Peu de temps avant sa mort en 1996, Krzysztof Kieslowski avait élaboré avec son scénariste Krzysztof Piesiewicz le projet d'une trilogie, « Le Paradis », « L'Enfer », « Le Purgatoire ». Comment avez-vous été amené à choisir un des volets de cette trilogie, le plus brûlant sans doute ?
Après une première lecture avant le tournage de
No Man'S Land, j'avais plutôt été tenté par une adaptation du Purgatoire, dont le thème sur la guerre me concernait plus directement à l'époque. Au retour de ma tournée de promotion, je me suis lancé dans un autre projet qui a dû être reporté. Mon producteur,
Cedomir Kolar, m'a à nouveau encouragé à me plonger dans le scénario de
L'Enfer, le plus intéressant à ses yeux.
Cette histoire n'est pas simplement racontée comme un drame bourgeois sur des tromperies de couples. En approchant leurs conflits intérieurs, vous donnez une dimension tragique à vos personnages.
Aujourd'hui, dans notre société qui a déserté Dieu, dans ce monde matériel où Dieu est mort, la tragédie n'est plus possible. Il nous reste le drame. C'est déjà beaucoup, un drame peut être tragique, ce n'est pourtant pas une tragédie.
Vous parsemez votre film de signes, de métaphores, cet insecte sauvé de la noyade dans un verre, ce cadre de Marie Gillain plantée sur une marelle, entre enfer et paradis !
Il y avait une image semblable de l'insecte dans
Le Décalogue, ce plan est un des hommages rendus à Kieslowski dans le film. Je considère le spectateur comme un adulte, je ne lui impose pas de réponses toutes faites. J'essaye de le mettre dans un état émotionnel qui peut l'amener à trouver le chemin de ses propres réponses. Je l'aide parfois avec des petits riens, visuellement un objet peut représenter l'état intérieur d'un personnage ou une situation.
En abordant Céline, Sébastien lui dit : « Quand nous, on tue des civils innocents, c'est un dommage collatéral. Et quand eux, ils font la même chose, ce sont des terroristes. »
Dans le scénario original, pour provoquer leur rencontre, Sébastien lui disait, « c'est fou cette attaque terroriste ». J'ai remanié le texte à ma façon et forcément, j'exprime mon opinion sur la guerre en Irak, sur le monde d'aujourd'hui. On oublie souvent de regarder les deux côtés de la médaille. Je ne suis pas capable comme Sébastien de me taire pendant vingt ans.
Chacune des sœurs vous a inspiré une couleur dominante.
Pour Sophie, le rouge de la passion, de l'amour, de la jalousie, de son côté charnel et de sa violence parfois.
Pour Céline, le bleu de la tristesse, de l'attente, de la mélancolie, de sa résignation paisible.
Et pour Anne, la plus jeune, le vert de l'innocence, de l'éclosion et peut-être d'un renouveau.
Après ce passage réussi en enfer, quelle serait votre vision du Paradis ?
Je ne sais pas… si l'enfer c'est déjà trois femmes, trois soeurs délicieuses, alors le paradis ! En fait, j'ai trouvé mon paradis sur terre. J'ai une belle famille, j'exerce le métier de mes rêves, que demander de plus ?