Avez-vous fait un film sur la détresse ? Et plus précisément sur la détresse masculine ?
Masculine et féminine. Le déchirement est le même pour un homme que pour une femme, lorsqu'il s'agit de rupture. C'est un film sur le temps qui passe, sur l'usure du couple, sur la difficulté et la culpabilité que l'on éprouve à vouloir changer sa vie. Mais c'est aussi l'exaltation d'une rencontre qui vous régénère.
J'avais déjà abordé ce thème dans JE VOUS AIME : Catherine Deneuve nous faisait vivre successivement le bonheur des débuts en amour, et la douleur des séparations. Partir ? Rester ? Là est le dilemme de mes deux personnages masculins. L'un va rester, l'autre va partir, d'où le titre du film. En fait, ils sont les deux facettes d'un même personnage.
Commençons par celui qui va rester.
Pierre Arditi. Il mène une double vie, jusqu'au jour où il devra choisir. Comme beaucoup d'hommes, il voudrait garder et sa femme et sa maîtresse. Des deux, il reçoit un ultimatum : tu restes ou tu pars. Après un séjour dans un hôpital psychiatrique, il restera.
Et Daniel Auteuil, celui qui part ?
Daniel exprime toute la culpabilité que l'on éprouve à vouloir quitter sa femme, après quinze ans de vie commune, le déchirement devant la souffrance d'un fils, encore adolescent. La décision de partir ne se fait pas sans douleur, sans remords. Malgré cela, il choisit son nouvel amour. L'histoire de Daniel est inspirée de ma propre vie. Mais où commence, mais où s'arrête l'autobiographie ? Dans le film, je fais revivre la mère de mes enfants et mon fils aîné, tous deux disparus.
Depuis combien de temps pensiez-vous à ce film ?
Depuis plusieurs années, au moment où moimême j'ai vécu cette situation. J'ai attendu d'avoir suffisamment de recul pour pouvoir l'écrire. J'ai eu la chance qu'un ami me raconte, avec beaucoup d'humour, ce que lui-même avait vécu, avec une fin à l'inverse de la mienne. Ce qu'il m'a raconté, j'aurais eu du mal à l'inventer. Je tenais mes deux histoires, j'ai pu alors écrire le scénario. À la lecture, les acteurs se sont montrés très motivés. Au tournage, je me suis contenté de les regarder jouer, avec beaucoup de plaisir.
Voulez-vous dire qu'il n'y a pas eu de direction d'acteurs dans L'UN RESTE, L'AUTRE PART ?
C'est Michel Simon qui m'a donné ma plus belle leçon de direction d'acteur. Le premier jour de tournage du VIEIL HOMME ET L'ENFANT, j'ai voulu lui donner une indication, il s'est mis à hurler : on ne dirige pas Michel Simon ! Il avait raison. Depuis, j'évite au maximum d'indiquer, je m'efforce pour chaque rôle de faire le bon choix.