La mélodie des souvenirs
Depuis des plus jeunes années,
Chen Kaige a toujours éprouvé une véritable fascination pour la musique classique occidentale. Dans une Chine alors en pleine Révolution Culturelle où il était quasiment impossible d'accéder à cette musique,
Chen Kaige avait pourtant réussi à se procurer quelques enregistrements de classique.
Quelques décennies plus tard, la société chinoise s'est enfin ouverte au monde et
Chen Kaige s'est révélé comme l'un des réalisateurs les plus attachants de sa génération. A travers ses drames épiques ou histoires plus intimistes, il a gardé quelque chose de ces émotions, de ces envolées lyriques.
Un enfant, un violon
L'ENFANT AU VIOLON est né d'un hasard et d'une émotion. Le réalisateur regardait une émission de télévision sur un père et son fils venus s'installer à Beijing pour que l'enfant puisse trouver un professeur de musique classique qui l'aide à développer son talent de violoniste déjà considérable.
Chen Kaige remarqua tout de suite l'expression d'adoration béate du père, écoutant les accords mélodieux du violon de son fils. Il remarqua alors les relations entre le père et l'enfant. En prenant cette histoire vraie comme un tremplin pour sa propre fable, le réalisateur s'aperçut qu'elle était idéale pour aborder ses thèmes les plus chers.
Comme dans l'histoire vraie, le scénario s'est d'abord articulé entre l'opposition entre la ville et la campagne, entre deux styles de vie, deux façon d'envisager l'existence…
A la recherche d'un jeune prodige
Chen Xiao était chargé de trouver un jeune acteur pour le rôle principal, celui du violoniste de 13 ans. C'est en assistant à un concours de violon dans une ville près de Shangaï, qu'il découvrit un jeune adolescent qui semblait parfait pour le rôle. Comme le personnage,
Tang Yun avait 13 ans et venait d'une petite ville de la province d'Anhui. La musique représentant son unique moyen d'expression, il était en effet tout désigné pour le rôle grâce sa vie intérieure pleine de richesse.
Deux professeurs, deux visions de la Chine
La juxtaposition de la Chine traditionnelle avec celle qui émerge depuis peu, pmus capitaliste, apparaît de manière évidente à travers les personnages des deux professeurs de violon. Jiang, le premier professeur de Xiao Chun, est tout sauf un témoignage de réussite. Cet homme particulier vit dans une maison de bois traditionnelle, remplie de souvenirs poussiéreux. Il partage sa routine quotidienne avec de nombreux chats de gouttière. D'abord intimidant aux yeux de son élève, il se révèle ensuite comme un homme de cœur que la vie n'a pas épargné. Sa timidité et son intégrité lui ont coûté cher. Il se consacre donc à sa vocation : donner des leçons pour le pur plaisir de la musique.
Le second professeur, Yu, est d'un tout autre acabit. Comme on le découvre en ville, tout ce qui brille n'est pas d'or et il se passe un certain temps avant que le vernis du professeur s'effrite, qu'il ne revèle le matérialisme égoïste qui se cache sous belles manières. Il personnifie en un sens la Chine populaire.
Un langage universel
Une autre rencontre va avoir un impact sur le garçon, c'est celle de Lili, incarnation de son idéal féminin. Entre eux, une amitié décisive naît. Pour chacun, l'autre représente une chance d'intimité émotionnelle, malgré la vie dissolue de la jeune femme. L'adoration candide de Xiao Chun parvient peu à peu à briser la carapace de Lili. Son don de musicien éveille en elle une estime d'elle-même et elle entrevoit pour la première fois sa propre valeur.