Comment est né ce projet ?
Le producteur, Ilan Goldman, souhaitait depuis longtemps faire une comédie avec moi. Il y a environ deux ans, il m’a donné une B.D. Je l’ai lue dans un train et j'ai pleuré de rire ! Je lui ai dit qu'il fallait absolument en faire un film.
Pour une fois, on parlait de la Corse avec humour, sans ressortir les clichés et le réquisitoire habituels ! C'est un endroit que je connais très bien, qui est à la fois magnifique et d'une identité très marquée d'où, probablement, ce rapport complètement ambivalent entre fascination et crainte. Lorsque j'avais dix-huit ans, j’y ai fait du camping sauvage.
Depuis, j’y retourne régulièrement. Mon grand-père marseillais y a fait son voyage de noces en 1920 et il a fait la drôle de guerre à Sartène ! Je m’y suis toujours senti bien.
Comment s'est déroulée l'adaptation ?
J'ai travaillé avec
Michel Delgado. Adapter l’univers, satirique mais réaliste, d’une B.D. est toujours compliqué. Notre premier souci était de transposer Jack Palmer au cinéma. C'est un peu un mélange de Clouzot et de l’inspecteur Gadget ! Garder le look de la B.D. aurait décrédibilisé l’univers, alors, avec l'accord de Pétillon, nous avons décidé de traiter le personnage différemment.
Il n’en reste pas moins Jack Palmer, un détective assez sûr de lui, mais il se rapproche d'un être humain réel ! Nous avons aussi ajouté le personnage féminin. Sur le reste, le fond, nous sommes restés complètement fidèles à la B.D., à son univers et son esprit caustique. Le premier ressort, le fil rouge, c'est la visite de ce détective en Corse pour une mission de routine.
Il pense qu'il va s'en tirer en deux jours alors que son voyage va changer sa vie !
Qu’est-ce qui vous a le plus amusé dans l’adaptation ?
Ce qu’a écrit René, ses dialogues, ses situations, ses caricatures de personnages qu’il s’agisse des flics, des gendarmes, des R.G., des indépendantistes ou des nationalistes, tout est remarquable et hilarant. C’était un plaisir d’en suivre la trame.
Michel Delgado, qui ne connaissait pas la Corse, a rencontré beaucoup de monde et introduit dans le scénario des scènes qui lui sont réellement arrivées.
Par exemple celle du chien, quand il entre dans le café : il s’émerveille sur l’intelligence de ce bon bâtard et se voit répondre que " c’est un chien de race corse ! ". C’est tout à fait dans la lignée de Pétillon. Comme le notaire qui engage Jack Palmer le dit au début du film, " la Corse a des codes différents ". C’est un pays complexe, une vraie île méditerranéenne où les gens ont le sens de la " magagne " comme ils disent.
C'est un goût pour les mots et l'art de s'en servir souvent pour charrier. On trouve un vrai penchant pour la théâtralité et le sens du tragique. Même si le sujet est extrêmement satirique, cet esprit reste constamment présent et cela m’a beaucoup intéressé. Quand vous dites où vous voulez aller à un chauffeur de taxi et qu'il répond " C’est votre droit ", et que face au village vous lui demandez si c'est bien celui où vous vous rendez, il rétorque " On le dit ", c'est exactement cela ! Ces répliques sont parmi les premières de l'album et du film. Elles sont très révélatrices d'un humour, d'une volonté de jouer ! La Corse baigne dans cet esprit. On y retrouve un peu ce mélange de situation tragique et d'humour de comédies italiennes. Ce décalage, cet esprit particulier, constitue en tout cas une extraordinaire matière à comédie.