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Notes de Prod. : John Rabe, Le juste de Nankin

    en DVD le 05 Octobre 2011

Florian Gallenberger et le projet « John Rabe »

En Mars 2006, je suis allé pour la première fois en Chine, avec le journal de John Rabe dans mes bagages avec l’idée de faire une adaptation filmée des événements du journal relatifs à l’année 1937.

Bien sûr, j‘étais tout à fait conscient qu’aujourd’hui encore la figure de John Rabe et son histoire était un sujet particulièrement sensible pour diverses raisons. Tout d’abord, le massacre de Nankin fût et est toujours une cause de tension diplomatique entre la Chine et le Japon, car les faits tout comme la question de la culpabilité sont perçus différemment dans les deux pays. Mais le film présentait également une question sensible d’un point de vue allemand : En tant qu’allemand, peut-on faire un film qui a pour personnage principal un membre du parti Nazi qui va sauver des civils chinois de l’agression japonaise grâce au drapeau nazi ?

Afin de répondre à cette question, j’ai décidé de connaître le contexte, le pays, les lieux où se sont déroulés les événements relatifs à John Rabe. Je voulais autant que possible comprendre qui était cet homme avant de savoir si l’on pouvait faire un film sur lui, et si l’on se devait de faire un film sur lui.

J’ai donc été en Chine comme un simple touriste, sans prévenir personne des motivations de ma visite. Je voulais me faire ma propre image, sans être influencé.
Après avoir passé les premiers jours à Shanghai et impressionné par la fascinante et terrifiante vivacité de cette métropole, je suis parti pour Nankin accompagné d’un interprète. Sur le trajet mon téléphone chinois sonna, celui que je venais d’acheter et dont seuls ma femme et des amis allemands avaient le numéro. J’ai entendu la voix d’une femme chinoise, qui me remerciait en anglais d’effectuer un voyage en Chine dans le but de faire un film sur John Rabe et le massacre de Nankin.

Mais malheureusement, elle devait m’informer que je n’aurai pas d’autorisation pour tourner ce film, car le Comité Central du Parti Communiste Chinois avait décidé qu’il n’y aurait qu’un seul film autorisé à traité le sujet, et qu’un réalisateur chinois avait déjà été choisi. Elle s’est dit vraiment désolée, et m’a souhaité un très bon séjour en Chine. Puis elle a raccroché.
J’étais stupéfait. Comment savait-elle que j’étais là, que j’avais l’intention de faire un film sur John Rabe, et par-dessus tout, comment avait-elle eu mon numéro ?
Après cet appel j’ai été envahi par une sensation que je n’avais encore jamais ressenti. La sensation d’être espionné. La sensation d’être suivi par quelqu’un que je n’avais pas remarqué. Une expérience extrême- ment déconcertante.

Après être arrivé à Nankin je suis allé visiter le Nanjing Massacre Memorial Hall, qui vous donne une idée précise de l’intensité des atrocités et de la souffrance. Quand j’ai demandé à l’administration du musée si il y avait encore des survivants, et s’il était possible de les rencontrer, j’ai appris qu’effectivement il y en avait un grand nombre, mais qu’une rencontre ne pouvait être organisée que par un responsable du parti Communiste, et bien sur avec son autorisation... Mais si j’étais le réalisateur venu d’Allemagne, la demande serait forcément refusée car on m’avait déjà prévenu que je n’aurai pas l’autorisation de faire un film à ce sujet.

Cette fois, ce n’était plus une sensation de stupéfaction ni de malaise mais bel et bien de la frustration. Je ne comprenais pas pourquoi je continuais à me heurter à un mur. Qu’avaient-ils contre notre film alors qu’ils ne nous avaient encore jamais rencontré ? Chacune de mes demandes d’explications ou de permissions pour expliquer mes intentions furent rejetées. Pour la première fois, j’étais prêt à abandonner.

Dévasté, je me promenais dans les rues de Nankin avec ma nouvelle interprète (je m’étais séparé de la première car je la suspectais d’être la taupe), quand tout à coup nous rencontrons un grand homme aux cheveux blancs. Nous nous sommes salués chaleureusement, puis je lui ai dit « Ni Hao » et il m’a sourît avec un sourire bienveillant.

Puis j’ai eu une idée : j’ai demandé à l’interprète de lui demander s’il était né à Nankin, et sans vouloir être grossier, quel âge avait-il ? Il sourît encore et répondit qu’il avait 83 ans et qu’il vécut toute sa vie à Nankin. J’ai attendu qu’il me dise, « mais si vous êtes le réalisateur allemand, vous devez être au courant que vous n’avez pas l’autorisation pour faire le film et aussi que je ne suis pas autorisé à vous parler ». Mais il n’en fit rien. Au contraire, lorsque l’interprète lui a dit que j’étais allemand et que je venais afin de découvrir ce que John Rabe avait accompli, ses yeux se sont mis à briller, et il nous invita chez lui.

M. Gao et sa femme se rappelaient très bien du temps de l’invasion japonaise. Il avait 13 ans au moment des faits et était intimement persuadé que lorsque vous étiez attaqués par des étrangers, seuls des étrangers pouvaient vous protéger – et ce fut le cas, car lui-même, sa mère, et ses semblables avaient trouvé refuge dans la cour d’un étranger.
Et où était-ce, lui ai-je demandé.

« La maison était sur Xiaofen Qiao, au coin de Guangzhou Street. » Je ne pouvais plus contenir mes émotions. C’était l’adresse de John Rabe. A ce moment, à la question peut-on faire ce film ? Doit-on faire ce film ? La seule réponse à mes yeux était : On doit faire ce film.

William Kirby, professeur à Harvard et historien : A propos de John Rabe et du film

L’attaque japonaise de Nankin, alors capitale de la Chine, a été un événement horrible. L’exécution en masse de soldats, l’extermination et le viol de dizaines de milliers de civils vont à l’encontre de toutes les règles de la guerre. Ce qui est encore stupéfiant, c’est que ce fut un massacre public, qui visait à terroriser. Il s’est produit à la vue d’observateurs internationaux, comme John Rabe. Et ce n’était pas une défaillance passagère de la discipline militaire, car cela a duré sept semaines.