Notes de Prod. : L'Éclipse

    en DVD le 02 Juillet 2007

L'eclipse, vue par le critique par Virgile Dumez

Antonioni clôt en beauté sa trilogie sur le désarroi de la bourgeoisie italienne après L'Avventura (1960) et La Nuit (1961). Pourtant, cette œuvre majeure et très inspirée fut relativement mal accueillie à sa sortie (malgré son Prix spécial du jury à Cannes), alors que le cinéaste pousse encore plus loin son exploration des sentiments humains. Véritable portrait d’une Italie en pleine croissance économique, L’éclipse (1962) est intéressant à plus d’un titre.

Tout d’abord, l’auteur creuse un peu plus son idée de profonde solitude et d’incommunicabilité entre les êtres en isolant ses personnages dans le cadre et en multipliant les grilles, fenêtres et autres obstacles empêchant les amoureux d’aller l’un vers l’autre. Son savant dispositif formel sert donc au mieux un propos qui va au-delà de la simple introspection personnelle. Car le cinéaste, en bon héritier du néo-réalisme, se fait aussi le portraitiste attentif d’une société italienne glissant vers le capitalisme et l’économie de marché. Les nombreuses scènes se déroulant à la Bourse, trépidantes et agitées, contrastent fortement avec le reste du film, bien plus posé, voire même contemplatif. A l’agitation vaine du monde moderne - on perd de l’argent aussi vite qu’on l’a gagné - répond le tumulte intérieur d’êtres fantomatiques et désincarnés, totalement perdus dans de gigantesques structures architecturales qui participent à leur déshumanisation.
Ainsi, les décors glaciaux du film contribuent au sentiment de solitude et de sourde désespérance qui ressort de l’œuvre antonionienne. Sans aucun repère moral ou social, les personnages du film, magnifiquement interprétés par Monica Vitti et Alain Delon, sont perdus dans un monde matérialiste, uniquement intéressé par l’argent et la possession.

La réification de cet univers est confirmé par les dix dernières minutes du film, absolument géniales, puisque l’auteur ose abandonner ses «héros» pour ne filmer que des objets, ainsi qu’une aire urbaine vide et sans âme. Dès lors, l’œuvre bascule dans une ambiance à la limite du fantastique, participant à un effacement progressif du réel, figure thématique et stylistique chère au cinéaste (dont Blow Up (1966) reste le meilleur exemple). Formellement impeccable, L'éclipse est une œuvre difficile et austère, d’une lenteur hypnotique qui en rebutera plus d’un, mais d’une incroyable modernité sur le plan thématique, à l’heure où la société de consommation triomphe plus que jamais.

Regards sur l'eclipse

Elle

Dans le troisième volet de sa trilogie, Antonioni met davantage en avant la forme pour exprimer le fond de son sujet. L’éclipse est une pure beauté visuelle avec ses plans fixes dans lesquels entrent ses personnages en mouvement, ses constructions savantes de lignes, de formes et de masses, ses symboles d’enfermement et d’agression explicités par les grilles, l’entrelacement des branches, les piques, le vide de ses grands espaces déserts ou le plein d’autres endroits de folie comme la Bourse, l’attente, le silence interrompu par le bruit d’une eau vivante, la musique intrigante.
 

Box-office au 21 Janvier 2010

  • Paris 14h : 8 entrées
  • 1ère semaine IDF : 1 442 entrées
  • Cumul IDF : 1 442 entrées