Le projet, entamé en 2004 et achevé en avril 2005, a été réalisé par la Cineteca Nazionale avec la supervision de
Giuseppe Rotunno, le directeur de la photographie du film. Pour la restauration ont été utilisés les négatifs originaux, qui se trouvent déposés en deux endroits différents : le négatif image à la Technicolor d'Hollywood, conservé au nom de l'actuel ayant-droit américain, la Warner Bros, et le négatif son, déposé à la Technicolor de Rome par la Titanus, producteur et ayant-droit italien.
Pour éviter tout risque au négatif image, on a décidé de confier la première phase de la restauration à la Technicolor d'Hollywood. Ici le négatif image a été utilisé pour le tirage d'une check print, qui a été soumise à
Giuseppe Rotunno pour établir les critères d'étalonnage du nouvel interpositif tout en conservant le juste ton photographique.
L'interpositif a ensuite été envoyé en Italie, à la Technicolor de Rome, pour la seconde phase de la restauration, qui a concerné le tirage d'un nouvel internégatif, obtenu à la suite de plusieurs essais et grâce à la vérification de la check print tirée de ce dernier élément. Ce même travail de vérification a permis de repérer les derniers défauts, non éliminés par le traitement photo-chimique, et de décider l'intégralité de la restauration numérique. Les sections individuées (pour un total d'à peu près 900 mètres) ont été scannées, restaurées numériquement, transférées sur pellicule et montées dans les nouveaux éléments de préservation, interpositif et internégatif. En même temps la Technicolor de Rome a achevé la restauration du son en utilisant la méthode numérique Digital Air (brevet Technicolor) : le nouveau son, restauré numériquement, a été transféré sur pellicule, sur un nouveau négatif. Un élément de préservation du son original, non restauré numériquement, à été tiré du négatif. Trois copies de projection ont été enfin tirées des internégatifs et négatifs son restaurés.
Zurlini aujourd'hui
Voir ou revoir à la Quinzaine des Réalisateurs le sublime Journal intime (Cronaca familiare, 1962) de
Valerio Zurlini, dans une version restaurée par la Cinémathèque de Rome en étroite collaboration avec le grand directeur de la photographie
Giuseppe Rotunno participe, il me semble, aux objectifs de la nouvelle équipe du festival, et comble leur désir de cinéma. Être attentifs et sensibles à l'émergence de jeunes cinéastes talentueux, à l'audace et à la beauté de films dont nous comptons parmi les premiers spectateurs, c'est aussi se souvenir de certains chefs-d'œuvre, plus ou moins reconnus, plus ou moins secrets, tous essentiels à l'édification d'un rapport fertile, passionné et critique au cinéma. Journal intime est un film de chevet qui a bouleversé non seulement la brève histoire du cinématographe, mais aussi le regard de plusieurs générations de cinéphiles. Montrer Journal intime en 2005 à la Quinzaine, entre Guernsey de
Nanouk Leopold et Odete de Joao Pedro Rodriguez, relève presque de l'évidence. Parce que
Valerio Zurlini est un des cinéastes les plus importants de la modernité cinématographique européenne, aux côtés de Resnais, Pasolini et Antonioni, et que son œuvre mérite une perpétuelle (re)découverte. Parce que cette déchirante histoire d'amour entre deux frères (
Jacques Perrin et
Marcello Mastroianni, qui rivalisent de beauté et d'émotion), séparés par la vie dès l'enfance, puis par la mort à l'âge adulte, transcende les règles du mélodrame et débouche sur une œuvre unique, touchée par la grâce.
Olivier Père, Délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs