Notes de Prod. : Jeux de dupes

    en DVD le 02 Décembre 2008

Au commencement...

C’est au cours de ses recherches sur les origines du football (américain) professionnel que Duncan Brantley, reporter à Sports Illustrated, eut à la fin des années 80 l’idée de Jeux De Dupes.

En étudiant la vie de John McNally, alias «Johnny Blood», et les débuts de la National Football League, le journaliste découvrit quantité de figures pittoresques aux exploits fascinants. Scénariste novice, il continua à peaufiner son script durant plusieurs années avant de demander à son collègue et ami Rick Reilly d’y apporter la touche personnelle et l’humour corrosif qui ont fait de lui l’un des meilleurs chroniqueurs sportifs américains.

Duncan Brantley :
«Nous avions couvert ensemble les matches universitaires durant des années à Sports Illustrated et étions tous deux fascinés par l’histoire de Johnny Blood. C’était une tête brûlée, un grand buveur qui, accessoirement, se déplaçait en sidecar, comme Dodge Connolly dans le film.»

Rick Reilly :
«Une année, son équipe disputa 31 matches, dont 29 en tournée. Leur sponsor était si radin qu’il obligeait les joueurs à se doucher habillés et à faire sécher leurs tenues aux fenêtres du train, pour économiser sur la blanchisserie !»
À cette époque, les équipes itinérantes disputaient couramment 4 ou 5 matches par semaine, stoppant dans chaque trou perdu où elles étaient susceptibles d’affronter les costauds du cru et de se faire quelques dollars. Brantley et Reilly n’avaient encore jamais écrit de scénario, mais le sujet les passionnait à tel point qu’ils ne pouvaient le lâcher. La tâche était encore compliquée par le fait que Brantley vivait à New York, et Reilly dans le Colorado.

Duncan Brantley :
«Au début, nous nous enfermions dans une chambre pendant une semaine pour travailler ensemble à la structure. Chacun choisissait ensuite la scène qui lui plaisait le plus à écrire, puis nous confrontions les résultats et nous corrigions mutuellement avant d’attaquer la prochaine section du script.»

Rick Reilly :
«Ces personnages – Johnny Blood, Red Grange, Ernie Nevers, etc. – étaient incroyablement riches. La période n’était pas moins fascinante. En ces années vingt, le football universitaire était incroyablement populaire, alors que le foot professionnel était totalement déconsidéré. «Vous n’avez pas honte de pratiquer ce sport de voyous ? Cherchez plutôt un vrai boulot !» Ce n’est vraiment qu’à partir de 1925 que la presse a daigné s’y intéresser.»
Au début des années 90, Reilly et Brantley présentèrent leur scénario à Steven Soderbergh, qui le transmit Casey Silver, à l’époque président chargé de production d’Universal Pictures.

Casey Silver :
«J’étais un ami et admirateur de Steven avec qui j’avais déjà travaillé. J’aimais ce script, et notamment l’idée d’inscrire une comédie romantique dans un contexte très rarement exploré au cinéma.»

Le projet entra dans une nouvelle phase juste après le tournage d’Hors D'Atteinte, premier film de Soderbergh avec George Clooney. «Steven eut envie de tourner Jeux De Dupes avec George», se souvient Silver. «Il lui montra le scénario avec mon accord, et George lui fit part de son intérêt.»
Clooney aimait le travail de Brantley et Reilly. Grand fan des comédies loufoques et romantiques des années Trente et Quarante, il vit dans ce scénario les bases d’«une comédie à la Howard Hawks». Le projet devrait cependant attendre quelques années, car l’acteur/scénariste/réalisateur Clooney avait un agenda particulièrement chargé...

À l’été 2006, Clooney se tourna à nouveau vers Jeux De Dupes. Soderbergh s’étant amicalement dissocié du projet dans l’intervalle, Clooney décida de produire le film sous la bannière de sa propre société, Smokehouse Productions. «Un an après Good Night And Good Luck et Syriana, j’ai ressorti la plus ancienne mouture du scénario», explique Clooney. Le «polissage» qui s’ensuivit consisterait à renforcer l’ancrage historique du film à partir de thèmes et ambiances propres aux grands classiques de la comédie hollywoodienne qui font les délices de l’acteur. Universal ayant donné son feu vert au vu du script final, Clooney accepta d’assurer aussi le rôle vedette et la réalisation.

Au printemps 2007, le film pouvait démarrer...
George Clooney :
«Le rôle de Dodge avait été littéralement écrit pour moi. Il m’allait comme un gant, je savais exactement comment le jouer.»
Grant Heslov, coscénariste de Good Night And Good Luck et associé de Clooney à la tête de Smokehouse, fut d’abord séduit par la nouveauté du projet : «J’aime les films d’époque en général, et Jeux De Dupes était un sujet inédit au cinéma. Cette période, pleine de personnages hauts en couleur, était passionnante et très attrayante pour George et moi qui adorons les comédies de Preston Sturges et Billy Wilder. Trois autres titres, beaucoup plus récents : Butch Cassidy Et Le Kid, L'Arnaque et En Route Pour La Gloire, nous ont servi de modèle. Ces films des années 60-70 donnent tous une représentation très authentique du passé, tout en possédant une tonalité très contemporaine en matière de narration et de relations de personnages.»

La préparation

Une préparation rigoureuse était nécessaire pour transformer Clooney et les «Duluth Bulldogs» en footballeurs aguerris, style Années Folles. Un camp d’entraînement fut organisé à cet effet durant deux semaines sous la direction de l’entraîneur T. J. Troup, spécialiste de l’âge héroïque du football américain. «George et Grant Heslov avaient minutieusement étudié ses particularités», explique Troup. «Ils tenaient à les respecter à l’écran tout en les mettant au service de l’histoire et des gags. Dans les années Vingt, le jeu, quasiment dénué de règles, était d’une grande brutalité. On trouvait peu viril de se passer le ballon et plus excitant de s’affronter sans ménagement, de sorte que la partie tournait fréquemment à la mêlée. Les entraîneurs faisaient surtout fonction de managers, laissant la stratégie aux capitaines d’équipes, comme on le voit dans le film.»

Décors et costumes

Les prises de vue débutèrent en Caroline du Sud en février 2007. Dans les premiers jours d’avril, l’équipe s’établit en Caroline du Nord, où se déroulerait le reste du tournage. Durant la première phase, la production investit à Greenville (Caroline du Sud) un ancien entrepôt regroupant la rédige, les services administratifs, la déco, les costumes et quelques décors. Le tournage se déroula aussi dans plusieurs bourgades voisines et, plus tard, à Charlotte, Winston-Salem et autres villes du nord de l’État.

La photo

«Jeux De Dupes est un hommage aux grandes comédies des années quarante : La Dame Du Vendredi de Howard Hawks, Preston Sturges, etc.», rappelle le directeur de la photographie Newton Thomas Sigel. «George s’est inspiré de leur syntaxe, sans la copier pour autant. Les plans sont très composés, fréquemment statiques, et les mouvements d’appareil on ne peut plus classiques. Aucun cadrage oblique bizarre, et très peu de mouvements de grue «planants» qui ne correspondraient pas au point de vue des personnages. «On dispose aujourd’hui de tout un attirail pour filmer un match : des casques équipés de mini-caméras, des caméras aériennes légères, montées sur fi lins, pour se projeter au cœur de la mêlée, etc. Mais ce n’était pas du tout ce que nous recherchions. Là aussi, nous avons privilégié les plans fixes à la manière des reportages d’antan. Seule entorse à la règle : quelques travellings latéraux d’accompagnement, mais qui détonnent pas avec ceux qu’on filmait déjà à l’époque en voiture travelling.»

La musique

La scène du speakeasy est un des grands moments musicaux du film, marqué par l’apparition de la chanteuse de jazz Ledisi Young dans une émouvante interprétation de The Man I Love. Auteur de la b.o., le légendaire Randy Newman tient le rôle classique du pianiste imperturbable au milieu d’une bagarre épique. Parmi les autres grands moments figure l’interprétation du chant patriotique de la Grande Guerre Over There par Matt Bushell, captée en une seule prise. C’est sur cette note plaintive que s’achève la comédie. «Un rappel que tous ces hommes ont fait la guerre ensemble, et un instant privilégié pour exprimer leur solidarité», conclut George Clooney.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 35 768 entrées
  • Cumul IDF : 58 162 entrées

  • 1ère semaine France : 68 461 entrées
  • Cumul France : 110 710 entrées