Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le scénario ?
Christophe Rossignon m’avait fait lire le premier scénario (la version d’
Eric Raynaud) pour avoir mon avis, avant même que
Christian Carion ne me propose le film : c’était une version pas totalement aboutie, différente du script final. Mais j’avais déjà trouvé le contexte historique et les personnages très forts et les différentes histoires d’amour très belles. C’est extraordinaire de se dire que cette affaire,pourtant méconnue, a eu tant de conséquences sur l’évolution du monde. Dans cette première mouture, le personnage de Pierre – que je joue – était beaucoup plus vieux, ce qui me semblait moins intéressant: j’ai signalé à Christophe qu’il aurait bien plus de force s’il était plus jeune car il aurait alors beaucoup plus à perdre. Par la suite, quand j’ai appris que Christian avait réagi comme moi et, du coup, avait rajeuni le personnage, j’en ai été très heureux.
Quels sont les changements qui vous ont frappé entre les deux versions du scénario ?
Lorsque Christian s’est approprié le projet,il a réussi à donner une épaisseur humaine aux personnages, en en faisant des êtres faillibles et complexes. Et surtout,j’ai trouvé qu’entre Joyeux Noël et
L’affaire Farewell, il a su aller davantage dans la retenue sur le plan de l’émotion et il a su y ajouter certaines choses très personnelles et d’une grande justesse,notamment dans les rapports familiaux.
Votre personnage se retrouve plongé dans une affaire d’espionnage qui le dépasse. Comment l’avez-vous envisagé ?
C’est un type brillant qui, sans être arriviste,a envie de réussir sa vie professionnelle.La responsabilité qu’on lui confie au départ va jouer comme un déclencheur pour lui car il se rend compte qu’il y a là un énorme enjeu. Il est marié, il a des enfants en bas âge, et il occupe un poste important à Moscou : je trouvais intéressant qu’il ait vraiment quelque chose à perdre. Même s’il en est conscient, il n’a jusque-là pas pris de risque dans sa vie.Il a toujours eu une existence assez contrôlée et, pour la première fois, il lui arrive un événement qu’il n’a pas prévu. Cela le perturbe évidemment – tout en suscitant chez lui une certaine excitation.
Pensez-vous qu’il se prenne au jeu de l’espionnage ?
Il se rend compte de l’importance stratégique des documents qu’on lui a confiés puisqu’il se met à les photographier. Je crois qu’effectivement cela lui plaît de jouer au «petit espion». C’est pour cette raison qu’il commence à mentir à sa femme. En fait, il a été appâté intelligemment parles services secrets et il mord à l’hameçon.Il ressent donc une certaine euphoriejusqu’au moment où l’affaire prend des proportions vraiment inquiétantes.
Il se retrouve face à un vrai dilemme…
Je crois que ce rôle d’espion lui plaît et que, dans le même temps, il déteste mentir à sa femme. Du coup, il est pris en étau entre sa «mission» et sa vie personnelle.C’est ce qui le fait totalement paniquer et qui l’empêche de prendre une décision.
C’est la première fois que vous aviez Emir Kusturica comme partenaire.
Cela a été une très belle expérience, même si nos rapports ont été un peu tendus au départ. Emir n’est pas quelqu’un de facile à «apprivoiser» et j’ai mis du temps à comprendre l’homme. Il a un charisme extraordinaire et il y a des choses qui m’ont surpris dans sa nonchalance sur le plateau mais qui, au final, ont servi son personnage à 100%. J’ai été épaté par sa présence à l’écran. Une fois que j’ai compris son fonctionnement, et que j’ai accepté de le prendre avec distance, tout s’est très bien passé.
C’est la deuxième fois que vous tournez avec Christian Carion.
C’est un vrai plaisir de travailler avec lui.J’aime sa direction d’acteurs et son enthousiasme. Ce qui est formidable chez lui, c’est qu’il est à l’écoute des autres.Pour autant, il sait parfaitement être ferme quand il le faut : c’est un homme adorable avec son équipe, mais qui ne se laisse jamais dicter sa loi. Fondamentalement, Christian est un être d’une grande bonté et qui m’émeut. Quand il me raconte une histoire, j’ai vraiment envie de l’écouter et de la raconter ensuite avec lui. Je pourrais faire des films avec lui toute ma vie.
Comment dirige-t-il les acteurs ?
Il a son film en tête et il est d’une grande précision sur le texte. Et surtout, il ne lâche rien, ce qui est très confortable pour un acteur: tant qu’il n’a pas obtenu le plan qu’il veut, il refait des prises jusqu’à ce qu’il l’ait.En tant que comédien, j’ai besoin d’être rassuré là-dessus par mon réalisateur.
Vous tournez plusieurs scènes en russe.Cela vous a-t-il posé des difficultés ?
J’ai adoré ça. Grâce au film, j’ai découvert un vrai plaisir à parler dans une langue étrangère que je ne maîtrise pas. C’est un exercice assez étrange car il faut réussir à avoir une musicalité et un rythme crédibles sur des mots qui n’ont, pour vous, aucune signification. Il faut donc d’abord travailler le texte en français, puis en phonétique en russe, sachant qu’on n’a pas les mêmes intonations dans les deux langues pour dire la même chose… Je trouve que ce bilinguisme donne une vraie épaisseur au personnage en racontant quelque chose sur sa vie et sur son ouverture au monde.
Comment avez-vous vécu le tournage ?
Très bien. C’est évidemment grâce à
Christian Carion, mais aussi à
Christophe Rossignon. Ce n’est pas la première fois que je travaille avec Christophe et c’est un des rares producteurs qui donne à tous ses collaborateurs les moyens de travailler.De même, les scénarios qu’il produit sont extrêmement soignés.