Notes de Prod. : L'Homme de chevet

Entretien avec Sophie Marceau, actrice dans L'Homme de chevet

Qu’est-ce qui vous a séduite dans L'Homme de chevet ?

Sophie Marceau : Le scénario, même si je n’étais pas a priori très emballée par l’idée de le lire. Alain nous le destinait à Christophe et à moi. Et je me suis d’abord méfiée. Si je ne m’étais pas retrouvée coincée dans un avion, peut- être aurais-je mis un certain temps à l’ouvrir. Seulement voilà, il nous était adressé par un copain de Christophe. Dès que je l’ai entamé, je n’ai plus pu m’en détacher. Les larmes me montaient aux yeux. Je me planquais pour que personne ne me voie pleurer. Ensuite, il y a eu la rencontre avec Alain, si honnête intellectuellement et si posé. J’ai eu immédiatement envie de lui octroyer ma confiance. Moi, j’aime faire confiance aux gens.

Connaissiez-vous le roman de Eric Holder ?

Absolument pas. Mais je juge toujours intéressant de «sentir» la vision d’un réalisateur à la source. Lire le bouquin m’aurait plus troublée qu’autre chose. Maintenant que j’ai tourné L'Homme de chevet, je le ferai peut-être.

Comment appréhendiez-vous Muriel ?

C’est une femme de tête brisée dans sa chair. Je l’imaginais avant son accident comme une cavalière sur son cheval, la tête au vent. Je la sentais dans un tourbillon de vie, faite pour le rire, gracile, légère. Muriel n’a peur de rien. Elle a fait des études. Elle vient d’un milieu aisé. Et se retrouve soudain, clouée dans un lit. Son corps pèse, ce que dit très bien le texte final de Francis Ponge. La voici soudain lourde, terrienne. Elle se défend avec sa causticité, mais cette causticité provient de sa colère. Les malades ne prennent pas de gants. Ils disent souvent les choses de manière très directe et très provocatrice puisqu’il ne leur reste rien. Ils ne peuvent plus croiser les jambes élégamment. Ni marcher ou tourner sur eux-mêmes. Seuls demeurent... les mots d’esprit. J’éprouvais beaucoup de peine pour Muriel. Je ressentais une profonde tristesse, qui a finalement servi le personnage.

En quoi, votre travail préalable a-t-il consisté ?

La question de départ était la suivante : devions-nous être cliniquement «justes», sur les percussions, notamment ? Alain m’a tout de suite précisé qu’il ne tournait pas un documentaire hospitalier et que restituer l’esprit de l’infirmité suffirait. J’ai donc visionné pas mal de films sur différentes tétraplégies puisque chacun est tétraplégique «à sa façon», si j’ose dire. Et puis, j’ai rencontré une jeune femme. Je la trouvais belle, rigolote, insolente et surtout, douée d’une volonté de fer. Pendant plusieurs semaines, elle avait gardé la tête attachée à un poids pour la remettre en place sur sa colonne vertébrale. Aujourd’hui, elle réussit à marcher.

Muriel a sa tête, Léo son corps...

Oui, et c’est d’ailleurs toute la parabole de L'Homme de chevet. Léo a cassé sa tête. Il l’a bousillée à force de se prendre des coups de poings dans la gueule. Il s’est détruit, ce qui dénote sans doute une certaine faiblesse. Il a envie d’en finir. Muriel ressent probablement la même chose, bien que ce soit plus difficile pour elle de s’y résoudre. La souffrance physique ne lui fait pas peur. Et puis, elle a la littérature. Plus que se compléter, ces personnages sont réunis par un but identique : partir ensemble. Muriel sait qu’il va se passer quelque chose. Qu’est-ce que cet homme fiche là ? Il semble tellement incongru. Un homme qui vous lave... c’est extrêmement humiliant, tout de même. Mais elle a dépassé ce stade. Elle voit dans cette rencontre l’occasion de reprendre un peu vie. Léo, de son côté, se dit qu’il y a plus malheureux que lui. Un fragile équilibre se crée donc entre les personnages.

D’autant qu’ils sont ailleurs...

Oui, dans un pays étranger et dans une langue qui n’est pas la leur. À Carthagène, il y avait cette chaleur qui se plaquait contre vous. Cette sensualité bien présente. Ces fleurs, ces fruits, ces maisons ouvertes sur la mer...

Redoutiez-vous le regard qu’Alain porterait sur votre corps ?

Non. Et je ne l’ai jamais craint. Vous savez, au cinéma, j’ai uniquement un problème avec mon corps lorsqu’on me demande d’en jouer comme d’un objet sexuel. Ici, j’avais la certitude que rien ne serait «crade» puisque je sais Alain encore plus pudique que moi. Les scènes de percussions l’inquiétaient. Et je le comprends. C’est d’une telle violence... Il ne fallait pas non plus rendre le truc lyrique ou l’esthétiser. D’ailleurs il s’en est bien gardé. Le plus difficile, au fond, consistait à rester allongée toute la journée. Mon corps se tendait. J’avais mal partout. Bon, cela dit, il n’y a aucune «performance» physique dans le film. Ou, mettons que la seule performance revienne à ne pas bouger. Ne pas pouvoir se servir de son corps peut engendrer une frustration. Mais, c’est la loi du rôle. Et de L'Homme de chevet.

Pour vous, qui est Lucia ?

Un personnage absolument magnifique. Mais aussi le contraire de Muriel et Léo. Lucia fait preuve d’une grande lâcheté. Elle ne possède pas la volonté de Muriel. Et elle n’a abouti à rien. Dans une existence «normale», il me semble que Lucia se plaindrait tout le temps. Mais elle s’occupe de son amie, ça la rachète, en quelque sorte. Elle prouve qu’elle a une âme plus «fine» qu’on ne pouvait d’abord le penser. Lucia est heureusement là pour Muriel.

Le fait de former un vrai couple avec Christophe dans la vie vous a-t-il aidée sur le tournage ?

Être ensemble et partager le même projet ne présentent que des avantages. Le jeu d’acteur se
trouve sans doute amplifié par notre relation. En même temps, la création d’un personnage est quelque chose d’assez solitaire et d’égocentrique. On peut nouer des compromis dans la vie. Pas au cinéma, où c’est au fond chacun pour soi. On joue, on se regarde, on communique et la sauce prend ou ne prend pas. Je connais Christophe en tant qu’acteur pour l’avoir dirigé, une fois. Mais dans L'Homme de chevet, j’étais uniquement sa partenaire, je devais donc être capable de me laisser surprendre. De répondre à l’inattendu.

Comment décririez-vous Alain ?

C’est un réalisateur pudique, je le répète. Et peut-être encore davantage avec les femmes qu’avec les hommes. Je le soupçonnais d’être moins à l’aise avec moi qu’avec Christophe... De toute façon, moi, je m’adapte. Le personnage me semblait parfaitement dessiné. Il n’y avait presque rien à trouver. Il fallait simplement se contenter d’être juste. Ah si ! J’aurais parfois pu être tentée d’essayer quelques variantes sur l’humour. Mais Alain avait un peu peur. Muriel reste donc un personnage sérieux. Cela dit, peut-être, avait-il raison d’épurer. C’est d’ailleurs aussi, de cette façon, qu’Alain et la monteuse ont trouvé la synthèse de L'Homme de chevet.

Entretien avec Alain Monne, réalisateur de L’Homme de chevet

Quand avez-vous découvert «L’homme de chevet» de Eric Holder ?

Alain Monne : En 1995. Eric Holder est un ami d’enfance. Nous allions au lycée ensemble. Et je lis tous ses romans. «L’homme de chevet» - rencontre d’un corps cassé sur une tête saine (Muriel) et d’une tête cassée sur un corps sain (Léo) - m’est tout de suite apparu comme une histoire d’amour très originale et remarquablement écrite. Je travaillais alors sur un film à Carthagène, en Colombie. La petite musique du livre me tournait dans la tête. Bref, je me trouvais sur ce qui est devenu le balcon de Muriel, lorsque j’ai eu l’intuition de réunir la trame de L’Homme de chevet et la Colombie. Cette histoire-là et ce pays.

Entretien avec Christophe Lambert, acteur dans L'Homme de chevet

Comment avez-vous rencontré le projet de L’homme de chevet ?

Christophe Lambert : Par une suite de coïncidences. Alain a croisé au cours d’un séminaire d’écriture un ami commun réalisateur. Cet ami m’a apporté les deux scénarios qu’Alain destinait à Sophie et moi. Je raconte l’histoire à Sophie et nous prenons l’avion pour nous rendre à New-York. Elle lit le script et finit en larmes. Le projet nous semblait tirer vers le côté positif de la vie. Quels que soient les paramètres mentaux ou physiques, l’amour y circulait.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 648 entrées
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