Vous connaissez Dominique Farrugia et Arnaud’ Lemort depuis longtemps. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec l’un et l’autre ?
J’ai rencontré Dominique voilà 5 ans grâce à un ami commun, Henri de Lorme, à qui j’avais demandé si ça ne pouvait pas intéresser Dominique de produire mon spectacle. et il a accepté de se lancer dans cette aventure alors que je démarrais…
Arnaud, lui, a été un des premiers potes que je me suis fait en arrivant de la réunion. Je l’ai rencontré voilà 9 ans à la radio, où il bossait déjà quand j’ai été engagé. il faisait partie de l’équipe du matin, de 6h à 9h, que j’ai intégrée un peu plus tard. on discutait beaucoup avec Arnaud qui était déjà branché écriture de scénario et avait mis en scène
Franck Dubosc. Arnaud est d’ailleurs le premier qui m’a conseillé d’abandonner la radio pour me lancer dans le one man show car il avait compris que la scène m’attirait plus que tout. c’est aussi lui qui m’a fait découvrir l’un de mes films préférés de tous les temps : la Valse des pantins. et humainement, ces
deux mecs-là sont des merveilles.
Difficile alors de dire non a leur projet commun…
Heureusement que le projet m’a plu car c’était en effet typiquement le scénario impossible à refuser ! (rires) pour autant, le rôle de Vincent n’a pas été écrit pour moi. c’est évidemment un projet que j’ai suivi car j’en parlais régulièrement à Arnaud qui l’écrivait. Mais, souvent, plus on est proche de quelqu’un, moins on pense à lui pour un rôle. Ça me paraît logique de préférer fantasmer ailleurs. et puis, un jour, Arnaud m’a donné rendez-vous pour déjeuner. Et c’est là qu’il m’a annoncé qu’il me voyait totalement dans le rôle de celui qui s’appelait alors Jean-paul. il m’a expliqué qu’il venait tout juste de s’en rendre compte et d’en parler avec Dominique qui était d’accord. Moi, ça m’a évidemment surpris. Je ne me voyais pas forcément en jeune avocat dragueur qui, à un moment donné, va en avoir marre et se ranger. J’ai donc répondu pourquoi pas à Arnaud tout en lui indiquant qu’il fallait changer le prénom : Jean-paul ne sonnait pas très trentenaire. Il est alors parti sur Vincent. J’aurais adoré qu’il s’appelle Vincent Hanna comme Al Pacino dans
Heat. mais comme Arnaud est fou de Tarantino, son nom est Vincent Vega comme John Travolta dans
Pulp Fiction.
Qu’est ce qui vous a précisément pousse a accepter leur proposition ?
l’histoire et le rôle qu’on me confiait évidemment. et puis comme c’est un de mes premiers grands rôles, l’idée de tourner «en famille» avec Arnaud et Dominique avait un côté très rassurant qui n’était pas fait pour me déplaire. et tout s’est donc fait très simplement et sainement. mon seul doute était de savoir si j’allais être crédible en avocat.
Comment avez-vous compose ce personnage ?
au départ, je me trouvais trop jeune. mais c’est en mettant son costard puis la robe d’avocat que j’ai vu que ça pouvait être crédible. pour autant, j’ai eu besoin d’aide car j’avais encore un vrai problème de légitimité dans ce rôle. alors, très simplement, j’ai parlé avec Arnaud pour trouver par exemple sa manière de parler, le ton volontiers cynique qu’il emploie parfois. c’est une chance d’avoir en permanence à tes côtés l’auteur du scénario qui est d’accord pour revoir avec toi certaines répliques pour que tu puisses mieux te les approprier. c’est un luxe inouï ! Arnaud comme Dominique d’ailleurs ont été en permanence ouverts à mes propositions. et j’ai donc pu ajuster ce personnage à ma taille sans évidemment les trahir. ils ont d’ailleurs agi de la même manière avec tous les acteurs. on sentait qu’Arnaud et Dominique avaient envie de glisser dans leurs personnages quelques éléments de la personnalité de ceux qu’ils avaient choisi pour les interpréter. et ça aide vraiment à prendre confiance en soi. ensuite, il y avait une scène vraiment décisive à mes yeux. celle où Vincent va voir Nathalie – que joue
Annelise Hesme – à la sortie de l’hippopotamus pour lui dire qu’il a changé, que son
amour pour elle est ce qui compte le plus désormais et qu’il ne va plus aller courir ailleurs. si on ne croit pas à cette scène, le film s’arrête là. J’ai donc pas mal gambergé là-dessus puis je me suis appuyé sur mon instinct et sur mes
deux réalisateurs en qui j’avais une entière confiance. si ça leur allait, ça m’allait… même si forcément je doutais ! Je savais qu’ils n’allaient rien lâcher. et en trois ou quatre prises, la scène était dans la boîte.
Comment ces deux-la travaillent-ils ensemble ?
Dominique est un fou de technique et de technologie donc sur le plateau, c’était vraiment son domaine. Arnaud, lui, se concentrait plus sur la direction d’acteurs. mais bien évidemment ils se consultaient en permanence. Arnaud a pour lui d’avoir fait pas mal de mise en scène, notamment de comiques. il sait donc trouver les mots adéquats. et ce d’autant plus dans mon cas puisque nous sommes potes : on se comprend donc à demi- mots, sans grand discours.
l’amour c’est mieux a deux vous permet aussi de jouer pour la première fois avec Clovis Cornillac. Qu’est-ce qui vous a plus dans cette collaboration ?
J’ai appris très tôt que j’allais pouvoir jouer avec lui et ce fut une grande joie. J’adore son travail. Je l’ai toujours trouvé excellent ! J’étais donc impatient de tourner avec lui et tout s’est passé comme dans un rêve ! J’ai su très vite que je m’étais fait un nouveau pote. ce type-là est généreux, à l’écoute, pas uniquement centré sur son rôle et sa performance. c’est un vrai bosseur qui m’a impressionné par la vitesse à laquelle il comprend les choses sur un plateau. il le doit évidemment à sa grande expérience mais aussi au fait qu’il ne s’endort pas sur ses lauriers. il va prendre des choses même de quelqu’un d’aussi inexpérimenté que moi. il est sans cesse sur le coup, prêt en permanence à se laisser étonner… on a donc très vite été complices et on se voit encore beaucoup depuis la fin du tournage. Jouer avec lui, c’est comme nager à côté d’Alain Bernard : ça te pousse à sortir ton meilleur crawl ! Ça te pousse vers le haut en permanence.
Et qu’avez-vous apprecié chez vos deux partenaires féminines, Annelise Hesme et Virginie Efira ?
avec Annelise, ce fut une vraie partie de rigolade. J’ai aimé sa légèreté qui permet de dédramatiser les choses et d’être moins anxieux. heureusement pour moi car on a dû tourner une scène d’
amour qui ne figure plus dans le montage final. Forcément, je n’étais pas très à l’aise. et si on ne s’était pas si bien entendu, je n’aurais pas vécu ces scènes de la même manière. Virginie, contrairement à Annelise, je la connaissais avant ce tournage. mais je ne savais pas à quel point elle allait m’épater. souvent, je restais sur le plateau après avoir terminé ma journée et je regardais. et dans la scène où elle se fait plaquer par Clovis dans la rue comme celle où elle sort de chez lui après l’avoir découvert avec
Shirley Bousquet et lui dit ses quatre vérités très fort, elle m’a halluciné. et ce à chaque fois dès la première prise. elle a vraiment bien fait de se lancer à fond dans le métier d’actrice. c’est quelqu’un que j’aime énormément.
Est-ce que pour vous le passage du one man show aux plateaux de cinéma a été complexe a négocier ?
Franchement, non. J’apprécie les
deux. J’aimais retrouver chaque matin la bande de l’
amour c’est mieux à
deux et être au service d’une histoire. autant que je peux me régaler comme un navigateur solitaire au milieu de l’océan sur scène. et, pour passer d’un exercice à l’autre, il me suffit de résonner en mode équipe. c’est à dire pour moi qui suis très rieur de ne pas ruiner le boulot des autres par mes fous rires. mais j’ai très vite découvert que Clovis était comme moi. on s’est donc payé de belles tranches de fous rires et… on en a partagé les responsabilités ensemble.
Pouvez-vous nous confier pour terminer la scène que vous redoutiez de tourner ?
J’avais un peu d’appréhension pour la scène sur le terrain de basket avec l’équipe de la sœur handicapée d’Angèle où je suis censé montrer à tout le monde que je suis un pro avec une mauvaise foi de compétition puisque que je suis loin d’avoir ce niveau-là. elle m’avait tellement fait rire à la lecture que j’avais peur de ne pas être à la hauteur. et puis, il y avait tout un barnum dans sa mise en place puisqu’on la tournait dans un gymnase au milieu d’une vraie équipe de basketteurs handicapés forcément peu habitués à la caméra. c’était donc à moi de prendre la responsabilité de cette scène. et au final, je me suis régalé à tourner cette séquence dont je n’ai pas changé une virgule du dialogue tellement il sonne juste.Viriginie Efira (Angèle)
Racontez nous votre arrivée sur ce projet...
Je crois que c’est en me voyant dans une émission télé que
Dominique Farrugia a pensé à moi pour le rôle d’Angèle. Mais il ne me l’a proposé qu’après m’avoir donné à lire le scénario. En le découvrant, j’ai tout de suite été séduite par l’originalité de l’écriture. On pouvait y lire de la cruauté et surtout une description des rapports hommes-femmes bien moins lisse que ce qu’on a l’habitude de voir et d’entendre dans une comédie populaire. Rencontrer Dominique et Arnaud n’a fait que renforcer cette première impression. Car j’ai tout de suite compris qu’ils n’envisageaient vraiment le scénario que comme une base pour aller, tous ensemble, encore plus loin. Et c’est ce qui s’est produit dans les faits dès notre première lecture commune. Avec un leader nommé Clovis, tout de suite suivi dans cette voie par manu. Et jusqu’à la fin du tournage, on n’a jamais cessé d’élargir et d’approfondir ce scénario par nos propositions sur lesquelles Arnaud et Dominique rebondissaient sans jamais perdre de vue la colonne vertébrale de leur récit. C’était vraiment porteur pour nous de les voir aussi friands de cela. Tout autant que nos metteurs en scène, ils ont été notre premier public, enthousiaste mais jamais complaisant. Toute cette aventure a donc été vécue de manière très épidermique et instinctive. Il fallait prendre garde de ne jamais faire disparaître ou rendre factice la vérité des sentiments qui liaient nos personnages lorsqu’on accentuait le burlesque. Et sur ce point, le regard plein d’assurance de Dominique et Arnaud - qui savaient précisément où ils allaient – s’est révélé une source permanente de confiance.
Comment s’est passée la répartition du travail entre eux sur le plateau ?
Pour être honnête, j’avais forcément des doutes sur le fonctionnement concret d’une direction bicéphale. Mais sur le plateau, ils se sont tout de suite envolés. Dominique et Arnaud ont toujours parlé d’une seule voix même s’ils s’étaient évidemment répartis les tâches. Pour résumer, disons que Dominique s’occupait de la mise en place d’une scène tant avec les acteurs qu’avec la technique en donnant les intentions de base et Arnaud se chargeait de mettre en musique cette partition, de la réajuster en permanence. Comme Arnaud a écrit le scénario de
l’amour c’est mieux à deux, c’est vers lui qu‘on allait spontanément dès qu’on avait une question sur les dialogues alors que c’est vers Dominique qu’on se tournait pour des propositions de jeu. En tout, l’un et l’autre étaient parfaitement complémentaires. Et il n’y a eu aucune lutte de pouvoir entre eux.
Comment définiriez-vous votre personnage, Angele ?
Souvent, lorsque le cinéma aborde les rapports de séduction entre les hommes et les femmes, j’ai l’étrange impression que la peur n’est que l’apanage des hommes. Cela me rappelle une interview de Jacques Brel qui me terrorisait dans mon enfance où il voyait les femmes comme des pondeuses et les hommes comme des aventuriers. Pour ma part, je pense qu’Angèle a peur de l’engagement amoureux et se concentre sur tout le reste – son travail, sa famille avec sa sœur handicapée… - plutôt que d’affronter de front cette angoisse. Et, forcément, la rencontre avec Michel bouleverse énormément de choses en elle. Jusque là, elle pensait sincèrement sa vie remplie sans
amour. Et soudain la somme de certitudes dont elle s’était bardée pour se protéger s’effrite et elle réalise son aveuglement. Toute sa petite vie s’écroule… malgré elle. Il existait chez elle un véritable trop plein de douceur, à cause duquel, par exemple, ses copines venaient déverser leurs problèmes sur elle. Une attitude logique puisqu’Angèle n’avait de cesse de montrer aux autres qu’elle n’avait pas de fragilité. L’
amour qui vient frapper à sa porte va donc lui permettre d’avancer et de ne plus se mentir. Michel agit comme un révélateur.
Comment avez-vous crée ce personnage ?
A la lecture du scénario, j’ai tout de suite compris la fragilité et le manque de confiance de cette fille. Angèle est ainsi capable de dire en public une chose alors qu’elle pense le contraire et de s’en mordre les doigts quand elle rentre chez elle. Jouer une femme qui compose en permanence un personnage face aux autres offre des situations de comédie savoureuses, en particulier lorsqu’elle va faire semblant de ne pas être troublée par Michel alors que son cœur s’emballe. J’ai intégré très vite cette facette-là de sa personnalité. Par contre, mon côté volontiers féministe m’empêchait de comprendre pourquoi Angèle acceptait certaines situations sans broncher. Ses réactions dans ces moments-là me sont totalement étrangères. J’ai donc eu besoin d’en parler avec Arnaud et Dominique pour qu’ils m’expliquent en détail quelle partie de sa personnalité la poussait logiquement à se comporter ainsi afin de me permettre de l’interpréter pleinement.
Qu’est-ce qui vous a plu dans le fait de travailler avec Clovis Cornillac ?
Je ne l’avais jamais rencontré avant la première lecture du scénario. Mais pour ne parler que de ses compositions comiques, je l’avais adoré dans des registres aussi différents que
Mensonges Et Trahison et
Brice De Nice. Tourner avec lui n’a fait que me confirmer cet a priori plus que positif. Clovis est quelqu’un d’extrêmement inventif, doté en outre d’une rigueur très impressionnante. Mais c’est précisément ce sérieux-là qui lui permet de créer le cadre dans lequel il va pouvoir exprimer son incroyable liberté de jeu. La comédie est un exercice exigeant qui requiert beaucoup de technique. Or Clovis maîtrise cet aspect-là sur le bout des doigts. Et puis il possède une vraie conscience de tout ce qui se passe sur un plateau, tant techniquement qu’humainement. Sa prestation dans ce film résulte de tout cela. Il arrive à être d’une drôlerie inouïe tout en dégageant une vraie tendresse. A la lecture, je me demandais pourtant comment on allait pouvoir croire à un personnage comme Michel qui fantasme à ce point sur la rencontre idéale. Il aurait été facile de le prendre pour un débile mental tant il réfléchit comme un enfant de douze ans qui croit encore aux contes de fée, comme s’il n’avait vécu aucun traumatisme. Or Clovis a réussi à rendre à merveille cette naïveté-là, un peu maladive sans perdre de son côté mec, viril. Ce grand écart est impressionnant.
Vous partagez moins de scènes avec Many Payet mais qu’avez-vous retenu de votre collaboration avec lui ?
Je connais le travail de Manu depuis pas mal de temps pour avoir notamment vu son spectacle. Il s’agit ici de son premier grand rôle au cinéma et il fait preuve de cette précision et de cette drôlerie que j’avais tout de suite adorées chez lui. Etre d’emblée crédible dans la peau d’un avocat n’était pas quelque chose de forcément évident… et pourtant on y croit tout de suite ! Et puis, c’était très rassurant pour moi de l’avoir sur ce tournage même si, en effet, on a très peu de scènes ensemble. Il ne s’agit que de mon deuxième film et je ne suis donc pas vraiment rassurée quand je dois me lancer et jouer. Or sa bienveillance et la manière dont il regarde ses partenaires même lorsqu’il ne leur donne pas la réplique m’ont porté. Il me tarde vraiment de retravailler avec lui.
Quelle est la scène que vous redoutiez de tourner et celle que vous étiez impatiente de jouer ?
La même, en fait ! Celle du premier rendez-vous avec Michel. Angèle lui parle avec une naïveté profonde des histoires qu’elle écrit pour les enfants. Cela n’avait absolument rien de naturel à jouer pour moi. Car dans mon esprit, à force de l’assommer avec énormément de détails, elle allait très vite finir par le barber. J’ai donc mis mon cynisme et mon second degré personnel de côté pour jouer cette scène au premier degré. Et c’est à cet instant précis que j’ai vraiment eu conscience de trouver le personnage. Cela explique pourquoi j’attendais autant cette scène qui me faisait peur : j’avais conscience que la clé de mon travail à venir se trouvait là. Car Angèle est vraiment à fond dans ce qu’elle raconte, sans arrière-pensée. J’ai aussi adoré tourner la scène de retrouvailles dans le parc entre Michel et moi où on s’aperçoit qu’il a appelé son chien… Angèle. J’aime quand, comme dans cette situation, on va très loin dans l’absurde en jouant sur les hésitations et les flottements que ça provoque entre Angèle qui ne comprend pas et Michel qui a honte. Le tout joué évidemment de façon très réaliste, au premier degré.