Notes de Prod. : L'Anniversaire

    en DVD le 24 Avril 2006

Entretien avec Diane Kurys

Qu'est-ce qui vous a donné envie de réaliser L'ANNIVERSAIRE ?
Souvent les films racontent une histoire d'amour ou une histoire de famille,mais rarement on aborde l'amitié comme sujet principal. Avec L'ANNIVERSAIRE, j'ai choisi de parler des amis du passé... C'est arrivé à tout le monde de se retrouver dans une soirée et de revoir d'anciens amis,des gens qu'on n'a pas vus depuis des années... Une fois la gêne des retrouvailles terminée,on évoque les souvenirs,on s'attendrit, on rit, on retrouve la vieille complicité... et on se dit :«quel dommage que je n'ai pas une caméra !» Eh bien, j'ai pris une caméra !... Le sujet c'est ça... C'est l'histoire d'une bande d'amis qui se sont perdus de vue et qui vont se retrouver le temps d'un week-end au cours duquel le spectateur va les découvrir,faire connaissance avec eux et s'interroger sur le sens de leur amitié et peut-être sur le sens de l'amitié en général. À quoi ça sert ? Est-ce que c'est important ? Pourquoi on garde ses amis,pourquoi on les perd,pourquoi ils vous oublient ? Qu'est ce qui fait qu'on en laisse certains au bord du chemin ? J'ai remarqué qu'on en voulait toujours un peu à ses anciens amis... Soit d'avoir réussi, soit d'être restés les mêmes... C'est Gore Vidal qui disait :«Chaque fois qu'un ami réussit quelque chose, je meurs un peu». C'est drôle et tellement provocateur ! Moi je respecte l'amitié, peut-être encore plus que l'amour ou la famille. Les amis, il faut les protéger comme une espèce en voie de disparition.

Il est beaucoup question de la génération Mitterrand.Pourquoi ce choix ?
On a tous eu, un jour, la tentation de se retourner pour voir ce qu'on avait fait des rêves de nos vingt ans. Dans Nous Nous Sommes Tant Aimes, Nino Manfredi disait : «On a voulu changer le monde et c'est lui qui nous a changé»... Cette phrase reste pour beaucoup d'entre nous une réflexion majeure de l'existence. J'ai voulu faire un film dans lequel j'évoquerais la jeunesse,les illusions,les idéaux...Sans tomber dans la nostalgie ni le regret. J'ai eu envie de repenser à cette époque magique où l'on n'avait pas encore appris à compter et où l'on ne savait faire qu'une seule chose : donner,tout donner et surtout le meilleur de nous-mêmes,sans se poser de questions... Alors je me suis souvenue... De tout... La France des années 70... Un pays bâillonné,une télé aux ordres. Le parti communiste triomphant. La droite était au pouvoir et tout le monde pensait qu'elle y serait pour toujours. Le socialisme était encore une belle idée. Les soixante-huitards avaient trente ans. Et puis le 10 mai 81. La marche vers la Bastille sous la pluie,une moitié de la France qui exulte et l'autre en état de choc. La génération Mitterrand a ceci de particulier qu'elle est issue directement de Mai 68.On a bien cru un moment que Mai 81, c'était Mai 68 réussi, non ? On a pensé que la gauche allait tout changer, libérer la parole,libérer les esprits et continuer d'imaginer un monde meilleur... Et tout de même... La peine de mort,les radios libres,l'insolence,la liberté, ça a été quelque chose...

Et vous,que faisiez-vous le soir du 10 mai 81 ?
J'ai pris ma Vespa et je suis allée retrouver mes copains... Place de la Bastille sous la pluie...
Je me souviens de la joie qu'on avait. Le sentiment que c'était enfin notre tour,que ce moment-là on l'avait vraiment attendu et qu'on l'avait vraiment mérité.On y a cru ! On y croyait ! On avait l'impression que même les flics avaient changé de visage !

Pourquoi les radios libres ?
Les radios libres,rappelez-vous,au début on les appelait Radios Pirates. Elles ont été l'expression la plus tangible de ce souffle de liberté qu'avaient apporté les années 70.L'esprit de rébellion envahissait tout. Coluche, Actuel, Libération, c'était un vent nouveau. On parlait de la liberté de parole et ça voulait dire la liberté tout court. Le combat pour la libération des ondes,ça devenait comme la libération de Paris en 45. Les voitures de police qui sillonnaient la ville à la recherche des émetteurs pour brouiller les fréquences... Et les auditeurs comme des résistants,qui passaient des soirées à essayer de capter ces radios, installées dans un deux pièces cuisine, l'émetteur dans la salle de bains... Et en plus c'était une époque joyeuse. C'était bordélique, irrévérencieux, jeune, vivant. C'est une explosion différente de celle de 68 et d'ailleurs elle a été «récupérée» beaucoup plus vite et beaucoup plus facilement, mais c'était une explosion quand même ! Un grand changement ! On pouvait tout dire à la radio, tout à coup. Pour des milliers d'auditeurs. La sexualité y était en roue libre (c'était juste avant le Sida). La musique était le plus souvent anglo-saxonne. Le son, surtout, était bon...Et il n'y avait pas de pub.

L'ANNIVERSAIRE s'ouvre sur une citation de Jules Renard : «Si l'argent ne fait pas le bonheur, rendez-le», pourquoi ?
L'argent est un des éléments importants de l'histoire. C'est le sujet de discorde entre les personnages et la raison de l'éclatement du groupe.
En 68, en 80, il y avait des principes, des valeurs. Où sont passés ces principes ? On avait encore le sens communautaire, le sens du partage. On n'était pas aussi matérialiste qu'aujourd'hui. Finalement,on est tombé dans le piège de la société de consommation,celle-là même qu'on prétendait changer.
C'est amusant d'observer à quel point notre génération a lutté contre tout ce dont on nous abreuve maintenant :la publicité, le marketing. À vingt ans,nous n'étions pas des «cibles», tout simplement parce que nous n'avions pas de pouvoir d'achat. Aujourd'hui, tout est régi par l'argent et la consommation. C'est pour ça que la phrase de Jules Renard sonne juste et que Raphaël Kessler en l'appliquant à la lettre redevient,par son geste incroyable,celui qu'il était quand il avait 20 ans.

Avec ce film vous revenez à un cinéma plus personnel.Où avez-vous trouvé l'inspiration pour écrire les personnages de L'ANNIVERSAIRE ?
Je vais vous faire un aveu. Je note, sur un carnet, des situations et je n'en oublie pas une qui me touche ou me fasse rire. Mon inspiration, c'est ce qui se passe autour de moi, c'est mes amis Jean-Jacques, Marjorie, Katie, Maxime, Daniel, Isabelle... Leurs noms ne vous diront rien,c'est ma vie, c'est ma bande, eux se reconnaîtront... Le miroir que j'ai souvent eu l'impression de tendre aux gens pour qu'ils se voient, surtout dans mes premiers films, c'est un miroir dans lequel je passe du temps à me regarder et à regarder mes proches. À cette petite part de vérité que je tente de capter dans l'écriture,s'ajoute ensuite le jeu de l'acteur qui apporte son imaginaire,son univers,sa sensibilité. Après,tout m'échappe... Avec Daniel Saint-hamont on a écrit des dizaines de versions différentes en essayant de ne laisser tomber
aucun personnage en route. Ça demande des lectures et des relectures incessantes au cours desquelles il faut avoir le souci du détail, de la psychologie de chacun, de son parcours... Parfois on a l'impression de jongler avec des assiettes en l'air. Beaucoup d'assiettes. Mais c'est pareil après, quand on a fini d'écrire, et qu'il s'agit de monter le film. Il y a toujours des assiettes à tenir en l'air dans ce métier ! Je crois qu'il y a eu 39 versions... CommeLES 39 MARCHES... Mais ça ne veut rien dire. Il a fallu 3 ou 4 ans pour l'écrire celui-là. Pas à temps plein, mais tout de même ! 39 !...

Comment avez-vous choisi les comédiens ?
Il y a trois moments essentiels dans la fabrication d'un film. Quand on trouve son sujet, quand on distribue les personnages. Et quand le film sort. Pendant l'écriture on imaginait telle actrice, telle autre et sitôt le scénario terminé, le casting s'est imposé. Afin d'obtenir une certaine alchimie, j'ai commencé par le personnage de Raphaël et le choix de Lambert Wilson est arrivé assez vite. C'est quelqu'un de très rare et de très généreux. Il est solaire et il arrive à un moment de sa carrière où il peut tout jouer. Je ne vois pas qui aurait pu, mieux que lui, incarner Raphaël Kessler,avec son arrogance, son panache et sa fragilité. Je lui dois beaucoup, le film lui doit beaucoup.
Pour Alberto, j'avais besoin de quelqu'un qui soit un écorché vif. Un personnage douloureux mais qui aurait du charme et du charisme. Alberto, c'est face à la mort que, pour la première fois, il se sent vivant. C'est face à la mort, qu'il va découvrir que la vie est aussi précieuse que dérisoire. Jusque-là il était amer, jaloux et en colère. Il va s'ouvrir. Lâcher prise. Avoir le courage d'admettre que tout est de sa faute,qu'il a eu la vie qu'il a méritée. Jean-hugues Anglade a été magnifique dans sa recherche et dans son exigence.C'était difficile,douloureux. Parfois épuisant mais le résultat est sur l'écran.
Isabella Ferrari c'est, pour moi, une vraie révélation. Je l'avais évidemment rencontrée sur le film K, mais je la connaissais mal. J'avais envie que Gabriella soit étrangère, qu'elle ait un accent. Pendant le tournage, je lui disais toujours qu'elle me faisait penser à Romy Schneider. La voix, le côté animal. Et aussi à Mimsy Farmer,mais elle ne la connaissait pas. Elle est tellement belle et émouvante. J'espère que les spectateurs vont la découvrir et l'aimer comme je l'aime.
L'idée d'Antoine Duléry est d'Alexandre Arcady qui est producteur du film avec Robert Benmussa. Duléry, je l'adore. Il a un talent fou, il est inventif et en même temps il se dégage de lui une vraie humanité. Il a une magnifique place à prendre dans le cinéma et il pourrait bien la garder très longtemps.
Florence Thomassin c'est la cerise sur le gâteau (d'anniversaire) ! Elle est arrivée en dernier. Elle a pousse_ la porte du bureau et Jenny était en face de moi. Avec sa gouaille, son petit côté Arletty. Son côté sexy...Sa vérité, sa voix éraillée... Elle a le cœur sur la main, elle est impulsive, grande gueule, touchante... attachante... agaçante... C'est une actrice qui ne sait pas, mais alors vraiment pas, tricher. Elle est génialement vivante.
Le rôle le plus difficile à distribuer était celui d'Elisabeth...Il fallait avoir de l'humour et être très bonne actrice. J'ai pensé à Michèle Laroque, je lui ai envoyé le script, elle a lu très vite et elle a tout de suite accepté .J'étais tellement heureuse que j'ai écrit aussitôt une nouvelle scène pour elle (la scène où elle dit qu'elle est une comédienne ratée). Il fallait avoir beaucoup de talent pour jouer ça et ne pas avoir peur ! Elle est comme ça, Michèle, généreuse, battante, positive. C'est elle, bien sûr, qui m'a soufflé l'idée de Pierre Palmade. Formidable idée .Il a été merveilleux.Comme il l'est tout le temps. Fantasque ,rapide, profond et enfantin et surtout tellement drôle ! C'est un vif-argent comme on le disait de Musset. Il fascine, il a la dent dure,la réplique acérée.Mais avant tout,Pierre est un
acteur. Et un grand acteur. Voilà. Ça,c'était ma déclaration.
Philippe Bas... Lui aussi, c'est une belle rencontre. Il est parfait,précis et il cherche en permanence. À chaque prise il se surprend et il nous surprend. J'adore son timing. C'était un rôle difficile que celui de Jean-Louis et il en a tiré le meilleur.
Pour le rôle de Giovanni, je cherchais un acteur italien qui parlait français. Dominique Besnehard m'a présenté Fabio Sartor. À coup de colères, de travail, de ténacité, il a donné la vie à son personnage et il lui a insufflé une tendresse et une humanité que je n'avais pas perçues en écrivant le rôle. Il est très fort.
Zoé Félix voulait faire partie de cette aventure même si elle n'aimait pas tellement son personnage. Elle trouvait Fred dure et froide. Malgré ses réticences, elle a campé une peste moderne assez proche de la réalité,je crois. Je la trouve impeccable. Mais c'est vrai que c'était un rôle ambigu, parce que pas très sympathique... Je dois sans doute régler des comptes avec une génération d'assistantes arrogantes... Et il y a eu tous les autres, Marianne Guillerand et son sourire lumineux.Mohamed Nadif, Jean-claude De Goros...
C'était formidable d'être entourée par des personnes de cette qualité,venues souvent d'horizons très différents... Ça a été pour moi l'originalité de ce tournage. Je n'avais jamais travaillé avec aucun des acteurs. Ni pratiquement avec aucun des techniciens.

Et ce tournage à Marrakech vous n'aviez pas peur de vous laisser bercer par le farniente et le soleil ?
Non. Le cadre dans lequel nous allions tourner était aussi important que l'histoire. Le groupe devait se retrouver loin de Paris. C'était important pour le film. Il s'agissait de former une famille, une troupe d'acteurs... Et ça s'est passé comme ça. Bon, on n'a pas dormi sous la tente, on était tous très bien logés, au Riad du Club Med construit il y a peu, en plein cœur de la palmeraie. On avait tous des suites magnifiques, avec terrasse, jardin, piscine… Et le décor à cinq minutes mais ça ne nous a jamais empêchés de travailler avec sérieux. Je me souviens le matin au petit-déjeuner, il était parfois très tôt, mais les comédiens avaient tellement envie d'aller enfiler le costume de leur personnage...

N'est-ce pas trop difficile de tourner dans le désert ?
Tourner tout court, c'est difficile. Mais le désert est si beau ! Si inspirant ! Il suffisait de laisser tourner la caméra. On avait tous envie d'être des nomades. Le Maroc a apporté beaucoup au film. Les acteurs étaient comme portés par l'environnement et la chaleur qui les entouraient,au propre comme au figuré. On n'imagine pas une maison comme ça à Marrakech. C'est une maison exceptionnelle. Quand on filme à Marrakech, on s'attend à tourner dans un riad avec un jardin et des murs qui enferment.Tout à coup,cette grande maison dépouillée, ouverte sur la nature, avec ces transparences très cinématographiques m'a donné des possibilités infinies de mise en scène,tout en restant dans un lieu clos.
On pouvait se voir en permanence d'une chambre à l'autre, comme dans un reality show justement... Ces immenses baies vitrées, il fallait les accepter comme les acteurs acceptent la caméra et ces arrière- plans, il fallait les faire exister pour capter la vie qui circule à chaque instant. C'est rare de trouver un décor en osmose, à ce point-là, avec un sujet. Si j'avais voulu travailler en studio, je crois que j'aurais fait construire cette maison. Elle a apporté un supplément d'âme au film. Avec Tony Egry, le décorateur, on a cherché à être en harmonie avec l'Afrique, l'Afrique noire, pas seulement l'Afrique du Nord et il a mêlé une inspiration ethnique avec la modernité de l'architecture,créant ainsi une atmosphère de dépaysement total et en même temps un décor très contemporain.

Comment s'est fait le choix des chansons des années 80 ?
La bande son joue un rôle presque aussi important que le dialogue.Pendant l'écriture,il m'arrivait de mettre un disque et la chanson me plongeait au cœur de la scène. Je me souviens que lorsque j'écrivais la scène où Gabriella cherche Alberto partout dans la maison,
J'entendais «Without You» d'Harry Nilsson à la radio... Ce qui est fou c'est que ces chansons, on les entend encore aujourd'hui, remixées ou pas. La richesse musicale des années 80 est phénoménale. J'ai redécouvert des centaines de chansons magnifiques. Des groupes que j'avais oubliés... Tears for Fears, Men at Work, Police,Talk Talk, Human League...
La musique est le reflet d'une époque. Elle contribue à donner du relief à l'histoire puisque, sans aucun flash-back,on va réussir à se replonger dans le passé. La musique joue un rôle de flash-back émotionnel. Comme dans The Big-chill de Lawrence Kasdan.
Elle provoque l'imagination du spectateur et elle l'aide à s'identifier.Elle réveille une mémoire collective. L'époque est évoquéesans être montrée. Elle est dans les cerveaux.

Y a-t-il une phrase qui résumerait le film ?
«Celui qui n'est plus mon ami ne l'a jamais été.» Celle-là, c'est ma préférée...

Elle est de qui ?
Vous n'allez pas le croire...Aristote ! Mais elle est bien non ?
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 37 097 entrées
  • Cumul IDF : 57 898 entrées

  • 1ère semaine France : 114 697 entrées
  • Cumul France : 190 820 entrées