Notes de Prod. : L'âge des ténèbres

    en DVD le 01 Avril 2008

Entretien avec Denys Arcand

D’où vous est venue l’idée pour L’âge Des Ténèbres ?
Grâce au succès des Invasions Barbares, j’ai passé un an à faire le tour du monde pour me faire interviewer. Ça a duré un an entre Cannes et les Oscars l’année suivante. Au bout de trois mois, je me disais, « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui aimerait être à ma place ? » Et je me suis mis à imaginer un type qui n’est jamais apparu à la télévision, personne ne lui a jamais tendu un micro. Il rêve d’être interviewé, il rêve de rencontrer des stars de cinéma, et de donner son avis sur l’état de la société.

Et c’est ainsi que Jean-Marc Leblanc est né. Avez-vous écrit le rôle pour Marc Labrèche ?
Je ne connaissais pas Marc personnellement, mais il est célébrissime au Québec. On a passé une journée ensemble sur un autre projet juste avant que je ne commence à écrire, et je m’apercevais que les mêmes choses nous faisaient rire. En plus, il avait l’âge, il avait l’air de Monsieur Tout-le-monde, mais le plus important c’est l’entente entre nous. Mon défi, c’était : comment cet homme ordinaire va s’en sortir, quelles solutions je vais trouver pour lui ?

Vous servez-vous de vos films pour donner un « avis sur l’état de la société» ?
ll y a un merveilleux dicton hollywoodien qui dit « Si vous avez un message à envoyer, appelez Western Union. » Ce n’est pas que j’ai rien à dire sur la société, mais je raconte une histoire.
Cette histoire a des côtés symboliques, certes, mais ce n’est pas un film à message. Je serais incapable de faire une tragédie d’un bout à l’autre, et je serais incapable de faire juste une comédie. Mes films oscillent toujours entre le comique, le grotesque, le tragique, le mélo... C’est pour ça que je fais des films et que je ne suis pas un militant politique, parce que j’ai tendance à voir des avantages à la position adverse.

Si la vie quotidienne de Jean Marc est terne et sans amour, ses rêves sont peuplés de femmes qui l’adorent...
Elles viennent combler un énorme vide dans sa vie, un vide affectif, un vide sexuel... Tout ça se déclenche quand il dit à sa femme au lit, « Je suis inquiet pour ma mère. » Et elle lui répond, « Ah oui ? » sans interrompre sa partie de Gameboy. Il part dans son cabanon dans la cour. Et là, Diane Kruger arrive et elle lui dit, « Comment va ta mère ? » C’est ça qu’il veut entendre.
Et il ne l’entend jamais. Tant qu’à s’inventer un personnage, autant que ce soit Diane Kruger avec une coupe de champagne, un foyer avec un feu... Quand on rêve, on n’est pas mesquin, il n’y a pas de bonne raison de se retenir en chemin.
C’est la fin de ma trilogie. Il y a Le Déclin De L'Empire Américain, Les Invasions Barbares, et ensuite... ? L'âge Des Ténèbres. Moi, j’ai l’impression qu’on s’en va vers une sorte de nouveau Moyen Âge. C’est une thématique que j’avais envie de développer parce que le Moyen Âge, c’est quoi ? C’est la guerre contre les musulmans, les infidèles, les croisades... On y est, là. C’est aussi le désir que les femmes ont d’être soudainement inaccessibles, et de se faire dire des poèmes.

Reste-t-il un espoir pour Jean-Marc ?
Il y a plein d’espoir mais je ne sais pas lequel. Moi, j’ai fait un clin d’œil personnel. Les pommes à la fin deviennent les pommes de Cézanne. C’est l’art qui est mon salut. Ma solution à moi, c’est de faire des films. Ce n’est pas forcément la solution que Jean-Marc empruntera. Peut-être qu’il retournera en ville, peut-être qu’il restera en province. Ce n’est pas l’emploi qui est important, c’est la conscience. Ce n’est pas non plus le lieu qui compte. On peut trouver la sagesse en plein cœur de Paris. Ce qu’il faut trouver, c’est la paix, cette espèce d’équilibre.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

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