Notes de Prod. : La Belle et le Clochard

    en DVD le 01 Février 2012

Notes de production

Avec LA BELLE ET LE CLOCHARD, Walt Disney a abordé un genre différent de celui des contes de fées et des fables qui ont fait son succès. Afin de marquer un tournant dans sa production, il a souhaité avec ses collaborateurs raconter en dessin animé une véritable histoire d'amour, adaptée d'un roman de Ward Greene. C'est une véritable "Love Story", ou plutôt "Dogs' Love Story", entre un pauvre bâtard au cœur d'or qui se fait appeler Clochard, et Lady, un jeune cocker qui découvre l'amour et le caractère égoïste de beaucoup d'humains.

Pour Walt, l'histoire présentait deux attraits : elle se déroulait vers 1910 dans une petite ville américaine et elle était centrée sur des chiens. Une occasion pour Disney de dépeindre avec force détails et couleurs un des aspects de la société américaine. LA BELLE ET LE CLOCHARD tient une place unique dans l'œuvre de Disney. L'histoire fut méticuleusement construite à partir de la nouvelle de Ward Greene, puis d'un scénario qui la compléta et qui précisa les détails. Walt Disney expliquait : "Nous avions la liberté de développer le sujet selon notre gré, ce qui n'est pas le cas lorsqu'il s'agit d'un classique connu du public où il faut s'en tenir rigoureusement aux séquences conçues par l'auteur. Ici, au contraire, au fur et à mesure que les personnages prenaient corps, que les scènes se dessinaient, on pouvait modifier, embellir, éliminer, transformer, perfectionnant de jour en jour notre travail."

Les artistes Disney ont longuement peaufiné leur "anatomie canine" afin de donner à leurs personnages leur apparence réaliste, quoi que stylisée. Plus de 150 animateurs et dessinateurs ont travaillé pendant quatre ans afin de créer deux millions d'esquisses et les 110 000 dessins en couleurs du film final.

LE PROJET LADY


Réaliser un dessin animé d'aventures mettant en scène un cocker, raconté d'un point de vue canin, était l'un des grands projets chers à Walt Disney depuis… 1937. Le projet LADY fut conçu à l'origine comme un cartoon, un dessin animé de quelques minutes, mais en 1943, Disney décida de le transformer en long métrage. Pendant les dix années suivantes, les scénaristes travaillèrent le script pour construire une histoire solide.

Walt Disney fit remarquer un jour, en discutant du développement du film, que quelque chose manquait encore à l'histoire. "Nous avons découvert dans nos discussions que nous n'avions finalement qu'une partie de l'histoire que nous voulions". C'est un détail qui lui fit trouver ce qui clochait : "A la maison, notre petite chienne était tirée à quatre épingles, bien élevée et bien entourée. Mais lorsqu'elle était confrontée à une crise, elle se levait d'un bond et s'enfuyait, et toutes nos cajoleries ne parvenaient pas à la faire revenir. Nous avions oublié une chose très importante : un chien doit mener sa vie de chien, même s'il est le meilleur ami de l'homme. C'est en ignorant cet aspect que nous avions des problèmes avec notre histoire - et avec notre chienne !"

En 1939, le projet LADY ne comportait pas encore le personnage du Clochard, mais l'année suivante, un bâtard nommé Homer avait fait son apparition. Plusieurs réécritures du scénario virent le nom de Homer se changer en Rags, puis en Bozo. En juin 1943, le storyboard racontait l'histoire de Lady et de Bozo et parlait de seconds rôles dont une paire de chats siamois, Nip et Tuck, et un rat.

Le vrai tournant de l'histoire de LA BELLE ET LE CLOCHARD se produisit en 1943, lorsque Disney découvrit la nouvelle de Ward Greene, "Happy Dan The Whistling Dog". Greene avait déjà tenté de susciter l'intérêt de Disney avec une histoire intitulée "Susie, The Shy Firefly". Le chien désinvolte et sans souci de Greene semblait un partenaire parfait pour Lady. Walt contacta immédiatement l'auteur. "Il lui a suffit de quelques instants pour savoir ce qui manquait à notre Lady", confiait Disney. "Nous avons discuté, échangé des anecdotes sur nos chiens, parlé des expériences vécues avec nos animaux au sein de nos familles. Il n'a pas fallu longtemps à Ward pour brosser le portrait de Clochard et il ne m'en a pas fallu beaucoup plus pour le convaincre d'écrire un livre sur l'incroyable aventure de Lady et du Clochard, sur lequel nous avons fondé notre film."

L'IMPORTANCE DES DECORS


Les peintres chargés de la réalisation des décors doivent être des artistes complets : excellents dessinateurs connaissant à fond les lois de la perspective et des couleurs, familiers de toutes les constructions architecturales à travers les siècles et possédant une culture générale approfondie. Le maquettiste délimite le champ visuel où se déroulera l'action et esquisse l'implantation des lieux, mais c'est au décorateur que revient le soin de donner à ces éléments leur véritable visage et de les rendre attrayants au regard.

Dans LA BELLE ET LE CLOCHARD, il ne pouvait y avoir ni curiosité folkloriques ni débordement de fantaisie. Comme nous précise Claude Coats, un des vétérans du métier : "Le thème du scénario impose de lui-même le style à adopter. Les chiens étaient de vrais chiens et l'histoire se déroulait dans une ville américaine du début du siècle". Le fond de décor, comme le fond sonore, ne doit être qu'un complément de l'action. Tout comme l'orchestre, il doit tenir son rôle et celui-ci est de servir l'action et non de l'écraser par son omniprésence.

Dans la séquence où le castor délivre Lady de sa muselière, la scène semble se dérouler dans un unique décor du zoo. La vérité est beaucoup plus complexe. La caméra avance et recule, la perspective et les éclairages changent. Dick Anthony qui exécuta les fonds de cette courte séquence dut, pour accompagner les différents plans prévus, exécuter quinze décors. Pour un long métrage animé, on compte en général de 700 à 900 décors. Chaque décor devant être spécialement étudié pour assurer la mise en valeur des personnages, on comprendra que l'atelier de décors soit encore l'un de ceux où la patience est de rigueur, et où le travail ne manque pas.

L'ANIMATION DES CHIENS


LA BELLE ET LE CLOCHARD offrit à l'équipe d'animateurs de Disney une occasion unique de créer leur propre histoire et leurs personnages originaux. L'un des directeurs de l'animation, Eric Larson, se souvient d'avoir vu défiler dans les studios une incroyable variété de chiens de toutes races, qui évoluaient devant les animateurs afin que ceux-ci puissent les étudier et en faire des croquis. « Nous avons toujours fait des recherches poussées sur tous nos personnages, comme l'exigeait Walt », confie Larson. « Sur ce film, il était primordial d'avoir une approche globale parfaite, une connaissance totale des réactions d'un chien, de sa manière de se mouvoir. Ce n'est qu'ensuite que nous avons pu « injecter » les émotions et les touches humaines qui les ont conduits de la réalité à la fiction, à l'imaginaire. Souvent, nous nous sommes inspirés de notre propre expérience. Par exemple, la réaction de Lady à l'arrivée du bébé a été inspirée par la jalousie que j'ai éprouvée lorsque mon jeune frère est né. »

Franck Thomas ajoute : « LA BELLE ET LE CLOCHARD a posé de grandes difficultés aux animateurs parce que les chiens devaient être réalistes : comme pour BAMBI, tout le monde connaît l'animal vivant ; il faut donc que ceux du dessin animé soient un portrait fidèle et réaliste. Les articulations doivent être à leur place dans les pattes, il faut que l'impression des poids et d'inertie soit conforme à la réalité, la refléter par les mouvements, les attitudes. Il faut aussi respecter les proportions, les distances entre les différents points du corps, entre les pattes avant et les pattes arrière… »

LA BELLE ET LE CLOCHARD a offert à Eric Larson l'opportunité de créer et d'animer l'un des personnages préférés du public : un pékinois haut en couleur nommé Peg. Dans le cadre de ses recherches, Larson est allé voir un spectacle de la banlieue de Los Angeles. Pour Lady, les animateurs portèrent leur choix sur un cocker nommé… Lady, appartenant à l'animateur et réalisateur Hamilton Luske. Et selon le directeur de l'animation Franck Thomas, le modèle du Clochard fut en fait un bâtard femelle rescapée de la fourrière… qui a tranquillement fini ses jours dans la ferme de Disneyland (Californie).

UNE MUSIQUE QUI A DU CHIEN


Avec Frank Churchill, Leigh Harline et George Bruns, Oliver Wallace fut l'un des principaux compositeurs des musiques de films Walt Disney. Il débuta dans le métier comme pianiste accompagnateur au temps du muet. En 1928, il arrive au studio Disney et fait ses premières armes sur les courts métrages de Mickey et les SYMPHONIES FOLATRES (« Silly Symphonies »). Il compose en 1942 la musique de la parade des éléphants de DUMBO pour laquelle il reçoit avec Frank Churchill l'Oscar de la meilleure musique. L'année suivante, DER FUERHER'S FACE, une satyre du régime nazi avec Donald dont il a écrit la musique, obtient l'Oscar du meilleur court métrage.

Oliver Wallace composa et dirigea l'orchestration musicale de plusieurs grands dessins animés comme CENDRILLON, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, PETER PAN et LA BELLE ET LE CLOCHARD. « Je n'improvise pas », expliquait Wallace. « Un homme peut être un puits d'idées, il lui faut le temps de les mettre en forme. Quelques fois cela vient très vite, parfois rien ne sort ». Quant à l'utilisation de l'accompagnement sonore pour les dessins animés, il répondait : « C'est quelque chose comme le très beau tapis qui, dans un salon, met en valeur la beauté des meubles et des peintures. S'il est trop éclatant et retient l'attention au point que l'on ne voit plus le reste de l'ameublement, l'effet est manqué ». Pour LA BELLE ET CLOCHARD, Oliver Wallace dirigea l'orchestration musicale alors que Peggy Lee et Sonny Burke écrivirent et composèrent les chansons du film.

Cinquante ans déjà !

En 1955 naissait l'un des films les plus remarquables et les plus attendrissants de Walt Disney : LA BELLE ET LE CLOCHARD. Ce chef-d'œuvre du cinéma d'animation est allé droit au cœur du public puisque plus de 8 millions de spectateurs sont allés le découvrir en salles. Il raconte l'histoire d'une adorable petite cocker de bonne maison, gâtée et chouchoutée, qui rencontre un corniaud roublard, mauvais garçon au grand cœur. Après des débuts relationnels chaotiques, les voilà tous deux lancés côte à côte dans l'aventure…au bout de laquelle ils trouveront l'amour.