Notes de Prod. : L'avion

    en DVD le 15 Février 2006

Rencontre avec Cédric Kahn

“Je rêvais depuis très longtemps de faire un film avec un enfant. J'avais beaucoup travaillé avec des adolescents ou des non professionnels et travailler avec un enfant me permettait de pousser l'expérience plus loin. Mais surtout, je voulais faire un film que mes enfants puissent voir. Ce projet est arrivé au moment idéal pour moi...

Il est né de l'idée d'un producteur, Bruno Berthemy, d'adapter au cinéma la bande dessinée “Charly” de Magda et Lapière. J'ai lu une première adaptation à partir de quatre tomes de la B.D., Denis Lapière puis Raphaelle Valbrune avaient extrait une trame pour le cinéma. Un ingénieur en aérospatiale offre une maquette d'avion à son fils et meurt dans un accident. L'avion jouet, investi d'un pouvoir magique, protège l'enfant de la réalité et de la mort de son père. Le scénario ne me correspondait pas dans l'écriture et pourtant la proposition m'a immédiatement séduite. Dès les premières pages, j'ai eu le sentiment que cette histoire était pour moi. Tous les thèmes m'étaient chers, le déni de la mort, la fuite du réel, le pouvoir de l'imagination, la recherche du père.

Par la suite, avec les deux autres scénaristes (Ismaël Ferroukhi et Gilles Marchand) nous avons rompu plus franchement avec l'univers de la B.D. pour évoluer vers un univers réaliste qui bascule dans le fantastique. L'avion devenant le seul élément surréaliste du film. Nous avons imaginé que l'avion n'était pas seulement un jouet magique et surpuissant mais aussi le moyen pour l'enfant de retrouver son père.

Je voulais que le film s'adresse à la fois aux enfants et aux adultes. Dans mon idée, un film pour enfant était tout sauf un sous-genre, bien au contraire. Ça s'est avéré être un genre très exigeant. Le travail a été considérable pour atteindre une apparente simplicité. Les dialogues devaient être très concis et le récit avancer en priorité par l'action. Depuis le scénario jusqu'au montage, en passant par la mise en scène, j'avais le souci permanent d'être limpide, léger, rapide. Je redoutais que le sujet nous entraîne vers un film trop grave. Je cherchais le point
d'équilibre entre légèreté et profondeur. Au final, les enfants ont beaucoup moins de tabous sur la mort que nous. Ils passent très vite sur le drame et voient le film comme une aventure. Pour les adultes, au contraire, le film fonctionne plus comme un mélodrame.

Je m'étais beaucoup éloigné du scénario d'origine. Le premier producteur ne partageait plus ma vision du film. Au vu de mon investissement, il a accepté de me laisser continuer. Olivier Delbosc et Marc Missonnier (les producteurs de Fidélité) ont repris le projet avec beaucoup de détermination et de confiance. Le film était difficile à produire, risqué au vu du coût et venant de moi, très inattendu pour les financiers. Le développement a été long et méticuleux…

Trouver l'enfant qui jouerait Charly s'est avéré la chose la plus périlleuse. Nous avons organisé un vaste casting ciblé. Trois personnes cherchaient en permanence, dans les écoles, les parcs, les associations de loisirs du mercredi, en province et à Paris, sans idée préconçue concernant le physique. Antoinette Boulat (la directrice de casting) et moi faisions une première sélection sur cassette, puis nous les revoyions. Nous visionnions en moyenne une soixantaine d'enfants par semaine. Contrairement aux idées reçues, les enfants ne jouent pas forcément bien, surtout à sept ou huit ans quand ils commencent à avoir conscience de leur image. Nous avions sélectionné quatre enfants, mais j'avais encore de gros doutes. L'enjeu était colossal, le projet reposait sur la performance de l'enfant. Un jeune acteur ne pouvant pas prendre cette pression sur ses épaules, c'est sur les miennes qu'elle reposait entièrement !

C'était un choix si vertigineux qu'à certains moments, j'ai eu la tentation secrète d'arrêter le film. Les producteurs ont eu le réflexe formidable de dire “Tant pis pour le coût du casting, on continue jusqu'au premier jour de tournage s'il le faut !”. Et Roméo est arrivé ! À seulement un mois et demi du tournage ! Nous étions comme les chercheurs d'or qui ont trouvé une pépite ! Dès les premiers tests, nous nous sommes aperçus qu'il jouait mieux que les autres. Son aptitude à mémoriser le texte, sa justesse de ton, ses déplacements dans l'espace. Il y avait juste un exercice sur lequel il échouait, c'était se mettre en colère. Pourtant, le jour du tournage de la scène de la bagarre, il a réussi ! Il avait conscience de l'importance de l'enjeu.

En treize semaines de tournage, Roméo n'a jamais failli, malgré la fatigue et l'éloignement. Tous les jours il voulait être à la hauteur. J'ai découvert que même chez un enfant de sept ans, le sens de l'engagement existe.

Pour la petite fille, la recherche était beaucoup plus ouverte. Au départ, c'était une petite fille adoptée et nous avons cherché dans tous les horizons. Les petites filles jouaient beaucoup avec plus de facilité. Par son charme, sa drôlerie, son originalité, Alicia était au-dessus du lot.

Au départ, j'avais imaginé une maman plus mûre, plus conforme. On a eu l'idée de la rajeunir, d'en faire une mère un peu enfant. Sous cet angle, elle allait ressentir le même manque que son fils face à la mort du père et devrait, elle aussi, grandir à travers cette épreuve. Dans cette perspective, Isabelle Carré s'est imposée comme une évidence. Elle est à ce point d'équilibre, où l'on sent en elle à la fois la jeune femme et la mère en devenir. Je la trouvais formidable dans d'autres films. Elle a une grande palette de jeu. Elle est comme un instrument de musique avec plein de notes. Contrairement à sa fragilité apparente, elle peut être aussi très physique. Dans les scènes d'action, elle est remarquable. Par sa blondeur et sa silhouette, elle me fait penser aux héroïnes des films d'Hitchcock.

Il était très important pour moi que les parents puissent être idéalisés, qu'ils soient les héros de leur enfant. Aucun problème, pas l'ombre d'un nuage, ne devait exister entre le père et la mère. Le monde parfait de l'enfance, avant que la perte des illusions ne vienne le détruire. Dès l'écriture, je pensais à Vincent Lindon comme à l'acteur idéal pour jouer le père. Il allie la force et un côté enfantin qui lui permet d'être un père complice. Il est le personnage clé, l'enjeu, même s'il n'a que peu de scènes. Il a accepté très facilement le rôle, ça a été une grande chance pour le film.

Avec Nicolas Briançon, il y a eu (autour d'une séance d'essai), une évidence comme j'ai rarement ressenti, et ce plaisir de travail ne s'est jamais démenti. Il faut beaucoup de talent et d'humour pour jouer un méchant et la réussite d'un film se mesure souvent à ce rôle-là.

Dans ma conception de l'organisation du tournage, les deux enfants devaient primer sur tout le reste. Les premiers jours de tournage avec eux ont été très émouvants. On a commencé par les scènes où ils font du vélo. Roméo est tombé plusieurs fois pour les besoins de la scène ; il s'est fait mal, ne voulait plus continuer. Ensuite, les enfants sont partis à fond de cale dans la descente, tout le monde a eu peur, les cascadeurs étaient planqués dans les fossés. Tout m'inquiétait, même le transport depuis leur domicile jusqu'au plateau. Quand des parents vous confient leur enfant, c'est une responsabilité énorme !

Les enfants donnent tout, tout de suite, ils sont immédiatement dans le plaisir du jeu, mais la sensation de contrainte et de fatigue arrive aussi très vite. Pour les préserver, nous faisions le plus possible sans eux. Nous utilisions des mannequins à leur taille pour déterminer les mouvements de caméra, les hauteurs de cadre. Les enfants n'arrivaient sur le plateau que quelques minutes avant de tourner. Je ne voulais pas mettre Roméo en situation d'échec et donc quelquefois je me contentais de ce qu'il avait pu donner, quitte à y revenir plus tard. Je privilégiais le confort et l'endurance de Roméo plutôt que l'exigence au jour le jour. J'essayais d'être léger et de bonne humeur, ce qui n'est pas ma nature profonde. Cette discipline au final m'a fait beaucoup de bien. Seul un enfant pouvait m'y amener.

Les effets spéciaux étaient, en plus des enfants, l'autre grande contrainte du tournage. À ma grande surprise, je m'en suis accommodée assez facilement. Dès que je comprends la nécessité d'une contrainte, elle cesse de me gêner. Par exemple, il a fallu que je fasse storyboarder (pré-dessiner) beaucoup de scènes. Je ne l'avais jamais fait, j'étais très méfiant, j'avais peur d'être entravé dans ma liberté de mise en scène. En fait, j'y ai pris beaucoup de plaisir. Avec le dessinateur (Luc Desportes), j'ai découvert la possibilité de travailler la mise en scène et même le montage d'une scène très en amont.
Le film comporte trois cents plans d'effets spéciaux, avec un mélange d'effets mécaniques, d'images de synthèse et d'effacement pour les câbles de l'avion ou le manipulateur qui se trouvait parfois entièrement dans le champ. Dès que l'avion est présent, il y a des effets spéciaux.
Nous avons également beaucoup tourné sur fond bleu pour toutes les scènes trop risquées pour Roméo, sur le toit du château d'eau, de la maison ou du laboratoire par exemple. Je crois qu'en matière d'effets, nous avons utilisé à peu près tout ce qui existe.

C'est moi qui ai pensé à Gabriel Yared pour composer la musique. À mon sens, il était le musicien qui correspondait le mieux à l'esprit du film. Je savais, pour bien connaître son travail, qu'il serait capable de souffle, de lyrisme. Pour moi, la musique devait littéralement soulever l'avion, lui donner une âme. Gabriel Yared a parfaitement saisi l'esprit du film, entre réalisme et conte, entre film intimiste et cinéma de divertissement. Il m'a impliqué à chaque étape, de la première fois où il m'a joué du piano chez lui, jusqu'au mixage à Londres, en passant par l'enregistrement à Prague avec un orchestre symphonique. Il a composé ses thèmes en s'inspirant librement du scénario. Il nous a livré très tôt un CD complet avec lequel nous avons travaillé au montage. Avec Noëlle Boisson (la monteuse), nous avons très rapidement intégré les mélodies aux séquences afin que la musique fasse corps avec le film. Puis Gabriel Yared a repris un à un les morceaux pour les réadapter au rythme des images et du montage.

Ce film est devenu au fil du travail très important pour moi. Il représentait en même temps un retour vers l'enfance et un rendez-vous avec moi-même. Jusqu'à présent, j'avais fait des films sombres, sur des personnages opaques, impulsifs, prisonniers de leurs contradictions. J'étais très impliqué dans les sujets mais je contournais toujours l'émotion, par pudeur. Là, je savais, au vu de l'histoire, que je ne pourrais pas éviter de m'ouvrir, de montrer mes sentiments. C'est le film le plus cher et le plus compliqué que je n'aie jamais tourné et pourtant par moments j'ai eu l'impression de refaire mon premier film. Je pense que le fait d'être avec cet enfant pendant treize semaines, de me laisser guider par lui, d'être à la merci de ses forces et de ses fragilités, explique ce sentiment. J'avais l'impression de marcher sur un fil, sans aucune assurance du lendemain, comme si tout pouvait arriver à tout moment. C'était vertigineux et excitant. Je pense que cette expérience m'a un peu changé.

Quand j'ai montré le film à mes enfants, j'avais un trac immense. Ils m'ont dit qu'ils l'ont aimé, mais je suis leur père et peut-être qu'ils ont voulu me faire plaisir ! On a également montré le film à deux classes d'élèves entre huit et dix ans et pour moi, de voir ces soixante-dix têtes tournées vers l'écran, les entendre rire, frissonner, vivre avec le film, c'était très émouvant.”

Catherine par Isabelle Carré

“J'ai aimé le fait que ce soit un film pour enfants, une sorte de conte, épuré, sans aucune surcharge. J'ai aussi été sensible à la relation entre la mère et son fils, à la pureté et la simplicité des dialogues et des situations. Les projets qui touchent à l'enfance me parlent. Mon personnage est une jeune femme à la fois très amoureuse de son mari et très épanouie dans sa maternité. C'est aussi l'histoire d'un enfant qui fuit le chagrin de sa mère. Quand on est petit et que l'on découvre que les adultes ont aussi des faiblesses, des douleurs et qu'ils peuvent pleurer, on est profondément marqué. On a l'impression que le monde s'écroule. Il faut se reconstruire avec cette réalité. Le souci de Cédric, comme le mien, était que les enfants soient bien. Nous avons tout fait pour les préserver au maximum, quitte à donner la réplique à un rouleau de scotch ou à Cédric ! J'ai déjà joué avec pas mal d'enfants, même une petite fille de huit mois avec qui j'avais eu un échange extraordinaire pour Holy Lola. Au contact des enfants, on est obligé de s'oublier, de jouer pour l'autre, et je trouve ça formidable...

Charly par Roméo Botzaris

“Un jour, alors que je rentrais de l'école, une dame est venue vers moi dans la rue. Elle m'a regardé et m'a demandé si je voulais bien passer un casting. Au début, je ne savais pas trop. Je n'avais jamais imaginé jouer dans un film et je ne savais même pas comment on les fait ! Mes parents ont dit qu'on pouvait toujours aller voir...

Rencontre avec Denis Lapière - Scénariste

“J'ai écrit la bande dessinée “Charly” parce que mon fils aîné, alors âgé de six ans, jouait avec un vaisseau spatial de sa fabrication qui, dans ses jeux, lui apparaissait réel et vivant. À moi aussi, ce vaisseau apparaissait réel et vivant. C'est instructif de regarder les enfants jouer.