En novembre 1971 était diffusé à la télévision française un feuilleton, en trois épisodes, tiré du célèbre roman de
Victor Hugo L’Homme qui rit. parmi les nombreux téléspectateurs captivés par cette adaptation de Jean Kerchbron se trouvait un petit garçon de dix ans. Et pas n’importe quel petit garçon, puisqu’il deviendrait plus tard réalisateur à son tour : Jean-pierre Améris.
« Ça m’avait beaucoup impressionné », se souvient-il. « Ça m’avait même un petit peu traumatisé ». Cinq ou six ans plus tard, il a lu le roman. « Il m’a absolument bouleversé. J’étais très complexé par ma taille. Je faisais deux mètres de haut. Donc j’étais attiré par les histoires de monstres, que ce soit au cinéma ou dans la littérature. Je m’identifiais à chacun d’eux – Elephant Man, Frankenstein... ».
Aussi, Jean-pierre Améris n’a jamais oublié le personnage de Gwynplaine, le jeune protagoniste du roman, défiguré dans sa petite enfance, dont le visage est traversé par un horrible sourire scarifié. cette image l’a hanté au point de devenir un rêve de toujours. « Un jour, se disait-il, j’en ferai un film ».
Il aura fallu au réalisateur quelques années, et quelques films, avant d’être en mesure de s’attaquer à
Victor Hugo et de creuser dans les racines de ses peurs d’adolescent. « adapter un livre, c’est surtout ne pas l’illustrer. Il faut avoir un parti pris », explique-t-il. «
Guillaume Laurant, mon coscénariste, et moi-même ne voulions pas faire une reconstitution historique ».
Le roman se passe dans l’angleterre du XVIIe siècle, mais améris et laurant ont choisi de situer leur histoire dans une époque ou dans un lieu imprécis. Ils voulaient raconter un conte qui aurait pu commencer par « Il était une fois, dans une lointaine contrée... ».
Mais par-dessus tout, c’est l’histoire de Gwynplaine que Jean-pierre améris voulait raconter. Le premier travail des scénaristes a donc consisté à extraire le fil du récit du roman de
Victor Hugo, à la fois « baroque, surréaliste, avec de nombreuses digressions philosophiques et historiques ». Ils étaient bien décidés à ne pas perdre de vue Gwynplaine.
« Ce qui me touchait dans cette histoire, c’est que je retrouvais l’adolescent complexé que j’étais à l’époque », reconnaît améris. « Gwynplaine se trouve laid. Il ne comprend pas qu’on puisse l’aimer ou le désirer. Il a un complexe, à la fois physique et d’infériorité sociale. J’ai toujours fait des films sur la différence. c’est quelque chose qui m’a toujours touché. Donc, j’ai voulu faire ressortir le portrait de cet adolescent, dans lequel un jeune d’aujourd’hui pourrait se retrouver ».