Je n’ai que vingt-trois ans, mais j’ai eu l’impression que c’était la dernière fois qu’il m’était possible de jouer un rôle de jeune fille et de défendre l’esprit de l’adolescence. Je n’ai pas eu de mal à imaginer Lili assez vive, légère. Pourtant, dès le début du film, elle est obsédée par l’absence de son frère. On imagine sans peine ses liens très forts avec son jumeau. Elle vit un drame, brutalement privée de l’un de ses repères fondamentaux. Elle en est déstabilisée au point de se perdre. Elle veut aussi comprendre ce qui s’est réellement passé entre son père et Loïc.
On a commencé le tournage très fort, avec toutes les scènes de la maison. On est entrés directement dans le vif. Le travail d’écriture de Philippe m’a beaucoup aidée parce que les scènes les plus fortes à jouer étaient toutes remarquablement amenées par son scénario. En plus, Philippe tourne en plan-séquence, ce qui nous permettait d’arriver à cette émotion progressivement. Le personnage de Lili demandait beaucoup, et même si certaines scènes de jeu m’ont un peu effrayée à la lecture, c’est sur les huit kilos à perdre que j’ai complètement bloqué.
Honnêtement, pendant tout le tournage, en grande partie grâce à Kad, j’ai énormément ri. Chaque jour était un mélange de pression, de travail exigeant avec Philippe et d’ambiance franchement joyeuse. Je pense même que je me suis servie de l’énergie des fous rires contenus en la restituant sous une autre forme d’émotion pendant les prises.
Isabelle est d’une générosité incroyable. Elle a été très protectrice à mon égard, très douce.Avec Julien, il y a eu de très beaux moments. Face à lui, j’avais bizarrement l’impression de ne pas jouer. Dès que le moteur était lancé, j’étais immédiatement dans la scène et j’oubliais l’équipe autour de nous. La rencontre avec Philippe m’a également beaucoup marquée. Pour moi, c’est un adorable tyran. Il est tellement passionné, tellement sur tous les coups, qu’il est impossible de lui en vouloir.
Porter ce film était une chance et cela m’a rendue plus exigeante sur moi et sur les autres. Aujourd’hui, j’ai envie de donner, d’échanger et de rencontrer. Finalement, le film ne parle que de cela...
Quand j’ai découvert le scénario, je l’ai trouvé encore mieux que ce que Philippe m’en avait dit. Tout était juste et les personnages existaient. Ce n’est pas seulement le rôle qui m’a intéressé, mais l’histoire. Quelque chose de fort, d’exceptionnel, surgissait du quotidien de gens simples. C’était un peu comme un thriller bouleversant. D’un point de vue personnel, je n’avais jamais joué un tel rôle. Pouvais-je interpréter le père d’une fille de vingt ans ? Je l’ignorais, mais ce dont j’étais sûr, c’est que j’aurais pu être Paul dans la vie.
C’est un homme comme beaucoup, qui vit très correctement dans un lotissement de banlieue. Il n’est pas très exubérant et intériorise beaucoup de choses. Souvent, il veut avoir l’air d’assurer, mais il est plein de doutes, d’angoisses. Il n’a jamais vraiment su parler ni à sa femme ni à ses enfants, même s’il adore ses mômes et se montre prêt à tout pour eux. Avec Philippe, nous avons beaucoup discuté du personnage. Il me l’avait décrit comme quelqu’un de fermé.
Je joue Thomas, un personnage qui est là dès le début de l’histoire mais dont la place va évoluer. Il est d’abord le compagnon de Léa, une amie de vacances de Lili. Pourtant, même s’il est en couple, je crois qu’il a un vrai coup de foudre pour celle-ci dès leur première rencontre. C’est un authentique romantique. Sans violence mais avec une détermination tranquille, il va se rendre libre et tenter de la séduire. Lili va prendre conscience de sa sincérité et de tout ce qu’il est prêt à sacrifier pour elle. Leur histoire est d’autant plus difficile qu’elle survient à un moment où Lili a d’autres choses en tête. L’absence de son frère l’obsède et Thomas apporte aussi un autre regard là-dessus.
Philippe m’a clairement expliqué ce qu’il voulait, et l’écriture était assez forte pour que je m’y installe sans avoir besoin de préparer ce personnage au-delà du raisonnable. Mon boulot était de l’écouter, de sentir la situation et d’échanger avec mes partenaires.
Mélanie Laurent m’a vraiment stupéfié. Elle porte le film. Pour la première fois, face à cette comédienne de vingt-trois ans, j’étais tellement impressionné par ce qu’elle donnait que je me suis souvent retrouvé spectateur de la scène. Celle où elle craque dans le bar a été difficile pour elle. Il s’y passe vraiment quelque chose d’incroyable. Nous étions tous soufflés de voir ce qu’elle était capable de donner dans l’instant. Lorsque nous avons découvert le film terminé, l’émotion de tous était palpable. À ce moment-là, j’ai compris que Philippe avait réussi à raconter l’histoire comme il le voulait, et j’ai mieux saisi son univers. Il est dans un émotionnel pur.
Lorsque Philippe m’a parlé de son sujet, j’ai tout de suite été intéressée, mais c’est en lisant le scénario que j’ai pris conscience de tout ce que l’histoire renfermait. Tous les personnages ont un parcours qui se joue à la fois en eux-mêmes et par rapport à ceux qu’ils aiment.
Je joue la mère. Pour moi, ce personnage est un magnifique cadeau. Je joue à la fois une mère et une épouse, et il est assez rare de voir les deux aspects relationnels traités avec autant de concret. C’est une femme blessée par le départ de son fils, qui doit à la fois soutenir son mari et protéger sa fille. Cette mère voit sa fille souffrir de cette absence jusque dans sa chair, jusqu’à ne plus s’alimenter parce qu’elle est sans nouvelles de son frère. C’est un refus de la vie, une catastrophe supplémentaire. Mon personnage est brisé et n’a qu’une chose en tête : sauver sa fille. Tout au long de l’année d’épreuves que traverse cette famille, les rapports sont remis à plat. Le couple se redécouvre et en sort plus soudé, et les liens parents-enfants n’en sont que plus forts. Une des forces du film est de montrer ce qu’il y a de magnifique dans le banal d’une vie et l’amour inconditionnel que nous avons pour nos enfants.
Nous avons commencé par tourner les scènes de repas dans la maison de Vigneux. C’était une excellente entrée en matière. Notre petite famille a ainsi tout de suite existé. Mélanie, Kad et moi étions assis autour de cette table et nous vivions naturellement dans une espèce de symbiose. Mélanie est formidable, vraiment étonnante. Son personnage est complexe, elle est là tout le temps. Kad est un excellent partenaire. Tout en étant sérieux quand il le faut, il amène une énergie et une bonne humeur permanentes sur le plateau.
Nous étions tous là pour faire le même film, et je crois que le résultat parlera à beaucoup de monde. C’est le genre d’histoire que l’on emporte avec soi.