Notes de Prod. : L'Homme qui rit

    en salle le 26 Décembre 2012

Du livre à l’écran, la réalisation d’un rêve d’enfant

En novembre 1971 était diffusé à la télévision française un feuilleton, en trois épisodes, tiré du célèbre roman de Victor Hugo L’Homme qui rit. parmi les nombreux téléspectateurs captivés par cette adaptation de Jean Kerchbron se trouvait un petit garçon de dix ans. Et pas n’importe quel petit garçon, puisqu’il deviendrait plus tard réalisateur à son tour : Jean-pierre Améris.
« Ça m’avait beaucoup impressionné », se souvient-il. « Ça m’avait même un petit peu traumatisé ». Cinq ou six ans plus tard, il a lu le roman. « Il m’a absolument bouleversé. J’étais très complexé par ma taille. Je faisais deux mètres de haut. Donc j’étais attiré par les histoires de monstres, que ce soit au cinéma ou dans la littérature. Je m’identifiais à chacun d’eux – Elephant Man, Frankenstein... ».
Aussi, Jean-pierre Améris n’a jamais oublié le personnage de Gwynplaine, le jeune protagoniste du roman, défiguré dans sa petite enfance, dont le visage est traversé par un horrible sourire scarifié. cette image l’a hanté au point de devenir un rêve de toujours. « Un jour, se disait-il, j’en ferai un film ».
Il aura fallu au réalisateur quelques années, et quelques films, avant d’être en mesure de s’attaquer à Victor Hugo et de creuser dans les racines de ses peurs d’adolescent. « adapter un livre, c’est surtout ne pas l’illustrer. Il faut avoir un parti pris », explique-t-il. « Guillaume Laurant, mon coscénariste, et moi-même ne voulions pas faire une reconstitution historique ».
Le roman se passe dans l’angleterre du XVIIe siècle, mais améris et laurant ont choisi de situer leur histoire dans une époque ou dans un lieu imprécis. Ils voulaient raconter un conte qui aurait pu commencer par « Il était une fois, dans une lointaine contrée... ».
Mais par-dessus tout, c’est l’histoire de Gwynplaine que Jean-pierre améris voulait raconter. Le premier travail des scénaristes a donc consisté à extraire le fil du récit du roman de Victor Hugo, à la fois « baroque, surréaliste, avec de nombreuses digressions philosophiques et historiques ». Ils étaient bien décidés à ne pas perdre de vue Gwynplaine.
« Ce qui me touchait dans cette histoire, c’est que je retrouvais l’adolescent complexé que j’étais à l’époque », reconnaît améris. « Gwynplaine se trouve laid. Il ne comprend pas qu’on puisse l’aimer ou le désirer. Il a un complexe, à la fois physique et d’infériorité sociale. J’ai toujours fait des films sur la différence. c’est quelque chose qui m’a toujours touché. Donc, j’ai voulu faire ressortir le portrait de cet adolescent, dans lequel un jeune d’aujourd’hui pourrait se retrouver ».

Notes de Tournage...


L'œuvre de Victor Hugo s'imprimera une nouvelle fois au cinéma, sous l'impulsion de Jean-pierre Améris. D'après Cineuropa.org, le cinéaste derrière Les Émotifs Anonymes réunira Marc-andré Grondin, Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner et Christa Theret dans un film tiré de L'Homme Qui Rit.

Le grand homme derrière L’Homme qui rit

Victor Hugo a écrit L’Homme qui rit entre 1866 et 1869, durant son exil politique dans les i'îles anglo-normandes. Le roman a déjà été porté à l’écran à trois reprises, mais l’adaptation la plus mémorable reste sans conteste l’époustouflante version muette de Paul Leni, en 1928, avec Conrad Veidt.

Une galerie de personnages écorchés

L’Homme qui rit est le douzième film de Jean-pierre Améris. tous ont en commun de mettre en lumière des exclus ou des « éclopés ». « Je m’identifie à eux », dit-il. « Je fais toujours des films sur les gens que l’on met de côté, pour les placer au centre de l’écran. c’est le sens que ça a, pour moi, de faire du cinéma ». Gwynplaine ne fait pas exception à cette règle.

Des résonances actuelles

« Le génie d’un écrivain comme Victor Hugo, c’est qu’il est absolument intemporel », observe Améris. « Je voulais dégager cette histoire de son cadre historique pour qu’on ne se dise pas, « ah, c’est une histoire du XVIIe siècle, en Angleterre ». Non, cça parle absolument du présent, de l’éternité de l’être humain, qui est fragile, idéaliste, peut se laisser corrompre – pur et impur ».

Un univers créé de toutes pièces

« Pour faire un film, il faut avoir des partis pris forts », insiste Améris. « après le succès des Émotifs Anonymes, tout le monde me disait « mais, refais une comédie ». et moi, j’arrive avec L’homme Qui Rit, qui se termine par un double suicide ! Donc, il faut avoir un désir très fort, une nécessité de faire les choses. et aussi des partis pris ».

L’Amour avec un grand A

Selon Jean-Pierre Améris, « l’histoire entre Gwynplaine et Déa, c’est l’amour absolu ». Ce qui débute comme un amour fraternel se change peu à peu en un amour romantique. « Elle a du désir pour lui, il a du désir pour elle. mais pour Gwynplaine, il y a une espèce d’impossible. Il pense « elle est aveugle, si elle me voyait, elle me trouverait repoussant et elle ne pourrait pas m’aimer ». Il n’arrive pas à dépasser ça. c’est ce qui est la cause de tous leurs problèmes ». alors, Gwynplaine s’autorise des distractions avec la duchesse, qui ne s’intéresse à lui que sur un plan purement charnel. cela plonge Gwynplaine dans un état de confusion émotionnelle et sexuelle. Quand elle en a fini de lui, il se lance dans le monde de la politique, où il se fait à nouveau rejeter, par le parlement cette fois. Finalement, une fois qu’il a tout perdu, Gwynplaine revient à la raison. Il repart sur le champ de foire pour découvrir que ses actes ont brisé le cœur de Déa et qu’ils l’ont conduite à prendre de l’arsenic. tous deux sont réunis l’espace d’un court instant – juste assez long pour qu’ils puissent se déclarer l’un à l’autre leur flamme éternelle. au moment où Déa perd connaissance, Gwynplaine la rejoint dans la mort en sautant dans le fleuve.