Istanbul
Le tournage de de
L'Enquête - The International a débuté à Istanbul en Turquie. Le final du film se déroule dans cette ville mystique au milieu des silhouettes impressionnantes des minarets et des coupoles des mosquées. Salinger poursuit son adversaire depuis la cour marbrée de la mosquée de Soliman le Magnifique, à travers une magnifique citerne souterraine byzantine, la circulation chaotique du centre-ville, la foule de clients du célèbre Grand Bazar, jusque sur les toits relativement calmes du plus grand marché couvert de Turquie.
Tom Tykwer explique : « C’est intéressant de remarquer que nous avons débuté notre tournage par la fin de l’histoire. C’était très intense parce que nous devions filmer énormément de choses en une semaine, mais nous étions dans un des endroits les plus spectaculaires où j’aie jamais filmé. J’ai adoré cette ville et j’ai détesté la quitter. »
Le producteur
Charles Roven ajoute : « J’ai produit une trentaine de films ces dernières années mais c’était la première fois que je commençais un tournage par la fin du film. C’est une démarche difficile pour les acteurs, mais aussi pour le réalisateur qui doit placer ses acteurs dans l’état d’esprit où ils devraient être après avoir passé plusieurs mois dans la peau de leurs personnages. »
Malgré cette difficulté, cette semaine de tournage à Istanbul a permis aux cinéastes de définir le ton et le rythme du film.
Le chef décorateur
Uli Hanisch se souvient : « Nous sommes très heureux de ce que nous avons vu et vécu à Istanbul, c’est une ville qui mélange plusieurs styles et se trouve à cheval entre l’Asie et l’Europe. C’est une ville très ancienne, mais aussi très active et pleine d’énergie. »
Uli Hanisch et
Tom Tykwer travaillent ensemble depuis des années et partagent une même vision créative de l’esthétique d’un film.
Uli Hanisch raconte : « Tout en vous expliquant très clairement ce qu’il veut voir dans son film, Tom vous laisse beaucoup d’espace et de liberté pour créer ce que vous voulez.
Nous apportons tous les deux des idées, et ensuite nous cherchons le bon équilibre. Le processus commence toujours par des conversations. Dans le cas de ce film, nous avons beaucoup parlé du rôle que devait avoir l’architecture des lieux qui sont mentionnés dans le scénario, et nous avons finalement fait des croquis, une sorte de fil conducteur visuel, qui nous a aidés à définir le style de tous les décors. Notre idée était que tout ce qui est très moderne, presque virtuel, reflète les aspects les plus sinistres de l’histoire, alors que ce qui est vieux et usé représente le monde réel et le bien. »
De par son histoire, Istanbul est un lieu propice au commerce et aux affaires, deux thèmes importants du film.
Uli Hanisch explique : « Le commerce est toujours la première activité de cette ville. Tout le monde y vend quelque chose. Il y a des boutiques et des vendeurs partout et nous avons filmé la poursuite finale sur le toit du Grand Bazar, qui est un des plus grands au monde. C’est une séquence incroyable et visuellement très intéressante. »
Véritable ville dans la ville, le Grand Bazar a longtemps été le plus grand marché couvert au monde et reste le plus grand de Turquie. Gigantesque et labyrinthique, il est parcouru par plus de 60 rues occupées par environ 4000 boutiques, et 250 000 à 400 000 personnes y viennent chaque jour. Tapis, poteries, cuivres et chaudronnerie, pipes en écume, bijoux et épices sont un échantillon des articles que vous pouvez marchander dans les échoppes autour d’une tasse de thé à la menthe. Au lieu d’engager des figurants,
Tom Tykwer a préféré filmer
Clive Owen en train de courir entre les étals parmi les vendeurs et les acheteurs, chez qui cette méthode de tournage a provoqué un étonnement non simulé.
Uli Hanisch raconte : « Le Grand Bazar na pas été construit comme un palais, un immeuble ou une église, il n’y a rien de rationnel dans le plan de ses rues. C’est juste un immense labyrinthe, un enchevêtrement chaotique de ruelles qui n’en finissent plus de s’agrandir. Çà et là, sans raison apparente, il y a un passage pour accéder au toit. Quand nous avons vu cela pour la première fois, nous avons pensé que ces passages tortueux qui débouchent sur le toit entre deux mosquées magnifiques étaient ce que nous pouvions trouver de mieux pour rendre cette poursuite encore plus spectaculaire. »
Les cinéastes ont aussi saisi l’opportunité de filmer dans une citerne byzantine souterraine datant du VIe siècle.
Uli Hanisch raconte : « Quand nous avons vu cette citerne, nous nous sommes demandé comment nous pouvions nous en servir dans le film. C’est un lieu incroyable et nous ne pouvions pas ne pas utiliser un tel décor. Dans la réalité, c’est une attraction touristique, mais dans le film nous en avons fait une caverne secrète reliée à la mosquée où les deux personnages se rencontrent. Prétendre que la citerne se trouve directement sous la mosquée est un peu fou, mais nous n’avons pas pu résister. »
Yerebatan Saray Sarnici, la plus grande parmi les centaines de citernes qui sont encore sous la ville, est souvent appelée la Citerne Basilique, ou le Palais Englouti, en raison de ses 10 000 m2 et de ses 336 colonnes en marbre. Deuxième attraction touristique après la basilique Sainte-Sophie, située dans la partie orientale d’Istanbul, Yerebatan Saray Sarnici attire tous les ans des milliers de touristes depuis sa restauration dans les années 80.
Le producteur
Lloyd Phillips raconte : « De tous les endroits où nous avons filmé à Istanbul, c’est celui dont les autorisations ont été les plus difficiles à obtenir. D’autres films ont déjà été tournés dans cette citerne, mais toujours de nuit, et nous en avions besoin en journée alors qu’elle n’a jamais été fermée de jour que pour une visite présidentielle d’une demi-heure. »
La mosquée Süleymaniye (La Magnifique) est celle qui apparaît dans le film. Construite au XVIe siècle, en pleine période ottomane, par un célèbre architecte pour le sultan Soliman le Magnifique, cette mosquée est la plus grande d’Istanbul avec ses quatre minarets, et se trouve sur une colline qui surplombe le détroit du Bosphore et le port naturel de la Corne d’Or. Une autre des superbes mosquées de la ville, la mosquée Bleue, peut aussi être aperçue pendant la poursuite finale sur les toits d’Istanbul.
Lloyd Phillips déclare : « Je pensais que la permission de filmer la mosquée Süleymaniye allait être la plus difficile à obtenir, mais les Imams nous ont apporté tout leur soutien. Ils voulaient faire connaître Istanbul et la Turquie, et comme notre scénario n’avait pour eux rien de répréhensible ils nous ont ouvert les portes de la mosquée. « Istanbul nous a fourni un décor fantastique pour le final du film. C’est une des villes les plus fascinantes du monde et aussi une des plus chaotiques, mais ce chaos apporte quelque chose de viscéral et très excitant que, je crois, nous avons réussi à capter. C’était une excellente façon de commencer le tournage de ce film. Cela a été une expérience très intense et complètement folle, mais j’adorerais y revenir pour un autre film. »
Tom Tykwer déclare : « Istanbul est une des villes qu’on voit le moins souvent au cinéma, c’est dommage quand on considère sa beauté et sa diversité. C’est un endroit très déroutant parce qu’elle mélange de nombreux styles, mais c’est une ville que j’adore. On pourrait y tourner tout un film, et même plusieurs. Je suis vraiment très heureux qu’Istanbul soit la ville dans laquelle se termine le film. »
Berlin
Les spectateurs découvrent Louis Salinger pour la première fois dans le décor ultramoderne de la nouvelle gare centrale de Berlin, la Berlin Hauptbanhof, qui apparaît pour la première fois au cinéma.
Tom Tykwer voulait un bâtiment emblématique pour ouvrir le film et installer immédiatement l’architecture comme un élément sous-jacent de l’histoire.
Le réalisateur explique : « Le film porte un regard sur le rôle de l’architecture dans notre vie et sur son influence sur nos émotions. L’architecture moderne et coûteuse a changé le visage de beaucoup de grandes villes. C’est un style très intéressant, qui semble écartelé entre la clarté et la transparence que veulent exprimer ses lignes et une certaine difficulté à être lue et comprise. Je voulais explorer cette contradiction parce qu’elle est au centre de notre société moderne, en particulier dans le monde des banques que décrit le film. »
Inaugurée en 2006 après huit ans de travaux, la Berlin Hauptbanhof est la plus grande gare d’Europe. Construite près de l’endroit où le mur de Berlin divisait autrefois la capitale, cette structure gigantesque recouverte d’un toit de verre se trouve aussi à proximité des bâtiments du Parlement du Reichstag et de la Chancellerie. A son inauguration, la Chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que la transparence et la clarté de cette nouvelle gare étaient le symbole d’un pays moderne ouvert sur le reste du monde. Si la transparence est une qualité à laquelle les grandes entreprises et le monde de la finance aiment prétendre, le film montre qu’ils sont au contraire d’une opacité impénétrable.
Tom Tykwer note : « Le visage ouvert et accueillant de toutes ces sociétés n’est en fait qu’un masque, et je trouve que l’architecture moderne reflète ce mensonge. Elle utilise le verre pour donner une impression de transparence, mais elle utilise aussi beaucoup le béton, le matériau le plus solide derrière lequel on puisse se cacher. De l’extérieur, la gare centrale a l’air transparente et très simple, mais à l’intérieur c’est un labyrinthe sur plusieurs niveaux raccordés entre eux par des escalators. Il y a donc un mystère et une complexité qu’on ne voit pas de l’extérieur. »
Traversés par la rivière Spree, les bâtiments du gouvernement qui se trouvent à proximité font aussi leur première apparition au cinéma et sont, dans l’ombre du Reichstag, construits eux aussi en grande partie en verre et en béton.
Tom Tykwer explique : « Je trouvais que c’était un espace fantastique pour introduire Salinger. Tous ces bâtiments donnent le sentiment d’être pris au piège de la modernité et du progrès, et filmés de nuit, ils paraissent très étranges. En même temps, c’est un espace tellement immense qu’on a l’impression qu’on peut s’en échapper. Tout cela crée un sentiment d’insécurité que le film s’efforce d’illustrer : il y a une grande visibilité, mais on ne sait jamais si ce qui vient vers vous est amical ou dangereux. »
Pour les scènes qui se déroulent dans le musée Guggenheim, les décorateurs ont construit les deux plus gros décors du film dans une rotonde ferroviaire désaffectée de Berlin. Il était bien sûr impossible de tourner une fusillade dans le vrai musée en raison des dégâts que cela aurait pu occasionner. De plus, les expositions du Guggenheim étant permanentes, le musée n’aurait pas pu fermer suffisamment longtemps pour tourner une scène aussi compliquée. Pour les cinéastes, le défi était donc de trouver un lieu assez grand pour recréer la rotonde du musée. Il n’existait pas de studio suffisamment grand en Allemagne pour accueillir un tel décor. Après plusieurs semaines de recherches infructueuses, le chef décorateur eut l’idée, sur un coup de tête, de prendre les mesures de la rotonde ferroviaire en ruine qu’il apercevait depuis la fenêtre de son bureau. Par chance, les dimensions de l’édifice correspondaient.
Fans de
Tom Tykwer, les administrateurs du Guggenheim ont accepté que le musée soit dupliqué et ont fourni aux cinéastes des dessins très précis des salles et un logiciel informatique contenant une représentation en trois dimensions de l’édifice. Bettina Lessnig a passé une année à traduire toutes ces données sous forme exploitable pour construire les décors, en tant que superviseur architectural du musée Guggenheim. Seize semaines ont été nécessaires pour construire la réplique du musée.
Des plans détaillés et des dessins originaux du chef-d’œuvre de Frank Lloyd Wright ont été minutieusement étudiés par le département artistique sous la direction de la directrice artistique Sarah Horton et du chef décorateur
Uli Hanisch. Ce dernier se souvient : « Avant même de commencer à construire, il a fallu remettre des tuiles sur le toit, poser de l’asphalte sur le sol, constitué de sable, combler tous les trous, remplacer les fenêtres cassées et transformer cet espace gigantesque en un studio de fortune. »
Tom Tykwer raconte : « Comme le musée Guggenheim est très haut, nous avons été obligés de tourner la séquence en deux fois. Nous avons d’abord filmé dans un décor qui allait du troisième au septième étage, puis nous l’avons démonté pour construire la portion allant du rez-de-chaussée au troisième étage. La première et la deuxième équipe se sont relayées vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour tourner la première partie en quatre semaines et la seconde en deux semaines et demie.
Nous avons passé six semaines à tourner une séquence qui fait au final un peu moins de quinze minutes. »
Tous ceux qui ont visité le décor ont été frappés par sa fidélité avec l’original. Sarah Horton et le chef constructeur Dierk Grahlow avaient conçu une structure en échafaudage complexe avec un système suspendu dans lequel des sections de la rampe reposaient sur des câbles tendus entre d’énormes blocs de béton placés sur le pourtour de la rotonde.
Uli Hanisch explique : « Le musée Guggenheim de New York est un des bâtiments modernes les plus incroyables du monde. Il est très difficile à recréer parce que ses étages sont des terrasses autoportées formant une grande spirale. Par respect pour cet édifice, nous l’avons reproduit à l’identique, nous avons juste simplifié notre décor en ne construisant pas les ailes de la rotonde parce que nous n’en avions pas besoin.
Il a fallut seize années pour dessiner et construire le véritable musée Guggenheim, et pour ce film nous ne disposions que de seize semaines. »
Tom Tykwer plaisante : « Plusieurs fois, nous avons pensé rebaptiser le film « Le Guggenheim » à cause de l’organisation et de la quantité d’énergie et de travail qu’a demandé cette séquence. Comme il n’y a pas un seul angle droit dans ce bâtiment, toutes les courbes et tous les angles ont dû être faits à la main. Cela nous a aussi posé de nombreux problèmes techniques par la suite, pendant le tournage. » Trouver des œuvres à exposer dans la réplique du Guggenheim a été une autre aventure. Grâce au conservateur du musée d’art contemporain Hamburger Bahnhof,
Tom Tykwer a rencontré un artiste allemand qui utilise la vidéo dans ses œuvres. Le réalisateur raconte : « Mon objectif était de faire un film contemporain à la fois par son sujet et par son apparence, et l’art vidéo est devenu ces dernières années une forme d’art majeure. »
L’artiste vidéaste Julian Rosenfeldt a saisi la chance de participer au film de
Tom Tykwer en projetant ses œuvres vidéo dans le musée.
Julian Rosenfeldt explique : « On voit dans le film une rétrospective fictive de mon travail composée d’œuvres existantes exposées le long de la rampe, et d’une œuvre nouvelle créée à cette occasion qui est suspendue au centre de la rotonde. J’ai appelé cette pièce en quinze panneaux « The Opening » parce qu’elle est en quelque sorte la première de cette exposition. »
Les cinéastes ont aussi filmé dans un véritable musée, la Alte Nationalgalerie de Berlin. Fait sans précédent, le musée a permis aux cinéastes de tourner dans une de ses salles pleines d’œuvres d’art inestimables. Plus étonnant encore, les responsables du musée ont accepté de déplacer plusieurs tableaux pour permettre aux personnages de Wexler et du Consultant de tenir leur rencontre secrète en face du tableau d’Arnold Böcklin « The Crying at the Cross ». Ce peintre symboliste suisse du XIXe siècle est aussi l’auteur d’un autre chef-d’œuvre, « L’Ile des morts », qui figure aussi dans cette scène. Seules trente personnes étaient autorisées à entrer dans la pièce en même temps pour ne pas modifier sa température et endommager les peintures.
Wolfsburg/Autostadt
Wolfsburg est une ville récente située à l’ouest de Berlin. Elle fut construite par les Nazis pour les ouvriers des usines Volkswagen. Depuis l’ouverture d’Autostadt en 2000, le parc à thème et centre de livraison de la marque, et du Centre des sciences Phaeno en 2005, la ville est visitée chaque année par des millions de touristes et de passionnés d’architecture.
Ces sites architecturaux importants ont respectivement servi de décor pour la banque IBBC et le siège de la société Calvini. L’équipe a passé deux jours à filmer des extérieurs à Wolfsburg, mais organiser et obtenir les autorisations de tournage a demandé plusieurs mois de travail à
Lloyd Phillips.
Le chef décorateur
Uli Hanisch a visité Wolfsburg pendant la préproduction. Il raconte : « Autostadt est un endroit hors du commun, l’architecture ultramoderne de ses pavillons en fait un environnement fascinant. L’intérieur gigantesque du bâtiment KonzernWelt et sa façade sont en eux-mêmes absolument remarquables, mais la relation qu’ils établissent avec le parc à thème qui se trouve derrière apporte quelque chose de presque surnaturel. Le choix de cet endroit a vraiment été guidé par l’image que nous voulions donner de l’IBBC. »
Autostadt est un parc à thème appartenant au groupe Volkswagen où les clients viennent acheter ses derniers modèles et visiter les sept pavillons dédiés à ses marques. Reliées au centre de distribution par un tunnel souterrain automatique géré par ordinateur, les Tours de Voitures du site sont d’impressionnantes structures circulaires de verre hautes de 47 mètres qui peuvent chacune accueillir 400 voitures tout juste sorties des chaînes de montage.
Le président-directeur général d’Autostadt, le Dr. Otto Wachs, n’avait encore jamais permis à une équipe de cinéma de filmer à l’intérieur de l’une de ces tours dont les superbes baies vitrées ouvrantes sont les plus grandes du monde.
Uli Hanisch raconte : « A travers les décors, nous avons joué avec l’idée de transparence dans les affaires. Une banque comme l’IBBC exerce de nombreuses activités criminelles, et pourtant elle prétend être une société ouverte, accueillante et sympathique. Le verre est transparent mais il peut aussi renvoyer le reflet d’une image et nous avons joué avec ce paradoxe sur le plan thématique et sur le plan visuel avec la caméra. » Près de la gare de Wolfsburg et derrière le canal Mittelland qui borde Autostadt se trouve un édifice étrange construit par l’architecte basée à Londres Zaha Hadid, le musée Phaeno. En plus d’être le plus grand musée des sciences interactif d’Allemagne, il abrite plusieurs expositions et œuvres d’arts de commande. Le style novateur du bâtiment a été conçu pour être « un paysage d’aventure, un lieu de rendez-vous futuriste pour un voyage de découverte ». Cette étonnante structure de béton a été décrite comme « une œuvre architecturale hypnotique, le genre d’édifice qui transforme complètement notre vision du futur ». Le musée a servi de décor pour le siège de la société de la famille Calvini.

Milan
Fin novembre, au tout début de l’hiver, les cinéastes ont dit adieu à Berlin et ont fait leurs valises pour Milan, une des plus grandes villes d’Italie. Toute l’équipe s’est installée pendant les trois semaines de tournage dans l’hôtel Le Méridien Gallia qui se trouve sur la Piazza Duca D’Aosta. La magnifique façade de l’hôtel, ouvert en 1932, est de style Art Nouveau, et son hall d’entrée gigantesque, son toit et son entrée de service ont servi de décors au film.
L’enquête de Whitman et Salinger les entraîne à Milan, où ils pensent pouvoir obtenir des indices compromettants d’un homme d’affaires italien en concurrence pour un poste au gouvernement. Sur la même place que l’hôtel se trouve l’imposante gare centrale de la ville, la Stazione Centrale di Milano. Sous Mussolini, l’édifice a été transformé pour le rendre plus grandiose lorsque le dictateur a voulut exprimer à travers son architecture la puissance du régime fasciste. Avec sa façade large de 200 mètres et sa voûte de 70 mètres de haut, les dimensions de la gare battaient tous les records lorsqu’elle fut inaugurée en 1931. Elle n’a pas vraiment de style architectural bien défini, mais elle en mélange plusieurs, notamment les styles Liberty et Art Déco.
Un autre édifice dispute à la gare centrale le titre de bâtiment le plus important de la Piazza Duca D’Aosta, l’immeuble Pirelli. Conçu par Gio Ponti en 1950, cet élégant gratte-ciel est, du haut de ses 127 mètres, le plus grand immeuble de Milan. Abritant actuellement les bureaux de la Région de Lombardie, cette structure moderniste se juxtapose à l’architecture classique environnante, une thématique visuelle qui se retrouve tout au long du film.
Tom Tykwer explique : « Milan joue un rôle de transition entre Berlin et New York parce qu’elle possède les caractéristiques architecturales de l’Ancien et du Nouveau Monde. » L’arrivée de l’équipe du film dans la ville a été un événement. N’étant pas habitués à voir le tournage d’un film de grande ampleur, les Milanais ont chaleureusement accueilli les acteurs et toute l’équipe et fourni tout le soutien logistique nécessaire.
Avec l’autorisation du maire de Milan, Letizia Moratti, 800 figurants ont été engagés pour une scène sur la Piazza filmée par plusieurs caméras, dont une dans un hélicoptère qui survolait la place. Le gouverneur de Lombardie, Roberto Formigoni, a aussi autorisé le tournage du film au 31e et dernier étage de l’immeuble Pirelli qui a servi de décor pour le quartier général politique d’Umberto Calvini, joué par l’acteur italien
Luca Barbareschi. Bien qu’il n’ait jamais vu ces lieux de ses propres yeux, les descriptions faites par
Eric Singer dans son scénario étaient d’une rare précision. Le producteur
Richard Suckle raconte : « Il donnait le sentiment d’avoir passé énormément de temps à Milan parce qu’il y avait dans ses descriptions un soin du détail incroyable. Il a fait des recherches très méticuleuses et grâce à cela, nous avons pu filmer exactement ce qui était écrit dans le scénario. Eric a choisi ces endroits parce qu’ils étaient proches les uns des autres, mais aussi et surtout parce qu’ils étaient tous liés entre eux sur le plan narratif. »
New York
Les acteurs et toute l’équipe ont travaillé à un rythme infernal pour boucler le planning de tournage des extérieurs à New York : tout devait en effet rentrer sur une seule semaine.
Tom Tykwer confie : « La façon dont nous avons filmé à New York était à l’opposé de ce que nous avons fait à Berlin. C’est une ville que je connaissais à travers les films. Contrairement à Berlin, je voulais la montrer sous un jour presque nostalgique, comme un lieu où l’on trouve encore des traces d’une culture qui a disparu dans d’autres endroits du monde. »
Une des difficultés majeures du tournage à New York a été de filmer le vrai musée Guggenheim de l’intérieur et de l’extérieur en une journée seulement.
Bien que le début et la fin de la séquence aient été filmés un dimanche après-midi, l’entrée et la sortie de
Clive Owen complètement ensanglanté dans le musée n’a pas manqué d’attirer une foule de paparazzis et de badauds. La façade du musée étant à l’époque du tournage en cours de rénovation, les échafaudages qui la recouvraient ont ensuite été retirés numériquement durant la postproduction.
Lloyd Phillips se souvient : « C’était le cinquantième anniversaire du Guggenheim et des dizaines de millions de dollars ont été dépensés pour le restaurer. Son personnel a donc trouvé très drôle l’idée d’autoriser une équipe de cinéma à venir tourner une séquence dans laquelle il est à moitié détruit. »
Ne disposant que d’une journée pour filmer les plans larges nécessaires pour compléter le travail déjà fait à Berlin, les cinéastes ont passé seize heures dans le musée.
Tom Tykwer et son équipe ont accompli une véritable prouesse en déplaçant à l’intérieur et à l’extérieur du musée une énorme grue, en plaçant des centaines de figurants et en passant sans cesse d’une rampe à une autre.
Durant cette semaine à New York, les cinéastes ont aussi filmé dans le district de Brooklyn où habite Whitman, à Central Park avec un Salinger couvert de sang, et dans les rues de Manhattan où il repère et poursuit le Consultant jusqu’au musée Guggenheim.
Tom Tykwer explique : « Cette poursuite à travers New York est inspirée de
French Connection. Ce film m’a beaucoup influencé et a été un des premiers auxquels nous avons fait référence, Eric Warren Singer,
Charles Roven,
Richard Suckle et moi quand nous avons commencé à parler de
L'Enquête - The International. »