Eurêka, l’idée du film lui apparaît dans sa voiture !
J’ai décidé de faire un film léger, surtout en termes de moyens, pour avoir une chance de le monter rapidement. Dès le départ, je me suis orienté vers une comédie d’imposture, parce que je trouve que c’est un ressort remarquable. C’est dans ma voiture que j’ai eu l’étincelle. Je me suis demandé ce que moi, je ferais face à une classe de ZEP... De fil en aiguille, j’en suis arrivé à ce personnage, qui devrait être un élève et se retrouve à la place du prof.
Pendant plus d’un an, je me suis amusé en écrivant ce scénario. Le but n’était pas de rire contre quelqu’un, mais avec tout le monde. J’ai regardé beaucoup de documentaires. Après avoir travaillé seul, deux scénaristes m’ont aidé. La première,
Mara Goyet, enseigne l’histoire en ZEP et a écrit un livre, «Collèges de France», très drôle, iconoclaste, caustique mais résolument humain sur l’Éducation Nationale. Elle m’a apporté un regard juste sur les professeurs et les élèves. L’autre scénariste,
Marcia Romano, m’a aidé dans la construction mécanique du scénario, en étoffant des scènes et des personnages. Elle a une très bonne connaissance de la comédie et partage mes idées. J’ai mené un dialogue «Éducation Nationale» avec l’une et un dialogue «cinéma» avec l’autre. Notre collaboration a été très intéressante.
Un casting de taille
Nous avions remarqué
Arié Elmaleh dans
Chouchou et la pub SFR, et il était excellent. Il me posait cependant un problème de taille : il était trop grand ! Pendant un an, j’avais imaginé un personnage petit à qui j’aurais pu mettre des habits immenses, un peu comme Chaplin, et tout à coup je me retrouvais avec ce grand garçon ! Il m’a fallu du temps pour accepter ce changement, d’autant que le film repose entièrement sur lui. Mon pari était d’en faire un acteur comique, un Jack Lemmon ou même un Jim Carrey.
C’est mon septième film et si le budget m’obligeait à certaines concessions, il y en avait certaines sur lesquelles je ne pouvais transiger au regard de ce qu’exigeait le projet. Ainsi, je tenais tout particulièrement au casting des adolescents qui sont le coeur du film. Ces vingt enfants de la classe, même si l’importance de leur rôle est variable, devaient absolument tous être ex¬traordinaires. Il me fallait vingt charismes ! Nous avons vu environ cinq cents enfants. Avant même leur capacité de comédiens, c’est leur personnalité qui m’intéressait.
Tous à l’école pour tourner
Le film nécessitait douze séquences de classe où il se passe énormément de choses. Il était impossible de tourner pendant trois semaines dans une vraie salle. La reconstitution en studio était une condition essentielle pour que je puisse bénéficier d’une complète liberté de filmer. Il fallait pouvoir s’affranchir des murs pour multiplier les angles et jouer avec tout le potentiel du décor. Nous avons eu la chance de trouver un collège à Sevran, que nous avons eu pour nous pendant les deux mois de vacances. Nous avons pu y vivre, manger à la cantine et même profiter des tables de ping-pong ! Nous avons reconstitué une classe dans le gymnase, le décor était collé à la baie vitrée qui donne sur la cour. Tout y a été tourné, y compris les scènes du studio de Yacine, pour lequel nous avons simplement retourné les parois de notre classe en les retapissant de papier peint. Le décor de la chambre d’hôpital et du bureau du proviseur y ont aussi été aménagés.
Nous avons commencé le tournage par les scènes de classe, qui ont été filmées dans l’ordre chronologique. Chacun a pu ainsi faire évoluer son personnage. L’une de mes ambitions était de ne pas traiter la classe comme une seule entité mais comme la somme de toutes les personnalités qui la composent. Cela impliquait des partis pris de réalisation et de cadrage et notamment la multiplication de prises pour obtenir la bonne intention et trouver le bon rythme.