Notes de Prod. : L'orphelinat

    en DVD le 30 Septembre 2008

Notes de Guillermo Del Toro

A propos de L’Orphelinat

Cela fait maintenant plusieurs années que je suis de près le travail de J.A. Bayona, le réalisateur des courts-métrages My Holidays et The Sponge Man et d’un nombre incalculable de vidéo clips délirants pour lesquels j’ai la plus grande admiration. Son talent le destinait à réaliser des longs-métrages. Produire L’Orphelinat n’était donc pour moi rien d’autre qu’une façon de répondre à cette évidence. Maintenant que j’ai vu le film, je sais que ça en valait la peine.

Au cours de ma carrière dans le cinéma, j’ai reçu de nombreux scripts, sans doute parce que je n’ai jamais cessé de m’intéresser au travail des jeunes réalisateurs. Beaucoup d’entre eux ont sollicité mon opinion sur leur travail, ou sont venus me demander conseil. Malheureusement, il n’est pas fréquent de se trouver en présence d’un bon scénario. Bien sûr, beaucoup sont émaillés de touches de talent, mais ils ne donnent presque jamais le sentiment qu’il est urgent de les transformer en films. Quand j’ai lu L’Orphelinat, j’ai su instantanément que je me trouvais face à une exception.

Le scénario qu’a écrit Sergio G. Sánchez pour le premier long-métrage de J.A. Bayona était le meilleur que je lisais depuis de nombreuses années. D’après le peu que je savais de lui, je m’imaginais qu’il s’agirait d’un film de genre bien troussé, à défaut d’être original. J’étais loin du compte. Au bout de seulement quelques pages, j’ai réalisé que le script de G. Sánchez n’était pas un simple remâchage chic de la panoplie classique du genre : maisons hantées, fantômes et univers parallèles. Il avait une profondeur très particulière.

L’Orphelinat est davantage qu’un simple film fantastique : son rythme est impeccable, son style visuel, extraordinaire. Il ne s’en remet pas aux effets spéciaux pour troubler le spectateur, et il offre une interprétation très personnelle des décors classiques du genre. L’Orphelinat possède aussi une charge émotionnelle inhabituelle pour un film de cette nature. En plus d’être une description dérangeante de phénomènes surnaturels, c’est l’une des plus belles histoires sur la douleur profonde causée par le deuil que j’ai vues récemment.
Bayona ne s’est pas contenté de créer un récit bourré de mystère et de suspense ; il a également fait de L’Orphelinat un puissant mélodrame, en ciselant ses personnages et les liens qui les unissent avec grande attention et précision.

Bayona a fait honneur au scénario de Sánchez. En tant que réalisateur, il a démontré sa maîtrise du langage cinématographique et fait preuve d’une personnalité bien à lui. Qui plus est, il a su obtenir des performances inoubliables de ses acteurs, en particulier Belén Rueda qui rayonne dans un rôle débordant de courage et de perspicacité. Mais le plus important, sans doute, tient au fait que Bayona a manifestement pris autant de plaisir à faire son travail que j’en ai eu à l’apprécier. Et ça, croyez-moi, c’est quelque chose qui en dit long par les temps qui courent.

A Propos Du Scénario

La première version du scénario de L’Orphelinat a été écrite par Sergio G. Sánchez en l’an 2000. Mais il a fallu attendre 2004 pour que le projet tombe entre les mains de J.A. Bayona et qu’il accepte de le réaliser. Dans la foulée, le script était sélectionné par le laboratoire du scénario du Sundance Institute, que gère la SGAE en collaboration avec le festival supervisé par Robert Redford.

Sánchez et Bayona ont consacré plus d’un an à la réécriture de l’histoire. Bayona se remémore le processus: « C’était un grand script à la base, mais j’avais besoin de l’adapter à ma sensibilité. Je ne voulais pas l’envisager comme une œuvre de commande, je voulais en faire quelque chose de réellement personnel. On s’est donc trouvé embarqués dans un travail de réécriture beaucoup plus long que prévu. Mais c’était fascinant. »

Sergio G. Sánchez ne s’explique pas vraiment pourquoi il a fallu que son premier script soit film de genre: « J’imagine que cela vient de mon enfance. Je me suis retrouvé à écrire un film dans le style de ceux que j’aimais quand j’étais gamin. Des films comme Poltergeist, La Malédiction et The Devil´s Seed avec lequel j’ai ruiné le premier magnétoscope qu’on a eu à la maison. »

L’Orphelinat a beaucoup de points communs avec un style de cinéma fantastique qui ne se fait plus. La terreur y naît des choses du quotidien, qui sont petit à petit contaminées et finissent par laisser la place à la peur et à la folie. L’horreur décrite dans L’Orphelinat ne vient pas de l’extérieur ou de l’esprit tordu d’un psychopathe. Elle n’est pas non plus le résultat de l’irruption des personnages principaux dans un territoire interdit. Ici, la peur naît dans un environnement idyllique, en plein cœur d’une famille idéale. Et elle grandit de façon inattendue, menaçant de détruire complètement cette famille.

Bayona est convaincu que moins le spectateur en sait sur l’intrigue avant d’entrer dans la salle, plus il appréciera le film. « Basiquement, dit-il, L’Orphelinat parle de la crainte de la séparation. Tous les personnages du film vivent avec le trauma d’une séparation passée ou la peur d’une séparation à venir. Et cette peur finit par se matérialiser dans leur environnement, transformant le rêve d’un foyer idyllique en un cauchemar dévastateur. »

Notes de production

Porter l’histoire de L’Orphelinat à l’écran comme Bayona la visualisait nécessitait de doubler le budget d’origine et le temps de tournage. C’est alors que Guillermo Del Toro est entré en scène. « Je connais Guillermo depuis quatorze ans, je l’ai rencontré quand il est venu présenter son premier film Cronos au festival du cinéma fantastique de Sitges. Dès qu’il a pris connaissance du projet, il a proposé de coproduire le film. Tout est devenu beaucoup plus simple après ça », raconte Bayona.

Entretien avec Juan Antonio Bayona, le réalisateur

Pourquoi un film de genre?
C’est l’étendue des possibilités offertes par le script de L’Orphelinat qui m’a poussé à le réaliser. Un projet doit être attirant au-delà du genre auquel il appartient. Ceci étant dit, il est vrai aussi que le cinéma fantastique est une école formidable, qui permet notamment de manipuler l’espace et le temps comme on le souhaite, ou d’utiliser certains mouvements de caméra avec une efficacité immédiate. En tant que metteur en scène débutant, cela vous donne un certain sentiment de sécurité. Mais ce qui fait la force d’un film, c’est toujours ce qui dépasse la question réductrice des genres : les thèmes sous-jacents, la qualité des interprétations, le degré d’implication vis-à-vis de ce que l’on raconte…
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 581 entrées

  • 1ère semaine France : 84 293 entrées