartir à zéro. Nicolas Duval nous a installé un bureau, un ordinateur et on s'est mis au boulot.
Olivier : Pour lui aussi c'est un premier film, après avoir produit des centaines de pubs...
Eric : On a tout de suite senti qu'il était prêt à aller jusqu'au bout de cette aventure avec nous, qu'il était impliqué, pour lui comme pour nous il fallait que ce film existe. Dans ce genre de parcours semé d'obstacles, entre lui et
Bruno Chiche pour nous épauler, c'était plutôt rassurant.
Olivier : On leur doit beaucoup.
Eric : Le film s'est écrit en six mois et une fois terminé, le scénario a été envoyé et trois personnes nous ont donné l'impulsion de départ, Stéphane Célérier (Mars Distribution) et Nathalie Bloch-Laisné et Laurent Hassid (Canal+).
Quelle était l'idée de départ ?
Eric : Elle est née de nos deux personnalités. Olivier avait envie d'écrire une comédie de moeurs. Je lui ai répondu qu'il fallait trouver un angle original et je lui ai proposé de raconter une histoire d'amour sous forme d'amitié, c'est-à-dire en gardant les mêmes codes.
Olivier : Serge et Claude se rencontrent par hasard dans un mariage. Ils ne se plaisent pas trop au début, commencent à devenir amis et vivent une grande histoire parce qu'ils ont quelque chose à s'apporter l'un à l'autre. Après viennent la rupture et la réconciliation. Tout cela, sous forme d'amitié masculine sans jamais évoquer l'homosexualité qui n'était pas notre sujet.
Eric : On voulait parler de ce que l'on vit au quotidien. En analysant notre petite aventure, on a peut-être voulu expliquer que si l'on ne s'était pas associé, on n'aurait pas réussi à faire du cinéma. Et peut-être même que dans la vie, on s'en serait moins bien sorti... Un jour, une fille qui nous voyait toujours ensemble m'a demandé si je n'avais pas peur d'être seul. En fait, je n'ai pas envie d'être seul et je préfère partager les sensations.
Cette histoire ne pouvait être écrite que par deux personnes très proches l'une de l'autre ?
Olivier : Oui, et par deux hommes.
Eric : Il y a le couple classique du mariage entre un homme et une femme, mais il y a aussi tout ce que l'on peut retirer d'une forte amitié, c'est un bouclier, une véritable arme.
Olivier : C'est génial de partager ! Les joies comme les échecs... C'est vraiment un film qui nous ressemble.
Eric : Peut-être que le personnage de Jean-Paul représente une forme de fragilité face à la vie, une sorte de peur que l'on peut avoir du monde extérieur... À l'inverse, celui de Gérard a une approche des choses plus détendue, plus spontanée, plus à l'aise... En fait, c'est un mélange.
Est-ce que vous teniez à ce que ces deux personnages soient de deux générations
différentes ?
Olivier : C'est une relation père-fils qui s'inverse. On ne sait pas qui est le père de l'autre. Cette différence de génération donnait plus de chair à l'histoire. Un de nos films préférés est LE FANFARON de Dino Risi. Le tandem Gassman- Trintignant nous a beaucoup touchés.
Eric : Ainsi que de nombreuses comédies italiennes comme LE PIGEON, NOUS NOUS SOMMES TANT AIMÉS...
Ces deux héros sont entourés de personnages très importants, notamment la mère...
Eric : Olivier a été confronté dans sa famille au problème de la maladie d'Alzheimer. Et, par les hasards de la vie, nous avons également rencontré une vieille dame qui s'appelle Madame Mendelbaum.
Olivier : Le nom du personnage vient d'elle d'ailleurs...
Eric : Son état de santé était désespérant mais elle était tellement drôle et touchante à la fois, que ce mélange nous a fasciné. Elle dégageait une telle chaleur que nous avons eu envie de la faire vivre dans ce film.
Olivier : C'est tragi-comique en permanence...
Eric : L'ambition du film a toujours été d'être drôle et touchant. Ce personnage était parfait pour cela.
Olivier : Et
Annie Girardot a été formidable !
Eric : Quand on l'a rencontrée, on s'est dit : "C'est elle !".
Olivier : C'était très excitant de la voir jouer avec Depardieu. Il y avait une complicité entre eux qui était belle à voir, un vrai moment de cinéma...
Parlons de Gérard Depardieu. Comment réussit-on à décrocher un tel acteur pour un
premier film ?
Olivier : C'est un peu miraculeux... C'est sous l'impulsion de
Jean-paul Rouve que nous sommes allés le voir.
Eric : On a toujours pensé à Jean-Paul pour le rôle de Claude. Quand il a lu le scénario, il tournait PODIUM et nous a appelés douze heures après en nous disant : "Je le fais".
Olivier : Il nous fallait une forte personnalité, un acteur charismatique, quelqu'un de touchant, de séduisant... Bref, Depardieu avait tout pour le rôle ! Mais on ne s'était jamais autorisés à penser qu'on pourrait travailler avec lui.
Eric : Par ailleurs, quand on évoquait le sujet, pas mal de gens ont essayé de nous dissuader en nous disant qu'il n'était pas facile à diriger...