Vous avez mis sept ans à monter LA FAUTE A VOLTAIRE. Est-ce que la sortie de ce premier long-métrage vous a facilité la préparation de L’ESQUIVE ?
Absolument pas ! L’ESQUIVE s’est monté sans aucune aide financière, ou subvention quelconque ; et par un concours de circonstances plutôt inattendu.
Après LA FAUTE A VOLTAIRE, je voulais monter un autre film, une histoire de famille arabe dans le Midi de la France, un projet qui me tenait à cœur, mais pour lequel je ne trouvais pas de financement.
L’ESQUIVE était, en fait, un projet que j’avais essayé de monter bien avant LA FAUTE A VOLTAIRE, en 1993-94 ; et, à l’époque, aucune chaîne de télé, aucun producteur n’y croyait. Je crois que le scénario a, paradoxalement, souffert de ce que je voulais défendre : un autre regard sur la cité. On a fait une telle stigmatisation des quartiers populaires de banlieue, qu’il est devenu quasiment révolutionnaire d’y situer une action quelconque, sans qu’il y soit question de tournantes, de drogue, de file voilées ou de mariages forcés. Moi, j’avais envie d’entendre parler d’amour et de théâtre, pour changer.
Et c’est justement ce qui a intéressé, des années plus tard,
Jacques Ouaniche, le producteur.
Qu’est-ce qui, dans le texte de Marivaux, a nourri la genèse du scénario ?
D’une part, cet attachement si particulier à traiter avec finesse des sentiments humains, dans ce qu’ils ont à la fois de complexe et d’universel ; et d’autre part, la place accordée aux "petites gens". Chez Marivaux, les valets, les soubrettes, les paysans, les orphelins tiennent non seulement des rôles à part entière dans l’intrigue, mais il leur prête également une vie intime, une intériorité, des sentiments nuancés.
A côté du texte de Marivaux, il y a aussi votre travail sur le langage des cités qu’on perçoit à la fois dans sa violence et dans son mode de communication, d’échange finalement ordinaire sous le vernis agressif.
Effectivement, je voulais démystifier cette agressivité verbale, et la faire apparaître dans sa dimension véritable de code de communication. Une sorte d’agressivité de façade, qui cache bien souvent une certaine pudeur, et même parfois une véritable fragilité, plus qu’une violence à proprement parler.