Notes de Prod. : L'Amour caché

Note de production

Il m’est rarement arrivé de tomber sur un document littéraire qui offre une force et un impact aussi décisifs et dévastateurs que le “Journal” de Danielle Girard.
Deux choses, à mon avis, distinguent l’histoire de Danielle de la quantité d’histoires atroces qui envahissent la presse et les journaux télévisés et suscitent en nous un sentiment stérile d’horreur et de honte:
- Le fait de toucher l’un des tabous majeurs de notre société, c’est-à-dire l’amour d’une mère pour son fils ou sa fille, en nous racontant non pas tant l’histoire spécifique, malheureuse, réaliste de Danielle, qu’un état d’âme sans “droit de cité”, mais qui, de près ou de loin, nous concerne tous et qui est éternel, aussi ancien que le sont l’homme et la femme.
- un chantage final qui, si tragique et douloureux qu’il soit, permet à cette histoire de s’abstraire du quotidien, et finit par donner un sens aux souffrances du personnage principal et à celles de sa fille.

Le premier point concerne un sentiment fondamentalement innommable pour n’importe quelle femme, au risque d’une discrimination absolue de la part de tous, et de l’inexorable supplice de
la culpabilité de sa part à elle. Une mère ne peut pas choisir d’aimer ou de ne pas aimer sa fille, elle ne peut même pas être assaillie par le doute; elle doit l’aimer et c’est tout, parce que c’est ce que veut la logique des choses. Qui en va probablement ainsi parce que tous les mammifères ont besoin de l’amour et des soins d’une mère pour devenir adultes, et pour pouvoir procréer à leur tour.

Mais en y réfléchissant davantage, c’est d’autre chose qu’il est question, c’est-à-dire moins de l’amour lui-même que de la liberté de le discuter et de le choisir, de l’éprouver et de le manifester, et plus généralement de la conscience et du sens de la maternité elle-même.
Une série de circonstances – peu importent lesquelles – ont empêché et empêchent Danielle d’éprouver et de manifester pleinement son amour pour sa fille, laissant par réaction affleurer en elle des sentiments d’hostilité et de méfiance. Peut-être que ce n’est pas aussi scandaleux, inacceptable et insolite que cela pourrait sembler à première vue; ce qui distingue Danielle de toutes les autres mères, c’est qu’elle a trouvé le courage, ou le désespoir, de l’admettre.

Le second point concerne en revanche l’échange inattendu de rôles et de destins entre Danielle et Sophie, dont le sacrifice final rétablit entre la mère et la petite-fille, même si c’est à un prix très lourd, cette continuité qui s’était brisée entre la mère et la fille, donnant à toutes les deux la possibilité d’un futur. C’est pour cela qu’une histoire particulière et très personnelle comme celle de Danielle peut prendre un sens universel, et nous concerner tous, même ceux qui dans la maternité peuvent, ou veulent, lire seulement le revers noble de la médaille.

Il m’a semblé important de rester fidèle à ce qui se présentait comme un système dramaturgique extraordinaire, et de ne pas s’éloigner de la structure que représente le déroulement des faits et des réflexions de Danielle Girard, en gardant intacte la l’enchaînement de la narration, alternée aux souvenirs, et en laissant tout au présent.
En ce qui concerne plus spécifiquement la transposition cinématographique, dans l’idée de conserver à l’écran la même force d’impact limpide que le récit possède déjà sur le papier, les deux principaux problèmes à résoudre sont :
- La visualisation de l’espace physique dans lequel évolue Danielle, et à partir duquel se déclenche son récit, c’est-à-dire la clinique ;
- Le dosage de la voix-off
Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de l’aspect claustrophobique de l’environnement, parce qu’en définitive c’est justement de cet espace abstrait et coupé du monde que la
confession de Danielle tire la force de s’arracher au désespoir confus du
quotidien, et de se transformer en un cri tragique et unique.

J’ai parlé d’espace physique, mais il s’agit plutôt d’un espace mental et hypnotique. Danielle s’est perdue dans sa propre vie, elle s’est complètement repliée sur elle-même, dans cette impasse sans futur et sans espoir qu’est son inconscient. Bien que de façon non-manifeste, la clinique a été pensée et sera racontée justement comme son univers inconscient. Il est entendu qu’on ne trouvera aucun symbole, aucune tentative de rationaliser et de décrire ce type d’espace selon des codes et un jargon professionnels. Simplement un lieu, moderne et aseptisé, presque complètement désert, avec des espaces stériles dans lesquels Danielle évolue et vagabonde comme une héroïne prisonnière et damnée, en retrouvant dans le désordre des morceaux de son passé, à la porte duquel – lien unique et ténu avec la réalité – se trouve la psychiatre.

Quant à la voix-off, il y en aura juste autant qu’il est nécessaire, non pas dans le but “d’expliquer”, mais dans celui “d’affirmer” de manière provocante le personnage de Danielle.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 97 entrées
  • 1er jour IDF : 436 entrées
  • 1ère semaine IDF : 2 978 entrées
  • Cumul IDF : 3 951 entrées

  • 1ère semaine France : 6 102 entrées
  • Cumul France : 9 767 entrées