Notes de Prod. : Joseph et la fille

Entretien avec Xavier de Choudens, réalisateur de Joseph et la fille

Joseph et la fille est à la fois un polar, avec la préparation du braquage d’un casino, mais surtout une histoire d’amour entre deux personnages aux antipodes, une jeune femme déterminée et un voyou en fin de vie. Comment en êtes-vous venu à mêler ces deux aspects dans un même film ?
Je me suis lointainement inspiré de la nouvelle de Yasunari Kawabata Les Belles endormies ; dans le Japon du début du XXe siècle, un vieil homme sous narcotiques vient s’endormir auprès de jeunes femmes. J’avais essayé de l’adapter sans y parvenir mais l’idée de cette relation amoureuse un peu interdite est restée. Et j’y ai greffé l’idée d’un casse avec un homme à l’aube de sa mort. Je ne voulais pas faire un film de braquage. Joseph et la fille se rapproche évidemment du film noir sans pour autant adopter une esthétique spécifique. Les codes du polar sont là (Joseph sort de taule, va dans cette maison pour préparer un coup, rencontre une fille…) mais le film ne devait pas se résumer à ça.

Par ce biais, vous vouliez apporter un nouveau regard sur le polar ?
Pas forcément. L’idée n’était pas de détourner les codes, rendre hommage ou m’inscrire dans une histoire de références, même si, bien sûr, comme tous les gens de ma génération, j’ai grandi en voyant beaucoup de polars… J’ai envoyé L’Anglais de Steven Soderbergh à Jacques Dutronc pour qu’il ait une idée de ce que je voulais faire. Ce qui m’intéressait dans ce film, c’est la gestion du silence et la simplicité de l’histoire : avec simplement une intrigue principale et une sous-intrigue, il tient en haleine. J’avais le même genre d’envie : raconter une histoire d’amour dans le cadre plus vaste d’un casse en préparation. J’ai porté beaucoup d’attention à être juste sur les bandits. Je ne glorifie pas ce monde de truands, je les montre comme des minables (ce qu’ils sont fondamentalement), ce qui va un peu à rebours de ce qu’on peut généralement voir au cinéma.

Vous êtes venu au cinéma en autodidacte.
Absolument. Je n’ai pas fait d’études de cinéma. J’ai fait mon éducation en louant quantité de films. J’ai eu une révélation à 9 ans en voyant deux films de Dino Risi avec Vittorio Gassman. Dans l’un, il était aveugle ; dans l’autre, il flambait au volant d’une voiture de sport. Je me suis dit : comment peut-il conduire alors qu’il est aveugle ? Ce mensonge, ce côté marionnettiste m’a fasciné. Et j’ai su que je deviendrai réalisateur. J’ai arrêté l’école en première et fait plein de petits métiers (vendeur, barman, coursier…) jusqu’à avoir suffisamment d’argent pour me payer une école de cinéma. Mais je me suis rendu compte que je ne toucherais pas une caméra avant des lustres, que c’était très théorique… Donc j’ai repris mon argent ! Après être passé par le cinéma des armées, je suis allé voir une maison de production et j’ai joué l’assistant une journée. Mais là encore, pressé, je ne voulais pas faire tout ce chemin jusqu’à la réalisation. Le lendemain, je suis allé les revoir avec un scénario. Et ils ont produit mon premier court métrage, qui a financé le second puis j’ai pu faire mon premier film, Frères. C’est un parcours assez simple finalement. Je n’avais pas un rond donc je n’avais pas le choix. Ma détermination et ma ténacité ont fini par payer !

On n’avait plus vu Jacques Dutronc au cinéma depuis trois ans. Comment l’avez-vous convaincu de jouer Joseph ?
S’il n’avait pas accepté le rôle, je n’aurais pas fait le film. J’ai écrit le scénario en pensant à lui. Dans cette génération de comédiens, je crois qu’il était le seul à pouvoir incarner ce personnage. Il a à la fois ce côté cassé, abimé, mais aussi et avant tout séduisant. Après trois mois de travail sur le scénario, puis un peu de réécriture avec mes producteurs, je lui ai envoyé le scénario et un matin, son agent m’a appelé. Il m’invitait à aller le voir en Corse. Immédiatement, nous nous sommes bien entendus. J’étais soulagé, parce que j’y allais d’abord pour vérifier qu’il était bien Joseph. Je ne l’avais jamais rencontré « en vrai », je ne connaissais pas sa taille, sa carrure… J’ai tout de suite vu que c’était lui et pas un autre. Nous nous sommes assis autour d’une table, avons parlé dix minutes du scénario puis de tout autre chose. Et bu pendant quatre heures ! Au retour, sur la route entre Calvi et l’aéroport de Bastia, ça a été assez drôle !

Comment est-il sur le tournage ?
Il est formidable, sympathique avec tout le monde. C’est tout sauf un dilettante, il est très précis sur le scénario, très professionnel. Il a une vraie conscience de son personnage. Joseph en prend plein la tête, cette jeune fille vient le bousculer, on le voit fatigué, cassé… Jacques bien sûr doit être soucieux du regard qu’on porte sur lui. Le mien a toujours été bienveillant.

Comment s’est passée la rencontre avec Hafsia Herzi ?
Entre Hafsia et Jacques, le spectre ne pouvait être plus large ! Ce sont deux cultures différentes, deux générations aux antipodes. Je crois même qu’elle ne le connaissait pas comme chanteur mais seulement comme acteur… Hafsia est d’une animalité, d’une énergie phénoménale. J’avais l’impression de devoir contenir un pur-sang ! Jacques, ça le faisait sourire, il l’appelait la « mitraillette » ! La relation entre Joseph et Julie est le coeur du film. Leur relation « amoureuse » m’intéresse beaucoup plus que le braquage. Je voulais les rendre attachants et émouvants, qu’ils se trouvent et se rapprochent autour d’un projet commun. Le braquage n’est là que pour amener du spectacle dans un drame.

La maison dans laquelle ils vivent est un personnage à part entière, aussi cassée que Joseph…
On a eu du mal à la dénicher. J’avais en tête la maison de La Grande Bouffe. Elle est assez dévastée, en ruine, abîmée mais en même temps super classe. Comme le personnage. On a beaucoup travaillé sur l’ambiance sonore de cette maison, pour la faire vraiment vivre (dans le traitement des parquets, les bruits dans les tuyaux, les courants d’air…). On l’a louée vide et j’ai eu autant de plaisir à travailler la transformation d’Hafsia de petite banlieusarde en quasi femme fatale que le décor intérieur de la maison, des meubles aux rideaux ! Je suis toujours très attentif aux décors, aux couleurs, aux objets, au papier peint…

Et donc les voilà lancés dans le braquage d’un casino depuis cette maison décatie, elle un peu chien fou, lui atteint par la limite d’âge.
Le casino avait un côté plus glamour qu’un bureau de tabac ! Je voulais quelque chose de flamboyant, sans forcément m’attarder sur les détails (il n’y a pas de plans sur les tables, les jetons, etc). C’était un moyen de mettre ce couple en valeur par l’éclairage, le décor… J’avais envie qu’on soit transporté par une histoire de gentleman cambrioleur ! Et puis, dans le jeu il y a une notion de « quitte ou double » qui allait bien au personnage de Joseph, qui sait que c’est son dernier coup. Je voulais en faire un héros presque racinien, que les spectateurs soient émus à la fin.

Sur le tournage de Joseph et la fille

Le 22 Juin 2009 - Dutronc fait son dernier casse
Jolie rencontre pour thriller explosif ! Jacques Dutronc et Hafsia Herzi se donnent actuellement la réplique dans le film Joseph et la fille, second long-métrage de Xavier de Choudens, après Frères.
Le film raconte l’histoire de Joseph (Jacques Dutronc), malfrat sortant de prison après avoir purgé sa peine de 20 ans d’incarcération. À sa sortie, il commence à réfléchir à son prochain braquage, qu’il compte élaborer avec la fille de son co-détenu, Julie (Hafsia Herzi). Une étroite relation naîtra entre les deux personnes, un amour qui laissera des traces !