"Toute ressemblance avec des personnages connus serait, comme on dit, fortuite..."
Je l'ai fait surtout pour indiquer au spectateur qu'il faut se laisser porter par des ressemblances éventuelles, mais pas les rechercher. On s'est d'ailleurs arrangé pour ne nommer aucune personne réellement existante : il s'agit donc d'un univers entièrement fictif ! Pour autant, sans qu'il y ait de personnes bien définies par la réalité dans l'histoire, le film laisse entendre qu'il existe quand même, parmi ceux qui ont le pouvoir, certains qu'on pourrait qualifier de racailles et qu'on pourrait nettoyer au Kärcher... Quand j'ai décidé de faire ce film, j'ai commencé par dresser une liste des pièges à éviter, et notamment celui de l'identification immédiate et celui de l'imaginaire absolu. Car, de toute évidence, si le film n'avait aucun rapport avec la réalité, il n'aurait guère d'intérêt... En fin de compte, ce qui m'intéressait était de prouver la vraisemblance des événements qu'on relate par une réalité proche.
Il y a très peu de films en France sur les scandales politico-financiers...
Il y a eu dans les années 70 des œuvres de dénonciation, comme les films d'Yves Boisset par exemple. Mais je n'ai pas cherché, quant à moi, à dénoncer des événements connus de tous, mais plutôt à montrer quelles peuvent être les répercussions sur l'esprit humain d'un pouvoir, quel qu'il soit, et jusqu'où il peut entraîner les individus.
Les recherches préalables au film
J'ai consulté les coupures de presse et les ouvrages publiés à l'époque de l'affaire. Mais comme je me suis retrouvé plusieurs fois face à des articles présentant des versions contradictoires, je prenais celle qui m'arrangeait le plus pour les besoins du scénario. C'est ce qui correspond, à mon sens, au travail de tout bon historien - et c'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a jamais de certitude en histoire.
Une œuvre davantage comportementaliste que psychologique...
Même si le film peut donner l'impression contraire, je crois que cela vient du fait que j'ai été plus nourri de littérature comportementaliste que d'analyses psychologiques : c'est le cas notamment de la littérature anglo-saxonne, mais aussi de Proust dont je me suis aperçu qu'il n'était guère plus psychologique...
Une septième collaboration avec Isabelle Huppert.
Franchement, j'aurais eu beaucoup de mal à faire le film sans elle. Je ne vois pas qui d'autre aurait pu incarner cette sorte de fragilité forte qui la caractérise. J'aime bien son côté "petite femme qui se bagarre" qui a la faculté de me toucher profondément. En outre, je savais qu'à aucun moment Isabelle n'essaierait de plaider sa cause par rapport au spectateur, mais qu'elle se justifierait perpétuellement vis-à-vis d'elle-même : elle s'accepte en assumant son personnage sans jamais tricher par rapport au spectateur - et c'est ce qui est si difficile à obtenir chez les acteurs.