Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette nouvelle aventure ?
J’ai trouvé l’histoire totalement inattendue, très originale. Je me suis retrouvée happée par cet évènement qui arrive subrepticement sans que l’on s’y attende. Il en émane une réelle angoisse. L’écriture d’Olivier est excellente, très sèche, dégraissée, pure. En lisant le scénario, en découvrant les dialogues, je n’avais aucunement envie d’en changer les mots. Je viens du théâtre, de fait, il émane de mon expérience un goût particulier pour les grands auteurs, j’aime les textes dont on ne veut surtout pas changer la moindre virgule, ceux qu’il est inutile de modifier. C’est ce qui m’a plu dans le style d’Olivier, sa puissance, on sent l’auteur derrière ses mots, un vrai travail abouti et maîtrisé. Au-delà, il y a eu une rencontre humaine, ce n’est pas seulement le récit qui m’a plu, j’ai été séduit par sa personnalité, par l’urgence dans laquelle il me plongeait. Je n’ai pas eu besoin de réfléchir, j’étais libre et j’avais envie de me plonger dans cette aventure.
Qu’avez-vous immédiatement ressenti pour cette femme ?
J’adore les personnages renfermant un secret, qui ne donnent pas les clés de leur personnalité et qui se transforment, intérieurement, sans s’exprimer forcément. C’est une femme discrète, pleine d’écoutes et de silences, des traits de caractère que j’avais envie d’endosser. Je rêve de pouvoir tenir un jour sur scène un personnage totalement muet. Nathalie a son vécu, elle évolue intérieurement, s’ouvre progressivement mais sans trop se dévoiler, il faut deviner, imaginer. Ses blessures qui se sont développées progressivement au travers de sa solitude deviennent aussi sa force.
C’est ce que j’ai aimé chez cette femme, la façon dont elle transcende sa souffrance et dont elle se met à diriger finalement les choses, à dépasser cette relation en voix d’extinction avec son époux. Aucun des personnages de ce récit n’est conventionnel, ce qui est passionnant. Même si la thématique centrale pourrait finalement l’être, la destruction d’un couple par une tierce personne, l’approche en reste assez unique, très personnelle.
Ce sont tous des personnages contradictoires, ayant une réelle dualité en eux…
Absolument et le personnage de Céline est en ce sens fascinant, un personnage intéressant. Elle s’impose dans un premier temps sans générer aucun sentiment violent, arrive sous la porte, soudainement et, finalement, derrière sa jeunesse, derrière sa fragilité et sa solitude, se cache un monstre. Pourtant on ne le juge pas, on peut se sentir proche de chacun des personnages, les comprendre. C’est d’ailleurs peut-être le juge la vraie victime de cette histoire. Ce qui est passionnant c’est de se retrouver face à des personnages qui évoluent, se trouvant en mouvements perpétuels. Personne ne peut dire jamais.
J’ai toujours été impressionnée par les individus capables de tout quitter, d’opérer des virages à 180° dansleur vie sans que l’on s’y attende. C’est ce qui se passe à l’intérieur des êtres humains, ce qui ne nous est pas révélé, ce que l’on ne soupçonnait pas qui s’avère le plus captivant. Les acteurs sont là pour incarner les pulsions de ces hommes ou de ces femmes, ces comportements surprenants, sans pour autant porter des jugements sur ces comportements. Tout être humain a le droit au rachat et la vision d’Olivier est en ce sens des plus pertinentes. Olivier pose presque un regard de philosophe sur la vie, sur l’être humain, sur ce qui fait que nous sommes tous uniques. C’est excitant pour un comédien d’accepter un rôle parce qu’il sait qu’il va pouvoir le défendre, l’aimer suffisamment, en dépit de la noirceur du personnage, pour l’accompagner.
Comment avez-vous appréhendé le rôle de Nathalie, c’est un personnage qui a nécessité un travail intérieur de votre part ?
Certains rôles le nécessitent, ici j’ai été confrontée à une véritable urgence. Ma formation théâtrale me pousse à construire un personnage, j’ai besoin de le travailler, je ne peux pas l’aborder spontanément, notamment au travers du texte. Pour pouvoir me sentir libre d’exprimer des sentiments, il m’est nécessaire de me sentir dégagée totalement du texte, de le maitriser parfaitement. Parfois je me demande s’il ne serait pas intéressant de me mettre plus en danger et de découvrir la scène au moment où je la joue.
Je rêverais de pouvoir improviser, en même temps cela m’effraie. Il faut toujours rester souple au-delà du travail, sur un tournage les choses changent sans arrêt, il faut se trouver en permanence disponible, ne jamais se fixer, rester vivant. Vivant, c’est être présent à chaque instant, respirer. Il faut préparer et lâcher, s’abandonner.
Les échanges avec vos partenaires vous ont-ils nourrie ?
C’était simple, facile. Il y avait une profondeur, une intensité qui nous portait. C’est important de ressentir le regard de son partenaire lorsque l’on joue. J’étais très heureuse de retrouver
Pascal Greggory, nous nous étions déjà croisés il y a plusieurs années sur une adaptation documentaire du Lys dans la vallée de Balzac et nous jouions quelques scènes du livre.
Nous avions une connaissance ancienne l’un de l’autre, une réelle estime et c’était très agréable de jouer à nouveau face à lui. D’Anaïs, il émane une très forte présence, jouer avec elle est un délice. C’est quelqu’un d’une telle vérité, d’une telle simplicité qu’on se retrouve très vite plongé dans la scène. Elle vous regarde, directement, spontanément, c’est percutant de se retrouver confrontée à la vitalité de jeunes acteurs, très motivant.
Un premier film, une angoisse, un enrichissement personnel, comment l’avez-vous vécu ?
J’ai eu immédiatement le sentiment de parler la même langue qu’Olivier, ce qui a facilité nos relations. C’est agréable lorsqu’un réalisateur n’a pas besoin de finir sa phrase, que ce soit le comédien en face de lui qui la termine, qu’il y ait une réelle complicité. Il faut pour cela se retrouver en présence d’un cinéaste qui n’ait pas peur des comédiens, qui accepte ce qu’ils vont pouvoir lui donner. Beaucoup de réalisateurs se méfient et veulent tout expliquer, tout cerner sans laisser d’espaces, dominer, il n’y a alors plus de collaboration.
Un premier film est souvent une expérience lumineuse, on y ressent un réel enthousiasme de la part de l’équipe, une ferveur unique mêlée à une certaine candeur, une émotion que le réalisateur communique à son équipe. C’est palpitant de participer ainsi à l’éclosion d’un nouveau talent.