Notes de Prod. : L'Homme de chevet

Entretien avec Christophe Lambert, acteur dans L'Homme de chevet

Comment avez-vous rencontré le projet de L’homme de chevet ?

Christophe Lambert : Par une suite de coïncidences. Alain a croisé au cours d’un séminaire d’écriture un ami commun réalisateur. Cet ami m’a apporté les deux scénarios qu’Alain destinait à Sophie et moi. Je raconte l’histoire à Sophie et nous prenons l’avion pour nous rendre à New-York. Elle lit le script et finit en larmes. Le projet nous semblait tirer vers le côté positif de la vie. Quels que soient les paramètres mentaux ou physiques, l’amour y circulait.

Le fait que vous formiez un «vrai» couple a-t-il joué ?

Je ne le crois pas du tout. Depuis La Disparue De Deauville, que je persiste et persisterai à appeler Trivial, nous ne cherchons pas systématiquement à tourner ensemble. Sophie fait ses longs métrages. Moi, les miens. Bien sûr, ce que nous pouvons vivre en commun amène de la souplesse. Posséder une telle connaissance de l’actrice qu’on a en face de soi rend les choses plus douces. Ça pousse à se dépasser. À ne pas utiliser uniquement ce qu’on a et ce qu’on est. On espère être le meilleur possible. On ne veut pas décevoir la personne qu’on aime. Mais, du coup, on marche sur un fil. Il ne faut pas que les comédiens que nous sommes basculent trop vite dans l’histoire d’amour. Alain me disait : «Ne regarde pas Sophie, comme ça, dès le début, car on perçoit tout de suite que tu éprouves des sentiments pour elle.» Moi, je peux céder assez vite à la facilité. Mais Alain veillait au grain. Il nous suggérait d’ailleurs plus de corrections, que de directions. Il portait littéralement le scénario en lui. Il savait tout des personnages, de leur dégaine, de leurs costumes et des couleurs de L’homme de chevet.

Comment ressentiez-vous Léo ?

Comme un mec qui s’est laissé aller. Léo a connu la gloire. Mais aussi les grands poncifs qui l’accompagnent : les femmes et l’alcool. Léo n’avait pas, au fond de lui, la force mentale nécessaire pour résister. Il n’a pas trouvé non plus d’épaule sur laquelle s’appuyer. Il s’est enfoncé dans la destruction. Il a honte de demander de l’aide. Honte de sa déchéance. Muriel, qui ne peut cacher son infirmité, lui rend en quelque sorte sa dignité. Elle est alitée, n’a plus que sa jolie tête puisqu’elle est désormais incapable de compter sur son corps. Lui, c’est l’inverse. Mais, ensemble, ils ont une chance de s’en sortir. Lorsque Rodrigo, son ancien manager, lui fait remarquer : «c’est dur», il demande : «pour qui ?» Muriel qui menait une existence active, indépendante et excitante, a tout perdu, même si elle est encore vive, rapide, sarcastique. Léo est en train de foutre sa vie en l’air. Il comprend qu’il doit se secouer. Qu’il n’est plus question de se laisser égoïstement sombrer.

Cette prise de conscience le pousse, d’ailleurs, à venir en aide aux autres...

Grâce à Muriel, il retrouve des motivations. Et cela lui permet, par exemple, de regarder Lina, la petite boxeuse, qu’il sait avoir la capacité de faire gagner. Muriel prétend qu’il faut quatre personnes pour la porter ? Léo rétorque : «faites-moi confiance.» Autrement dit, donnez-moi une chance de vous prouver le contraire. Je préfère encore me tuer que de vous laisser tomber. Il est possible de se promener, d’admirer un coucher de soleil, de s’amuser. Muriel et Léo jouent. Lorsqu’il lui fait la surprise de l’emmener sur la terrasse pour ouvrir une boîte à parfums, elle doit payer pour voir. Oui, elle doit faire un effort pour avoir droit à la surprise. Et ça aiguise sa curiosité. La vie nous cadenasse tous dans des carcans et des inhibitions. L’alcool ou les paradis artificiels nous font perdre le respect de nous-mêmes et des autres. Muriel a peur du regard des autres. Mais Léo se planque, lui aussi, dans sa petite chambre obscure pour descendre sa bouteille d’alcool.

Vous êtes-vous préparé physiquement à endosser ce rôle ?

Vingt ans se sont écoulés depuis la «grandeur» de Léo. Il est trop tard pour être Rocky, il n’en a plus la condition physique. Il suffisait donc que l’on sente les automatismes et les restes. Je me suis contenté de hanter quelques salles de boxe.

Aviez-vous lu le roman initial ?

Oui, et je l’ai trouvé extrêmement bien écrit. Mais Alain a aussi réussi un formidable travail d’adaptation. Délocaliser l’action à Carthagène me semble, par exemple, une «vraie» idée visuelle. Je connais bien l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Est-ce que la misère y est plus douce qu’ailleurs ? Je l’ignore. Mais je n’ai jamais vu, dans la rue, quelqu’un qui n’avait pas le sourire. La dignité des Colombiens force le respect.

L’homme de chevet s’attache à restituer des sensations, comme le sourire sur le visage de Muriel quand l’air marin vient lui caresser le visage...

C’est vrai, mais tout reste très pudique, à l’image d’Alain. Il ne tombe jamais dans le pathos, le romantisme surligné ou le mélodrame. À partir du moment où l’on se situe sur la bonne ligne, il ne va pas en rajouter. Muriel et Léo se trouvent. Ils n’ont que l’amour mental puisque l’amour physique leur est interdit. Cela n’empêche ni les regards, ni les caresses. Il émane donc du film une énorme tendresse. Il est touchant, sensible et drôle.

Muriel a un certain nombre d’exigences...

Bien sûr, puisqu’à part lire et regarder la télé – où les programmes n’ont pas l’air bien terribles, si je puis me permettre – elle n’a pas grand-chose. Alors, oui, sans doute que les repas deviennent importants pour quelqu’un qui ne peut plus rien ressentir. Muriel entend que les petits plaisirs qui lui restent touchent à la perfection.

La lecture lui permet de s’évader...

Oui, mais c’est Léo qui, en la forçant à sortir de la maison, lui apporte la véritable évasion. Il lui propose de mettre ses livres de côté et de rêver ensemble. De revoir la forêt, les gens, la mer... Muriel redoute de retourner dans la vraie vie. Ma mère s’occupait d’enfants mentalement déficients. Je me souviens ... Je me souviens que le regard des autres dérange. Léo ne la considère pas comme quelqu’un de différent. Et puisque lui aussi est «handicapé», ils se retrouvent sur un pied d’égalité.

D’une façon plus large, êtes-vous en train de changer de registre ?

J’ai fait beaucoup de cinéma d’action et de genre. J’ai aujourd’hui envie de rôles construits et écrits comme ceux de L'Homme de chevet ou de White Material, le prochain Claire Denis. Un bon scénario ne suffit pas à faire un bon film. La patte du metteur en scène compte aussi. J’essaie de faire plus attention à ça.

Entretien avec Sophie Marceau, actrice dans L'Homme de chevet

Qu’est-ce qui vous a séduite dans L'Homme de chevet ?

Sophie Marceau : Le scénario, même si je n’étais pas a priori très emballée par l’idée de le lire. Alain nous le destinait à Christophe et à moi. Et je me suis d’abord méfiée. Si je ne m’étais pas retrouvée coincée dans un avion, peut- être aurais-je mis un certain temps à l’ouvrir. Seulement voilà, il nous était adressé par un copain de Christophe. Dès que je l’ai entamé, je n’ai plus pu m’en détacher. Les larmes me montaient aux yeux. Je me planquais pour que personne ne me voie pleurer. Ensuite, il y a eu la rencontre avec Alain, si honnête intellectuellement et si posé. J’ai eu immédiatement envie de lui octroyer ma confiance. Moi, j’aime faire confiance aux gens.

Entretien avec Alain Monne, réalisateur de L’Homme de chevet

Quand avez-vous découvert «L’homme de chevet» de Eric Holder ?

Alain Monne : En 1995. Eric Holder est un ami d’enfance. Nous allions au lycée ensemble. Et je lis tous ses romans. «L’homme de chevet» - rencontre d’un corps cassé sur une tête saine (Muriel) et d’une tête cassée sur un corps sain (Léo) - m’est tout de suite apparu comme une histoire d’amour très originale et remarquablement écrite. Je travaillais alors sur un film à Carthagène, en Colombie. La petite musique du livre me tournait dans la tête. Bref, je me trouvais sur ce qui est devenu le balcon de Muriel, lorsque j’ai eu l’intuition de réunir la trame de L’Homme de chevet et la Colombie. Cette histoire-là et ce pays.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 648 entrées
  • 1er jour IDF : 3 186 entrées
  • 1ère semaine IDF : 24 346 entrées
  • Cumul IDF : 39 192 entrées

  • 1ère semaine France : 114 463 entrées
  • Cumul France : 221 741 entrées