J’ai eu l’idée de ce film sur une route de montagne au Nord de la Norvège. Wencke Foss, Maria Bonnevie et Depardieu étaient dans la voiture. Wencke avait une petite bouteille de vin dans son sac. Maria et moi chantions. Gérard ronflait. J’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu Lofoten là-bas, à l’horizon de l’autre côté de la mer.

Les montagnes enneigées reflétaient le soleil dans une blancheur de craie ardente et je me sentais en paix. Derrière moi, dans un lieu loin au sud du Danemark, se trouvait ma famille. Dans un lieu complètement différent, ma femme et mes trois merveilleux enfants. J’eu honte d’être assis dans cette voiture et de me sentir heureux sans eux. Car évidemment ils devraient être toujours là, juste là à mes côtés... toujours. De plus, j’étais en route pour rendre visite à une femme dont j’étais tombé amoureux. Elle serait en train de m’attendre lorsque nous arriverions au bateau. Plus tard, nous contemplerions par la fenêtre de la cabine ensemble la nuit à la lueur de l’aurore boréale. Je quittai ma femme mais pas mes enfants. Aujourd’hui, nous vivons une existence séparée, comme beaucoup d’autres couples naufragés. Ce n’est pas idéal mais c’est toujours mieux que des mariages sans amour.
Just Another Love Story est né de cette histoire. La vie est pleine de déceptions, de douleurs, de sales défaites, d’espoirs courageux et de mensonges désespérés. Vous ne pouvez pas y échapper. Voici Jonas, un homme attaché à sa famille qui laisse toutes les bonnes choses de sa vie derrière lui pour trouver quelque chose d’encore mieux. Le rêveur, celui qui se cache toujours quelque part dans votre âme et dans un murmure vous tente avec de nouveaux paysages, d’autres hommes et femmes et de nouvelles identités rafraîchissantes.

Nous avons tous pensé : Et si j’étais quelqu’un d’autre ? Et si je pouvais me débarrasser de l’ancien et recommencer à zéro ? Continuer sur l’autoroute vers le sud. Ne pas sortir à Herlev et aller travailler. Mais simplement fuir tout au risque d’être retrouvé dans vingt ans dans un programme télé sur des Danois disparus ? Mon Jonas, amoureux dans le film, est le rêveur en chacun de nous. Merci Jonas, pour l’art, pour le film, de nous montrer toutes les choses que nous n’oserions pas faire nous- mêmes, de nous faire partager l’expérience sans nous en donner la responsabilité. Jonas va seulement plus loin encore : Il ne quitte pas seulement la vie qu’il connaît mais ment pour entrer dans une autre. Il vole à la fois l’identité d’un autre homme et sa femme. C’est une intensité motivée par un rêve passionné et insatiable qui a des conséquences, des conséquences sanglantes et impitoyables, car l’homme dont il vole le nom s’avère être un monstre en mal d’amour, un monstre amoureux, un psychopathe sensible. J’ai essayé de produire un drame moderne sans inhibition qui, oui, sort des rails mais que nous pouvons toujours reconnaître dans la profondeur de nos âmes. C’est une histoire d’amour sanglante, oui, voilà ce que c’est : une histoire d’amour sanglante. Nous avons filmé pendant dix semaines dans un état d’enthousiasme sauvage. A Copenhague, sur l’île de Funen et au Cambodge. Et puis la plupart d’entre nous sont retournés chez eux, vers leur femme, leur mari, leur petite amie ou leur copain.
Affectueusement,
Ole Bornedal