Pendant que je préparais le tournage de
L'Equipier, j’ai entendu à la radio l’interview d’un jeune écrivain,
Olivier Adam, venu présenter un recueil de nouvelles :
Passer l’hiver. C’était un type sincère et direct, et ce qu’il disait sur son travail m’a beaucoup plu. À la hâte, j’ai noté son nom et le titre du livre et j’ai continué la préparation de mon film.
J’ai lu tout ce qu’il avait écrit et je suis tombé en arrêt devant ce roman très court
Je vais bien, ne t’en fais pas. J’ai rappelé Olivier. J’y allais sur des oeufs car il est toujours délicat de raconter à un auteur sa propre histoire «revue et corrigée», avec des personnages en plus, d’autres en moins. Mais Olivier n’a pas ce genre de coquetterie. Il aime profondément le cinéma et sait très bien qu’un livre doit toujours être tortillé dans tous les sens pour devenir un film. Très enthousiaste, il m’a même dit que s’il devait récrire
Je vais bien, ne t’en fais pas aujourd’hui, c’est sûrement comme ça qu’il l’écrirait. Alors on a écrit le scénario ensemble, en quatre mois.
Simplement humain
À travers l’histoire racontée,
Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas révèle les sentiments extraordinaires de gens simples. Il parle aussi de la difficulté qu’on a tous à se dire qu’on s’aime, par pudeur, timidité ou parfois manque de générosité. Par ailleurs, derrière le portrait de cette famille, l’histoire d’Olivier vous tient en haleine à la manière d’un thriller et vous révèle finalement une dimension inattendue.
Je crois fortement à l’identification. Si je parviens à m’identifier moi-même aux personnages, alors je sais que le film fonctionne. Dans la vie, j’observe beaucoup les gens, leur façon d’être et, quand j’écris, quand je tourne, j’essaie de reproduire ce que j’ai vu.
La vraie vie, nos vies, peuvent parfois nous paraître fades, mais c’est pourtant là que se nichent les émotions authentiques et, pour peu qu’on arrive à les mettre à jour en s’aidant d’une dramaturgie forte et juste, elles sont le vivier des meilleurs films que j’ai vus. Il ne sert à rien de survitaminer artificiellement le contexte d’un film pour espérer donner le change si les enjeux de départ sont artificiels.
Réunir une famille
Lili tient le film de bout en bout. Je m’apprêtais donc à un casting long et douloureux quand j’ai rencontré
Mélanie Laurent. Je l’avais remarquée dans
Le Dernier Jour de Rodolphe puis je l’ai revue dans
De Battre Mon Cœur S'Est Arrêté de
Jacques Audiard, où elle tenait un tout petit rôle mais où elle était lumineuse. Je n’ai pas eu le temps de rencontrer d’autres comédiennes car elle s’est imposée tout de suite. Elle m’a parlé de Lili avec une telle précision qu’il était évident que le personnage trouvait déjà un véritable écho en elle. Elle me faisait confiance, alors j’ai décidé de faire de même et de ne pas lui faire passer d’essais. Sur le tournage, pour elle, ça n’a pas été rose tous les jours. Le rôle était difficile, même physiquement, et j’étais particulièrement exigeant.
Kad, c’est une autre histoire. Je ne le connaissais pas, mais c’est l’un des premiers à qui j’ai pensé pour Paul et c’est à la soirée des Césars que je l’ai rencontré pour la première fois. J’étais en train de parler du projet à un ami - le scénario n’était pas encore écrit - et je lui disais que j’envisageais de proposer le rôle du père à Kad, quand, comme par miracle, celui-ci est soudain apparu devant moi avec son sourire désarmant ! J’ai toujours senti une vraie densité chez lui, celle qu’ont souvent les acteurs qu’on dit «comiques». Sur le tournage, il nous faisait rire aux larmes avant le clap où il changeait radicalement pour se fondre dans la peau de Paul... qu’il quittait instantanément après qu’on ait coupé.
Ça faisait un moment que j’avais repéré
Julien Boisselier. Ce type de 30 ans qui tombe raide dingue d’une fille de 19, il fallait qu’ils aient quelque chose en commun. Alors on a changé le nom du personnage pour éviter toute dérive schizophrénique et en route ! On s’est bien entendu avec Julien. C’est un type qui bosse et qui arrive sur le plateau avec un coeur grand comme ça. Le rêve.
Isabelle Renauld est lumineuse, chaleureuse, qualités qui contrastent et complètent l’état de détresse que demandait le rôle de la mère de Lili. Elle est le ciment de cette famille.
Pour
Aïssa Maïga, que j’avais vue au théâtre et dont j’étais d’emblée sûr qu’elle serait parfaite pour Léa.