Notes de Prod. : L'immortel

    en DVD le 15 Septembre 2010

L’immortel : entretien avec Jean-Pierre Darroussin

Darroussin, dans un film noir à Marseille : serait-ce une estampille ?
Mais je ne veux pas être estampillé ! Je n'ai pas vocation à n'être pris que dans un seul genre, dans un seul style ! Ce qui m'a intéressé, au départ dans L’immortel, c'est de travailler avec Richard Berry. Je le connais bien, c'est un camarade. J'avais déjà un petit rôle dans son premier film. Là, il me proposait un chouette personnage, un peu décalé, avec des trucs intéressants à jouer. Et puis je n'ai pas fait beaucoup de films d'action !

La force de votre personnage, ce sont ses contradictions ?
Oui, en général, dans les films de genre, les personnages sont entiers. Lui, il est dans la contradiction en permanence... Donc, déjà en soi il échappe aux clichés. Il est au centre de la crise, de la guerre, les forces qui l'agitent se frottent de plus en plus, jusqu'à révéler ses failles. En fin de compte, à travers lui, ce dont on parle, c'est de la difficulté de l'engagement... Mais ce n'est pas forcément un anti-héros. Disons que dans chaque fonction du récit, il y a des protagonistes, des figures qui correspondent aux possibilités de chacun. Moi, mon personnage, il est du côté de ce qui est identifiable, pour le public, au niveau humain. Ainsi, il est l'avocat de ses amis gangsters. On peut donc supposer, par exemple, que ce type-là était un jeune cacou des quartiers Nord, sauf que lui a fait des études... ça peut arriver !

Vous êtes-vous inspiré de personnes réelles, ou fictives, pour trouver sa vérité ?
Richard m'a fait rencontrer une avocate. Mais bon, de toute évidence, puisque c'est une femme, pas de projection possible ! Et puis bien sûr, du côté de la fiction, on pense au rôle de Robert Duvall dans Le Parrain. Sauf que cela n'a rien à voir ! Lui, c'est une espèce de ministre de l'Intérieur, directement impliqué dans une histoire de mafieux.
Alors que là, dans L’immortel, ce sont des gangsters assez individualistes. La bagarre entre eux n'est pas pour une hégémonie sur un quartier ou un commerce. Non, c'est une bagarre morale. Je sais bien que le cinéma est un art tellement récent, qu'il jouit de se reconnaitre et essaie toujours de fonctionner en référence à... Mais moi, je ne fonctionne pas avec des références dans la tête quand je joue ! J'essaie même de les éviter !

Puisque l'on parle de références, pensez-vous que "L'IMMORTEL", au- delà de l'histoire dont il s'inspire, aurait pu être tourné ailleurs qu'à Marseille ?
Non, je ne pense pas. D'abord parce que la figure dont il s'inspire, justement, est celle d'un personnage assez mythique à Marseille, Jacky Imbert. Bien sûr, on pourrait transposer ça à Hambourg... Mais non en fait ! Parce qu'il y a dans l'imaginaire collectif, en France et bien au- delà, une histoire, un lien avec le grand banditisme marseillais. Jouer avec ces archétypes, c'est s'attaquer à des classiques du genre. Et puis bon, à Marseille, historiquement, la proximité avec l'Italie, Naples, ça créé des correspondances avec les mafias. Qu'elles soient napolitaines, ou corses aussi ! Il y a le fait que Marseille soit un port, encore : forcément, il y a des trafics !
Enfin, il y a l'Histoire elle-même : le fait qu'avant- guerre, tout autour du port et du Panier, ces quartiers étaient un peu des quartiers de non- droit pour la pègre. Et après- guerre, les Résistants ont pris le pouvoir avec leurs amis... Marseille, c'est une ville où les aventures sont possibles, donc les aventuriers sont là ! C'est plus difficile de s'imaginer des aventuriers à Chalons-sur-Marne ou à Cholet, non ?

Du coup, même si l'on n'est pas complètement dans la fable, on n'est pas non plus dans le réalisme !
Tout dépend de ce que l'on veut raconter. Richard, il a envie de faire du cinéma qui le bluffe. Il aime les mouvements de caméra, les lumières. C'est quand même- quelqu'un qui vient du théâtre. En fait, il propose un autre type de complicité aux spectateurs, qui est plus de l'ordre du rêve, plus héroïque, plus épique en somme. Et je pense qu'effectivement il y a de la tragédie dans cette histoire de combat et de trahison.

Pas mal de violence aussi...
Richard, je l'ai vu pendant le tournage, il a essayé de faire que ne soit pas anodin. De bien montrer que ce sont des hommes qui meurent, pas des personnages. J'aime bien quand la violence nous fait penser que ce n'est pas si gratuit que cela. Toutes ces bagarres, ça laisse des gens sur le carreau, des parents, des sœurs. Tous ces gens vont être déchirés. C'est pas mal de le dire...

On a l'impression qu'en dépit du contexte, cela reste pour vous un tournage heureux ?
Oui, c'est un tournage qui s'est passé très facilement. Richard Berry est un metteur en scène qui communique son plaisir : ça donne de l'élan, de l'énergie. En plus, étant acteur, il sent jusqu'où les autres acteurs peuvent aller. Il n'est pas facilement épaté. C'est pas mal, je pense, pour un metteur en scène, de sentir qu'il est en train de fabriquer le film qu'il avait envie de faire. C'est ce que j'ai ressenti.

Sur le tournage de L'Immortel

Le 13 Décembre 2007 - Richard Berry va immortaliser Jean Reno
Richard Berry, qui devait adapter La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, change finalement de projet, puisque c’est L’immortel de Franz-Olivier Giesbert, premier roman de l’auteur sorti l’an dernier, qu’il mettra en scène.
Produit par EuropaCorp, avec un budget de près de 22 millions d’euros, ce biopic romancé retracera la guerre des gangs que se livra la mafia marseillaise à la fin des années 70.

L'immortel : entretien avec Richard Berry

Qu’est ce qui vous a donné envie d’adapter le livre de Franz Olivier Giesbert ?
De la même façon que le rire est un vecteur extraordinaire pour dire des choses, le polar peut aussi faire réfléchir et penser. Or dans l’histoire de cet homme présenté comme un parrain de la Mafia marseillaise qui avait été laissé pour mort en 1977 dans un parking de Cassis mais qui en a réchappé et y a gagné son surnom d’immortel, j’ai vu à la fois une aventure extraordinaire et un sujet fort. Passer de l’état de mafieux à celui d’immortel - le surnom des Académiciens - ce n’est quand même pas rien ! J’ai placé cette histoire au-delà de l’anecdote. Cela pouvait me permettre une fois de plus de parler de l’identité, thème central commun de la plupart de mes films. On ne peut jamais se départir de sa culture, de ses origines, de son histoire…

L’immortel : entretien avec Jean Reno

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le personnage de Charly Mattéi ?
Son parcours de rédemption, tel que l'a écrit Richard Berry. Il est toujours difficile d'échapper à son environnement, de s'extraire de son passé. Le prix à payer peut être très cher. Il faut un certain temps, de toute façon, pour comprendre son propre parcours. Charly Matteï choisit l'être plutôt que le paraitre. Son bateau, sa femme, son fils. Alors qu'il aurait pu opter pour le clinquant, les montagnes de cocaïne, les clichés. Cet homme revient à l'essentiel. Et après l’attentat qui a failli lui couter la vie, il protège sa famille.

L’immortel : entretien avec Kad Merad

Kad Merad dans un polar, c'est inattendu. Etes-vous un fan du genre, est- ce la raison pour laquelle vous avez accepté ce rôle ?
Surtout parce que c'était nouveau, donc tentant, voire amusant. Nous les acteurs, on est quand même tous des joueurs, des enfants ! Même si je n'étais pas sûr, au fond, d'être capable de le faire... C'est d'ailleurs ce que j'ai dit à Richard Berry, quand il m'a proposé ce rôle. Parce que, sinon, le polar, ce n'est pas forcément un genre sur lequel je me jette tout de suite. En même temps, Les Affranchis, Scarface, L'Impasse de De Palma, tous ces films avec de gros bandits, de grands voyous, c'est fascinant ! Ce sont des gens extrêmement cruels, des hors la loi en permanence aussi et, par ailleurs, on ne les reconnait pas. Là, aujourd'hui, peut-être que j'en fréquente sans le savoir... Qui sait ? La seule chose, c'est que si vous vous retrouvez à un diner avec l'un d'entre eux, il aura probablement un truc différent dans le regard...

L’immortel : entretien avec Marina Fois

C'est votre première incursion dans un film de genre. Est-ce le fait de jouer un "flic" dans un film noir, qui vous a tout simplement tentée au départ ?
Oui, c'est vrai, autant avoir un rôle de genre ! En fait, j'avais déjà joué un personnage de flic, dans le long métrage d'Ilan Duran Cohen, Le Plaisir De Chanter, mais c'était plus de l'espionnage, ça se passait dans les hautes sphères. Là, ce qui m'intéressait, le défi, c'était de trouver ma façon de dire "vous êtes en état d'arrestation", alors qu'on l'a entendu mille fois. En somme, de ne pas être dans la musique du téléfilm immédiatement. Parce que ce sont des codes que l'on a tellement intégrés... Il y a forcément des prises où j'ai joué cette musique-là d'ailleurs...