Dans
King Of California, une jeune fille, Miranda, et son père, qui vient de sortir de l’asile, cherchent à mettre la main sur un trésor du XVIIIe siècle enterré sous le supermarché du coin. Jusqu’ici, la vie de Miranda n’a pas été facile. Après avoir été abandonnée par sa mère, elle a été obligée d’arrêter l’école pour travailler au McDonald’s afin de gagner de quoi vivre. Et à présent qu’elle a trouvé une stabilité toute relative, son père refait surface après avoir passé deux ans dans un hôpital psychiatrique et bouleverse tout à nouveau... Alors qu’elle commence à comprendre que la chasse au trésor de son père n’est peut-être pas qu’un délire, elle réalise aussi que son projet est motivé par son désir de faire quelque chose de bien pour eux deux, dans un monde qui jusqu’ici les a malmenés...
Mike Cahill, scénariste et réalisateur du film, raconte : « J’ai rencontré
Alexander Payne, un des producteurs, à l’université de Californie où nous avons étudi? ensemble le cinéma. Nous sommes nombreux à être restés en contact depuis cette époque. Après l’université, j’ai écrit quelques livres, et puis un jour Alexander m’a demandé si je n’avais pas une histoire qui ferait un bon film. J’ai fouillé un peu et j’ai sorti le scénario de
King Of California. Alexander a aimé l’histoire et a immédiatement lancé le projet. C’est comme ça qu’est né le film. »
Alexander Payne se souvient : « J’ai adoré le scénario. En fait, je suis même très jaloux de ne pas avoir réalisé le film moi-même ! J’ai parlé de l’histoire à
Michael London à l’époque où nous commencions à travailler sur
Sideways, un film qu’il a produit et que j’ai coécrit et réalisé. Je lui ai suggéré de produire le film. Il a lu le scénario, et m’a proposé ensuite de le produire avec lui. Je lui ai répondu que je ne connaissais rien à la production, mais il m’a assuré qu’il allait tout m’apprendre. Voilà comment je me suis retrouvé à produire
King Of California. »
Le producteur
Michael London se souvient : « J’ai lu le scénario chez moi, d’une traite. Quand j’ai terminé, j’étais vraiment très excité à l’idée de produire cette comédie, car ’histoire m’avait passionné. Immédiatement, j’ai discuté avec Alexander de la façon dont nous allions faire. J’ai ensuite rencontré
Mike Cahill. Mike pourrait presque être un des personnages de ce film, c’est quelqu’un de très déterminé, d’absolument unique, voire un peu excentrique. Avec Alexander, nous avons senti que nous avions en main de quoi faire une très bonne histoire, et nous avons donc décidé de la produire tous les deux. »
Michael London continue : « Faire démarrer le projet n’a pas été facile. Cela nous a pris deux ou trois ans pour réunir suffisamment d’argent et faire notre casting. Tout s’est un peu débloqué quand
Michael Douglas et
Evan Rachel Wood ont accepté de faire le film ; nous avons pu alors trouver assez d’argent pour faire le film correctement. »
L’un des principaux obstacles qui retenaient les éventuels investisseurs était que
Mike Cahill n’avait encore jamais réalisé de film.
Michael London note : « Avec
Alexander Payne, nous avons pensé qu’il serait plus facile et plus évident de confier la réalisation de ce film à son propre auteur. Nous connaissions bien
Mike Cahill, et pour nous il n’y avait aucun doute quant à ses capacités de cinéaste car il avait étudié le cinéma en même temps qu’Alexander à l’université. A cette époque, il avait réalisé un court-métrage extraordinaire qui s’appelait “ Broken Horse ”. Même si Mikes ’est un peu éloigné du cinéma pour écrire, nous savions parfaitement qu’il avait la capacité de réaliser ce film. » Le producteur
Avi Lerner se souvient : «
Michael London et
Alexander Payne avaient une grande confiance en
Mike Cahill. Ils nous ont apporté le scénario et nous l’avons lu dans nos bureaux. Comme nous l’avons trouvé très drôle et très divertissant, nous avons décidé de les aider à le produire. »
Le producteur
Randall Emmett raconte : «
Mike Cahill a su me mettre en confiance dès notre première rencontre. Bien sûr, c’était la première fois qu’il réalisait un long-métrage, mais il avait déjà derrière lui une belle carrière d’auteur à Hollywood. Ce n’était pas comme s’il avait 18 ans et qu’il se lançait dans le cinéma. Il connaissait parfaitement son histoire et s’était déjà bien préparé au travail de réalisation. De plus, il était épaulé par deux producteurs au talent reconnu. »
Père et fille
Randall Emmett commente : « La relation père-fille qui est au centre de l’histoire m’a paru très intéressante. J’ai été touché par la façon dont Miranda s’occupe de Charlie, son père. C’est un inadapté et sans les efforts de Miranda, la relation qui se tisse entre eux ne pourrait jamais exister. Contrairement à son père, elle travaille, elles’assume parfaitement. C’est l’enfant qui s’occupe du parent. Je n’avais pas vu une telle dynamique entre deux personnages depuis longtemps. »
Evan Rachel Wood se souvient : « J’avais 15 ans la première fois que j’ai rencontré
Mike Cahill. C’était à la première de
Thirteen. Je connaissais
Michael London et il avait un scénario qu’il voulait me faire lire. J’ai adoré dès les premières pages. L’histoire était superbe, et tellement émouvante... En plus, c’était remarquablement écrit. J’ai pensé que le film allait être très amusant, et en même temps réaliste et doux-amer. »
Alexander Payne commente : «
Evan Rachel Wood était parfaite pour ce rôle. C’est une actrice fantastique, elle peut jouer dans tous les registres, le drame comme la comédie, et en plus elle sait très bien chanter et danser. »
Evan Rachel Wood reprend : « Je me suis tout de suite sentie très proche de mon personnage. Miranda est une solitaire, une adolescente précoce qui n’a personne pour s’occuper d’elle. Elle n’a plus vraiment de parents depuis plusieurs années, cela l’a rendue très indépendante et lui a appris à se prendre en charge. Mais elle cherche aussi toujours à garder le contrôle sur sa vie et son environnement. Même si elle pense qu’elle y est parvenue, elle est en fait dans une situation où tout lui échappe. Je crois que cela lui fait peur. Au final, elle n’aspire qu’à une chose : mener une vie normale et être comme les autres. »
Si le rôle de Miranda semblait taillé sur mesure pour
Evan Rachel Wood, celui de l’excentrique Charlie semblait bien éloigné de
Michael Douglas.
Alexander Payne note : « Quand j’ai vu
Michael Douglas dans
Chute Libre et dans
Wonderboys, je me suis rendu compte que ces rôles étaient très différents de tous ceux qu’il avait pu jouer dans sa carrière. Comme tous les bons acteurs, il est très éclectique, aucun rôle ne lui résiste. »
Michael London se souvient : « Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre avec
Michael Douglas. Nous étions certains qu’
Evan Rachel Wood serait parfaite dans son rôle, ce qui a été le cas. Mais avec
Michael Douglas, je dois dire que nous avons été très agréablement surpris. D’une certaine façon,
Wonderboysa certainement beaucoup aidé Michael pour l’interprétation de son personnage. Bien sûr, Charlie est un peu plus âgé et meurtri que le personnage qu’il jouait dans
Wonderboys, mais je crois que cela lui a servi de base pour montrer une nouvelle facette de son talent qu’il n’avait encore jamais dévoilée. C’est une des choses qui l’intéressaient dans ce film. Pour incarner Charlie, il a complètement laissé le côté un peu fou du personnage s’emparer de lui. Il était très drôle, original et toujours surprenant. »
Mike Cahill ajoute : «
Michael Douglas a joué Charlie d’une façon que nous n’avions pas du tout imaginée. J’avais une certaine idée de ce personnage, mais quand
Michael Douglas est arrivé, il en a fait quelque chose de complètement différent, avec des possibilités de jeu que nous n’avions même pas envisagées. Il a apporté à Charlie énormément de couleur et de profondeur. »
Evan Rachel Wood déclare : « C’était fantastique d’avoir en face de soi un professionnel comme
Michael Douglas. C’était aussi bien agréable car le planning de tournage était très serré et nous ne pouvions pas nous permettre de perdre du temps. Avec lui, il faut rarement plus d’une ou deux prises pour une scène. Parfois nous n’avions même pas besoin de répéter, il suffisait d’entrer sur le plateau, de lancer la caméra et c’était bon. « J’ai aussi beaucoup aimé travailler avec
Mike Cahill. J’ai tourné plusieurs fois avec des réalisateurs qui faisaient leur premier film et je trouve que Mike est passé de l’écriture à la réalisation avec énormément de grâce, de talent et de justesse. »
Tous au supermarché
Durant le tournage,
Mike Cahill a laissé à ses acteurs une certaine liberté d’interprétation, parfois même sans le vouloir.
Il raconte : « J’étais par moments si impatient de tourner que j’en oubliais un peu le scénario, jusqu’à ce que quelque chose me paraisse bizarre et que quelqu’un me dise de jeter un œil au script... J’ai découvert que l’approche du scénariste et du réalisateur diffèrent–même si c’est la même personne ! Le réalisateur voit d’autres choses, a d’autres idées. Puis à leur tour, les acteurs apportent leur contribution. J’ai donc créécrit pas mal de choses, j’en ai aussi supprimé et rajouté. »
Les prises de vues de
King Of California ont commencé au printemps 2006. La majeure partie du tournage s’est déroulée à Santa Clarita et dans la Simi Valley, des endroits parfaits pour un film comme celui-ci, qui offre en plus de son histoire un commentaire perspicace sur le développement de l’immobilier et son impact sur l’environnement.
Mike Cahill se souvient : « J’ai connu cette ville il y a 15 ans, c'est-à-dire bien avant d’avoir écrit cette histoire. J’ai grandi en Californie et au cours des années, j’ai vu le paysage se transformer. Je me suis toujours dit que sous la ville, des centaines de choses pouvaient être enterrées, c’est un thème que je trouvais intéressant et que j’ai toujours voulu exploiter. »
L’un des lieux principaux de l’action du film est le Costco, le supermarché sous lequel Charlie pense qu’un trésor est enfoui. La production a utilisé un vrai Costco pour tourner, ce qui a occasionné quelques anecdotes amusantes...
Mike Cahill raconte : « C’était infernal car nous tournions la nuit, de 21h00 à 9h00 du matin. Nous avions deux deadlines : le premier, quand le soleil se levait et qu’il ne faisait plus nuit. Et le second, quand ils nous mettaient dehors pour pouvoir ouvrir et faire leur journée de vente normalement ! C’était parfois assez difficile. » Tourner dans le Costco présentait cependant quelques avantages : il était facile de faire ses courses !
Mike Cahill se souvient : « Je me rappelle d’avoir vu un électricien qui, entre deux prises, essayait un jean à trois heures du matin. On y passait des heures et des heures, on finissait par acheter pour se distraire. La direction du magasin tenait une caisse spécialement ouverte toute la nuit pour nous ! »
Le producteur
Randall Emmett ajoute : « En dehors de ces moments de shopping nocturne,
Mike Cahill a vraiment su installer une atmosphère complètement magique sur le plateau. Tout le monde avait envie de donner le meilleur durant le tournage. »
Mike Cahill conclut : « A un moment, Miranda explique pourquoi elle a décidé d’aider son père à accomplir sa quête : parce que selon elle, un homme comme Charlie a besoin d’un rêve pour vivre. Sans ce rêve, il mourrait. Ce thème est au centre du film. Quand les gens ne rêvent plus, quelque chose en eux reste constamment insatisfait et en attente. Sans l’espoir, une partie de nous meurt. Charlie fait partie de ces personnes qui peuvent vraiment mourir de ne plus avoir de rêve. Abandonner quelque chose qui compte beaucoup pour soi, c’est mourir à l’intérieur. »