Les personnagesRencontre avec Florence Foresti, interprète de Magali
Comment Pef vous a-t-il présenté son projet ?
Il m’a simplement contactée en me disant qu’il écrivait un deuxième film. Il m’a donné le scénario accompagné du DVD de son premier film et m’a demandé de regarder le DVD avant de lire le script. J’ai fait l’inverse ! En ouvrant le scénario, je m’attendais à un univers drôle et poétique particulier qui lui ressemble et il était effectivement bien présent – comme il l’était déjà d’ailleurs dans Essaye-moi.
Qu’est-ce qui vous a séduite dans King Guillaume ?
A la première lecture, j’ai surtout été séduite par les cinq habitants de l’île et cette atmosphère complètement surréaliste et loufoque. Dans un second temps, Pef a souhaité retravailler mon rôle. Sachant que j’allais jouer Magali, il voulait que la comédie repose davantage sur elle.
Pouvez-vous parler de votre personnage, Magali ?
Magali est inconséquente, dépensière, mais ouverte à la vie et à l’imprévu, alors que son mari, Guillaume, a bien les pieds sur terre. C’est un couple amoureux qui fonctionne très bien. Vive et spontanée, Magali sait s’adapter. Elle est un peu comme moi, mais plus romantique ! Elle a beaucoup de rêves – qui ne sont pas forcément les miens. Si on m’annonçait que je vais hériter d’un royaume et d’un million d’euros, je pense que je serais dans la retenue, un peu comme le personnage de Pef dans le film.
Avez-vous apporté des choses à ce personnage ?
Pef écrit très bien et il n’y a pas eu grand-chose à modifier sur le tournage. Je pense qu’il a très vite assimilé ce que je suis et a su le transposer. De plus, je n’avais pas envie de dénaturer ce texte très cohérent, très juste, qui fonctionne bien avec le personnage. Je ne me souviens pas d’avoir improvisé. Ce que j’ai apporté, et qu’il ne pouvait pas prévoir, est surtout du domaine du visuel et de la gestuelle. Ce sont des regards, des intonations...
Comment s’est passé le travail avec celui qui est à la fois votre metteur en scène et votre partenaire ?
Il y a effectivement deux Pef. C’est un très bon metteur en scène, très présent, très à l’écoute, attentif à ses comédiens. Il ne nous laisse jamais livrés à nous-mêmes. Il dirige même quand lui-même joue. Metteur en scène avant tout, il était assisté d’une coach pour le remettre dans le jeu quand il était devant la caméra. Il y avait du travail, mais nous nous sommes amusés comme des gamins et nous avons ri tout le temps.
Le film rassemble une très belle brochette de personnalités. Comment a fonctionné ce mélange ?
Je ne veux pas aller dans les clichés, mais sincèrement, bien que débutante au cinéma, j’ai rarement vu autant de générosité sur un tournage. L’effet de naturel qui nous habitait, le respect et l’écoute que tous manifestaient, ont fait de ce tournage un bonheur. Même si la plupart de mes scènes sont avec Pef, j’ai aussi eu le plaisir de jouer avec Pierre Richard, Isabelle Nanty, Omar, Rufus, Raymond et Fred. C’est assez simple et agréable de travailler avec eux tous. Pierre Richard incarne une expérience qui est là, devant vous et ne vous trahit pas. Ce n’était que du plaisir.
Comment définiriez-vous l’atmosphère particulière du film ?
Là s’exprime tout l’univers de Pef. C’est ce qui fait toute la différence entre une simple comédie et un film de cinéaste. L’atmosphère est faite de toutes ces choses qui nous dépassent, nous acteurs, qui nous imprègnent et qu’il maîtrise à la perfection. Le soin et l’imagination qu’il met dans chaque détail témoignent de son esprit et construisent un univers. Alors qu’au début du film, on découvre un couple simple, Pef parvient à le rendre unique. Tous les détails donnent immédiatement une couleur à nos personnages. Cela se traduit dans le décor, les vêtements, les accessoires, tout ce que Pef insuffle.
Tout le monde connaît votre talent dans la comédie, mais vous révélez aussi d’autres facettes de votre sensibilité dans certaines scènes...
Et c’est évidemment plus difficile pour moi. J’aurais tendance à être beaucoup plus pudique dans le jeu. Naturellement, je ne serais pas allée aussi loin dans l’émotion, mais je m’en suis entièrement remise à Pef qui lui, n’a pas peur d’aller au bout des choses. Dans la scène avec les îliens au foyer par exemple, il souhaitait que j’aie quasiment des larmes. Sans doute le fallait-il pour contrebalancer la joie et l’énergie de mon personnage. En bon metteur en scène, il a beaucoup expliqué, comme il le fait pour chaque séquence. Cette scène était extrêmement importante pour lui puisque c’est le moment où tout bascule. Le plan de travail a été fait de manière à ce que j’aie d’abord tourné toutes les scènes sur l’île et que je me sois attachée aux personnages, afin que cette scène du foyer s’inscrive dans une cohérence de jeu et de sentiments.
Comment le tournage s’est-il passé ?
J’ai tourné la plupart de mes scènes en intérieur, mais il y a quand même des scènes sur le bateau, à Brest et sur la presqu’île de Porspoder. Sincèrement, tourner dans cet endroit magnifique a été le moment le plus heureux ! Une magie a tout de suite opéré sur toute l’équipe. Le fait de commencer par tourner là-bas nous a complètement soudés. Nous habitions dans les maisons de Porspoder, un petit village au bord de la mer. En pleine nature, face à la mer, nous étions les plus heureux du monde. Puis nous avons perdu nos îliens, qui ont quitté le tournage. Comme mon personnage, j’étais triste de les voir partir. Nous sommes tous restés dans une perpétuelle nostalgie de notre île.
Attendiez-vous particulièrement certaines scènes ?
Dès la lecture du scénario, j’avais envie de jouer celle où je change de tenues. Là, je me suis fait plaisir. C’était le quart d’heure des filles ! Maquilleuses, stylistes, coiffeuses et moi-même, nous étions toutes hystériques ! Ce genre de scène pour une fille est l’équivalent des scènes de cow-boys pour les garçons ! En une après-midi, passer de blond platine à une brune en jupe verte ou rose, c’est vraiment la petite fille qui joue à la poupée avec elle-même. Pef l’avait bien senti. J’avais aussi envie de jouer les scènes de couple car je trouve très intéressant de jouer à deux. Je redoutais un peu plus les scènes de groupe et celles d’extérieur, qu’habituellement je n’aime pas jouer. J’appréhendais énormément les scènes de baignade puisque l’eau était à 12°C ! Nous en parlions tous les jours. Chaque matin, nous mesurions la température de la mer. Plus le temps passait, moins je pensais pouvoir le faire. Une fois de plus, Pef a agi avec moi avec beaucoup d’intelligence. Il a semblé abandonner l’idée en me proposant de jouer sur le sable car l’eau était trop froide. Puis il m’a fait courir au bord de l’eau et, au bout d’un moment, j’ai eu tellement chaud que c’est moi qui ai demandé à me jeter à l’eau !
Votre rôle est plus que jamais essentiel dans un film. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
Pour la seconde fois, mon rôle est important, mais le film ne repose pas sur moi. Même si les autres personnages apparaissent moins que moi à l’écran, ils sont formidables et très hauts en couleurs. En fait, c’est un film d’aventures et je suis une des personnes qui sont plongées dedans. Le film repose avant tout sur un vrai scénario et l’univers de Pef. Il était important que je m’y intègre en contribuant à ce scénario magnifique sans vampiriser le rôle.Je suis très fière d’avoir eu la chance de participer à ce film qui ne ressemble à aucun autre. Alors que les comédies s’enchaînent, on découvre ici une fable originale, au-delà des modes, hors du temps, dans laquelle Pef a pris soin d’éviter toute référence culturelle actuelle. C’est un film qui compte pour moi et qui, je l’espère, comptera pour le public.
Que représente cette expérience pour vous ?
J’ai l’habitude du one-man-show où l’on est très libre, où l’on s’amuse beaucoup, où l’on ne peut pas tricher. C’est cet esprit que j’ai retrouvé. Plusieurs comédiens – Pierre Richard, Isabelle Nanty – font de la scène et peut-être la générosité que l’on retrouve dans ce film provient-elle de là. Le tournage a été une vraie parenthèse de bonheur. C’est avec cet esprit de troupe, qui reteinte le travail et la vie de l’équipe, que j’ai envie de faire du cinéma et je sais que c’est rare.
S’il vous reste un seul souvenir, un moment que vous n’oublierez pas, quel est-il ?
C’est un film d’aventures et j’ai beaucoup de souvenirs en scène et hors scène. Hors plateau, je n’oublierai pas les joyeuses fêtes du samedi dans notre petit village. C’est aussi là-bas que ma fille a quasiment appris à marcher... Avoir un faux ventre de femme enceinte, mais sans les inconvénients d’une véritable grossesse, en restant fine dans un jean moulant, était aussi jouissif. Etre enceinte sans les nausées et les kilos en trop, c’est plutôt bien ! Je n’oublierai pas non plus la surprise que Pef m’avait préparée. Juste avant le tournage, je jouais au théâtre dans “L’Abribus” avec Philippe Elno, à qui il a confié un petit rôle sans me prévenir. Ils ont préparé leur coup pendant des mois ! J’arrive sur un bateau et le capitaine, magnifique dans son uniforme, ouvre la porte et apparaît devant moi. Cette fois, la première prise n’était pas la bonne, parce que je me suis fait avoir !
William Fernand par Pierre Richard
« J’avais tourné dans le premier film de Pef, Essaye-moi et il m’a très vite dit qu’il m’écrivait un rôle dans celui-ci. Le scénario m’a tout de suite plu parce que j’y retrouvais des éléments vraiment très proches de mon propre univers. On sentait un côté poétique, surréaliste, un vrai goût du visuel et du décalage. C’est tellement proche de ce que j’aime que, si je devais désigner un héritier, ce serait Pef. L’histoire m’a séduit. C’est totalement fou ! J’étais ravi de faire partie de cette aventure. J’ai été encore plus surpris lorsque j’ai découvert que ce genre de royaume, aussi improbable que minuscule, existait dans la réalité ! Mon personnage, William Fernand, est le bras droit du roi. Il est touchant mais un peu bêta, comme tous ses compagnons. Malgré sa naïveté, son titre de Prince Consort lui donne une certaine autorité. Lorsque le roi disparaît, il se retrouve comme le grand frère d’une bande d’orphelins et il va essayer d’assurer la cohésion et la sécurité du royaume – ce qui, étant donné son esprit lunaire et inadapté au monde d’aujourd’hui, va parfois beaucoup compliquer la situation... Les îliens sont comme des enfants qui, privés de leur guide, ne comprennent pas ce qui leur arrive. Je n’ai eu aucune difficulté à entrer dans le personnage, d’abord parce que Pef l’avait écrit en pensant à moi et que le rôle possédait une vraie cohérence. Le costume fait aussi beaucoup et le fait d’être en kilt m’a vraiment inspiré et nourri. Ce film m’a conforté dans l’idée que le visuel est sacrément intéressant dans le cinéma. Le décor est un acteur à part entière, extrêmement important. Ce film ne ressemble pas aux comédies habituelles. C’est pour moi une qualité. Parce qu’il mélange une histoire décalée et des décors qui le sont aussi, on est dans quelque chose de très original dont la seule réalité est celle des sentiments. Les situations peuvent nous surprendre et nous faire rire, mais ce que les personnages éprouvent trouve un écho réel en nous. On comprend leurs attentes, leurs rêves, leurs espoirs. Ils ne nous ressemblent pas et pourtant on en est incroyablement proches. On s’amuse de leur incroyable aventure, mais ce qu’ils vont devenir nous importe. Le film est plein de scènes que j’adore. Dans toutes, Pef a su apporter une autre dimension. J’aime l’image de cette cabine anglaise perdue sur la grève, à demi noyée par les flots, qui ne peut servir qu’à marée basse. C’est une belle idée, poétique et burlesque ! J’aime aussi beaucoup ce bateau échoué et brisé dans lequel tous les personnages vivent - sauf le mien qui partage la ruine du château avec le roi. Quand ils sont à table, les plats glissent et tous doivent les rattraper avant qu’ils tombent par terre. Si on observe le cœur de l’histoire, le couple incarné par Pef et Florence Foresti va se trouver face à un univers incroyable qui va les révéler. Confrontés à cette île et à leurs habitants, ils vont sortir de leur routine et découvrir ce qu’ils sont vraiment. La scène où tous les îliens sont face à Florence est réellement touchante. C’est un parcours émouvant, humain mais vraiment très drôle à suivre ! Le fait d’avoir tourné en extérieur, dans des conditions qui n’étaient pas évidentes, a eu l’énorme avantage de nous rapprocher les uns des autres. Nous avons souffert ensemble, surtout les premiers jours où il pleuvait du matin au soir. Comme nous n’avions pas les moyens d’attendre le retour du soleil, nous avons tourné sous la pluie, les pieds gelés ! On ne m’enlèvera pas le plaisir que m’a procuré ce tournage. Je suis à un stade de ma vie où je savoure le plaisir de chaque jour de plateau en me disant que j’ai la chance formidable de faire mon métier. De très nombreux moments me restent et même s’il faisait froid, ils me font chaud au cœur ! Lorsque je nous revois tous sous les tentes d’habillage, trempés et transis, certains avec des sabots et moi avec les chaussons de mon personnage, gorgés d’eau froide, quel souvenir ! Sentir le souffle brûlant des sèche-cheveux que l’on nous passait sur les pieds était un bonheur ! Lorsque nous avons tourné sur les scènes de bateau, nous étions secoués et du coup, nous avons aussi partagé le mal de mer ! Toutes ces vicissitudes nous ont liés fortement. Sur ce tournage, il n’y a eu que de belles rencontres. J’ai très peu joué avec Florence Foresti mais nos rares scènes m’ont suffi à prendre toute la mesure de ses dons comiques. J’étais heureux de retrouver Isabelle Nanty que je connais bien. J’ai découvert Omar et sa personnalité aussi surprenante qu’attachante et j’ai aussi aimé rencontrer Raymond Bouchard. Nous formions un vrai groupe, serré autour de Pef comme toute l’équipe. Nous étions tous très volontaires et enthousiastes. »
Pamela Gisele par Isabelle Nanty
« Le seul fait que Pef me propose le rôle a suffi pour que j’accepte. Au-delà des projets, ce qui m’importe, c’est d’être fidèle à ceux qui me font le bonheur de m’intégrer à leur univers. Ma seule ambition est de les servir, d’accompagner humblement ce moment de création. Cette histoire ressemble vraiment à Pef et il y fait preuve d’un style qui s’affirme tranquillement. Ses indications sont très précises. Il suffit de se laisser faire. Bien que plus adulte, il est finalement assez proche de son personnage, Guillaume. Faire des films fait mûrir et perdre une certaine innocence. C’est souvent mauvais, sauf dans le cas de Pef qui s’en trouve juste rapproché du réel sans rien perdre de sa capacité à s’émerveiller ! Plutôt que de mon personnage, j’ai envie de parler du film et de l’univers du metteur en scène. Nous, les îliens, avons tous eu la sensation de jouer un groupe, une entité et non un personnage. Nous étions toujours serrés les uns contre les autres, comme dans la cabine. Il y avait entre nous une sorte d’équilibre organique. Nous étions une seule pensée. Sans nous concerter, nous avions très souvent sur le visage la même expression. Les îliens ne réfléchissent pas vraiment. Ils sont impulsifs, comme des enfants ou des animaux. C’est le corps qui compte. Jouer l’écoute par le corps plus que par le cérébral était très plaisant. Seule femme de ce groupe, je me sentais un peu la mère de tous et c’est ainsi que je l’ai jouée, instinctivement. Chacun d’eux est un univers et l’unité s’est constituée par l’intermédiaire de Pef. Nous sommes un peu une fratrie dont le père – le roi – est mort. Nous nous sommes élevés ensemble. La seule chose importante est de rester ensemble. Il s’est d’ailleurs passé quelque chose d’incroyable lors de la scène du foyer. Il était question dans l’histoire de notre séparation et nous étions tous bouleversés alors qu’il ne s’agit pas d’un film dramatique. Mais nous étions submergés par l’émotion, comme si nous jouions un inconscient, peut-être celui de notre propre vie. Ce serait en tout cas un inconscient de l’enfance et toute cette histoire raconte des fantasmes enfantins. Le fait de tourner en extérieur change aussi complètement notre perception et notre ressenti. Même si la pluie et le vent compliquaient les choses, ce tournage avait quelque chose de magique. Je n’ai jamais savouré un bain chaud autant que là-bas. Nous avons vraiment eu très froid mais, bizarrement, plus le temps passait moins nous étions fatigués. Nous avons été comme nettoyés dans notre sang. De tous ceux que je connais depuis tant d’années, Pef est un des rares à ne pas avoir changé fondamentalement, même s’il a évolué. Il reste concentré sur l’essentiel – sa famille, les gens qu’il aime. Le simple fait qu’il soit là nous met dans un état de naïveté et de décalage, dans le travail comme dans la vie. Sans se mettre à lui ressembler, à son contact, on se “péfise”. Par leur style, certaines personnes vous emmènent déjà vers ce que vous devez produire. Pef accomplit la prouesse de transposer au cinéma son univers de carton et de bouts de ficelle ! C’est extraordinaire. Au-delà de ce style visuel, il a réussi à insuffler son style de poésie. Il fait comme le marchand de sable. Il envoie une poignée de “poussière de Pef” et chacun sait révéler son propre style à travers cette poussière de magie. Je me souviens d’une anecdote qui date de bien avant les Robin des Bois : il y a très longtemps, j’ai eu Pef comme élève au cours Florent. Il avait un trac horrible qui lui coupait tous ses moyens. Moi aussi, j’ai connu ce trac paralysant. Je l’ai donc supplié de faire n’importe quoi pour supprimer ce blocage qui interdisait l’éclosion de sa personnalité. Un jour, j’ai dit à la classe entière que les scènes manquaient de personnalité, que je n’étais pas là pour leur imposer mon style mais pour que le leur s’épanouisse. Je leur demandais de ne pas avoir peur de faire des propositions, qu’elles ne seraient pas censurées. La séance suivante, Pef est arrivé avec une scène d’ “Horace”, une passoire sur la tête, un manche à balai et des gants Mapa, censés représenter son casque, son épée et ses gants de guerre... Il a évidemment joué cette scène comme une tragédie, il était bouleversant... et tout le monde était mort de rire ! C’est à cet instant-là que j’ai découvert sa personnalité et son style, ceux que j’ai retrouvés dans King Guillaume. En voyant le film terminé, j’ai d’abord découvert tout ce que je n’ai pas vu tourner. J’ai beaucoup aimé les scènes avec Florence. Elle et Pef forment un couple superbe. Sa pêche, sa grande pudeur, sa fragilité et sa féminité me font penser aux actrices américaines comme Whoopi Goldberg. Elle a du charme, elle est belle et elle a vraiment sa place dans le film et dans le cinéma en général. Pour moi, King Guillaume est un souvenir magnifique et marque l’accompagnement du projet d’un ami qui a des choses à dire et peaufine son style. »
 Non-imposable par Raymond Bouchard
« Pef m’a découvert, comme beaucoup de gens en France, dans La Grande Séduction qui avait très bien marché. Il m’a même confié avoir vu le film quatre ou cinq fois. Lorsque j’ai lu son scénario, j’ai tout de suite eu envie de participer au projet. D’abord parce que, même si le Québec est très actif en cinéma, j’aime aussi beaucoup tourner en France car nous sommes de culture française et puis parce que l’histoire de King Guillaume est une fable atypique et touchante, drôle et imaginative. Mon personnage est surnommé “Non-Imposable” sur l’île. Arrivé voilà une vingtaine d’années, on ne sait pas d’où il vient. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai souhaité atténuer mon accent québécois. J’ai fait le Conservatoire et je suis capable de jouer avec “l’accent français”, comme on dit ici ! Non-Imposable est le penseur de la bande, le cerveau qui met les plans au point. Evidemment, ses plans ne marchent jamais comme prévu ! Contrairement aux autres, il a une apparence classique, une certaine élégance. Son costume laisse penser qu’il a pu être comptable ou fonctionnaire de haut rang, mais il le porte depuis si longtemps qu’il est usé au point de tomber réellement en lambeaux et il a fallu le recoudre plusieurs fois sur le tournage ! J’étais curieux de jouer toutes les scènes. Celles qui se sont déroulées sur l’île étaient vraiment spéciales. Nous avons beaucoup ri dans le bateau échoué car il fallait jouer penché... et avoir l’air naturel ! Nous avions tous des cales pour nous empêcher de glisser sur le banc ! La scène des obsèques du roi était également un grand moment. Nous étions vraiment au-dessus d’un cap, il pleuvait et ventait et là encore, nous avons beaucoup ri. A chaque fois, nous avions des scènes incroyables à faire. Quelquefois, vus du Québec, on a l’impression que les tournages en France sont différents des nôtres, mais je me suis encore aperçu que c’est faux. Tout le monde se connaît, toute l’équipe partage aussi bien les repas que les intempéries.On est un peu une grande famille. J’ai eu énormément de plaisir à tourner cette histoire et à jouer avec tous mes partenaires ! J’ai été particulièrement heureux de pouvoir jouer avec Pierre Richard. Nous avions déjà failli tourner ensemble mais cela ne s’était pas fait. Il est aussi célèbre chez nous et je connais une grande partie de ses films et de son univers. Professionnellement, il m’a impressionné. Il était là, debout dans le vent et la pluie, jouant de toute son énergie. Il est un exemple pour moi. J’aime rencontrer ce genre d’acteurs très professionnels, très impliqués, qui “ne jouent pas les vedettes”. Après Désaccord Parfait, je retrouvais Isabelle Nanty et ce fut un plaisir d’autant que cette fois, nous avions des scènes en commun. J’avais également eu l’occasion de rencontrer Florence Foresti, venue au Québec pour le festival Juste pour rire. C’est la première fois que je tourne avec un réalisateur qui joue aussi dans son film. Le réalisateur donne le ton au film et Pef est tellement sympathique et précis que l’ambiance ne pouvait être que joyeuse et studieuse pour le film. Le film, c’est lui et il lui ressemble. C’est son histoire, son atmosphère, son univers. Toute cette aventure est un excellent souvenir et en rentrant au Québec, je me suis mis le fabuleux petit château en ruine en fond d’écran sur mon ordinateur, une photo de Pierre Richard sur mon mobile et des photos de Pef et de l’équipe un peu partout ! » Le réalisateur Rencontre avec Pierre François Martin-Laval
Comment est né le projet ?
Après avoir vu Essaye-moi, mon premier film en tant que réalisateur, le producteur Antoine De Clermont-tonnerre m’a proposé de réaliser un film adapté de la bande dessinée de Pétillon et Rochette Panique à Londres, sur un scénario écrit par Jean Dell et Gérald Sibleyras, auteurs de la pièce à succès Un petit jeu sans conséquence. Je comptais écrire une histoire personnelle et je n’étais pas vraiment attiré par un film de commande, mais j’ai tout de même lu. L’idée de départ me tentait, sauf que je ne me retrouvais ni dans le récit, ni dans le traitement. J’ai expliqué à Antoine qu’il n’y avait pas d’histoire d’amour dans ce projet et que c’était justement ce qui m’intéressait le plus à raconter. En revanche, l’idée de l’héritage me plaisait. Il m’a alors dit de réécrire et c’est ainsi qu’avec Fred Proust et Jean-paul Bathany, nous avons travaillé pendant les deux années suivantes. |
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