Revisiter un film culte
En trente ans de carrière,
Wes Craven s’est imposé comme un phénomène culturel mondial au cinéma, en télévision et en littérature. En 1984, il a réinventé le film d’horreur avec
Freddy 1 - Les Griffes De La Nuit, qu’il a écrit et réalisé, puis a de nouveau bouleversé le genre avec sa trilogie
Scream.
Après le succès du premier film de
Wes Craven,
La Derniere Maison Sur La Gauche,
La Colline A Des Yeux s’est imposée comme un classique en racontant l’histoire d’une famille de mutants qui attaque les voyageurs dans une zone d’essais atomiques gouvernementale.
Wes Craven a écrit le scénario après avoir été inspiré par l’histoire vraie de la famille Sawny Beane qui au XVIIe siècle, en Ecosse, tendait des embuscades aux voyageurs sur des routes isolées, les tuait avec sauvagerie et les mangeait ensuite. La famille comptait 48 membres consanguins et a assassiné un grand nombre de personnes. Le roi James Ier d’Ecosse finit par envoyer 400 soldats pour traquer les assassins dans leur repaire, où ils découvrirent des scènes horribles. Le roi fit exécuter toute la famille aussi cruellement qu’ils avaient tué leurs victimes.
Pour
Wes Craven, cette histoire touchait directement une de nos peurs les plus viscérales, liée au caractère double de la nature humaine : l’opposition absolue entre notre désir de nous comporter comme des êtres civilisés et notre propension à la brutalité et la bestialité. En transposant l’histoire dans l’Amérique du XXe siècle, Craven y a vu aussi l’occasion d’explorer ce qu’il appelle « la face obscure » du modèle américain. Une famille de banlieusards ordinaire affronte ainsi les membres primitifs d’une famille de mutants.
La première version de
La Colline A Des Yeux a été réalisée avec une équipe de 15 personnes, pour 350 000 dollars de budget. Le film a été tourné dans la petite ville de Victorville, en Californie. Le budget était si maigre que le producteur
Peter Locke conduisait lui-même les acteurs sur les lieux de tournage dans un Winnebago en bout de course, et que l’équipe technique se protégeait des intempéries avec des sacs poubelle. Les accessoires avaient été récupérés sur le film classique d’horreur de Tobe Hooper
Massacre A La TronÇonneuse, et une station-service abandonnée avait été trouvée pour servir de décor principal. Le film a été tourné avec une caméra 16 mm, ce qui lui a conféré un style authentique, brut, qui renforçait l’impact de la terreur.
Malgré ses moyens limités,
La Colline A Des Yeux a battu des records au box-office lors de sa sortie à l’été 1977. La critique fut déroutée et choquée, le public stupéfait. Au contraire des films d’horreur conventionnels de l’époque, avec leurs monstres prévisibles et leurs tueurs évidents, celui-ci repoussait les limites de l’horreur cinématographique bien au-delà des tabous. Devenu un classique, le film a influencé d’innombrables films d’horreur et continue encore à terrifier à l’ère du DVD…
Trente ans plus tard…
Alexandre Aja et
Grégory Levasseur ont commencé par retravailler le scénario original de
La Colline A Des Yeux. Ils étaient (en plus du challenge que représentait le tournage du remake d’un film culte) attirés par la manière dont l’histoire évoque la famille à travers deux portraits radicalement opposés. D’une part, une famille plutôt ordinaire, avec ses défauts et ses limites, vivant dans une banlieue comme des milliers d’autres, qui essaie de rester unie. Et de l’autre, leurs homologues mutants, déformés, dépravés, uniquement motivés par leurs instincts.
La vision des cinéastes du site d’essais nucléaires, avec son faux village étrange, ses mannequins représentant des familles et ses ruines irradiées, ainsi que leur désir de s’inspirer de déformations physiques réelles provoquées par des radiations, ont apporté un nouveau degré de réalisme.
Wes Craven commente : «
Le thème de l’irradiation nucléaire et de ses conséquences sur l’être humain est parfaitement d’actualité. Les gens n’ont malheureusement pas vraiment idée des dangers que cela représente… »
Au fil des mois, les deux scénaristes ont plongé de plus en plus profondément dans les thèmes dérangeants de l’histoire. Aja précise : «
Notre histoire est un remake, mais c’est en même temps un film plus centré sur la peur, sur une vraie lutte pour la survie, sur une famille qui affronte un inconnu terrifiant. Nous avons voulu actualiser le film, et aussi rendre tout plus logique et réaliste. L’objectif d’un film d’horreur est toujours de terrifier le public, et je voulais que cette version soit plus effrayante et plus gore que l’original. »
L’horreur incarnée
Pour créer l’apparence des mutants,
Alexandre Aja et
Grégory Levasseur sont partis d’effets réels pouvant découler d’une exposition aux radiations chez une famille de mineurs cachée dans une grotte pendant des essais nucléaires.
Peter Locke raconte : «
Alex et Grégory sont arrivés avec leurs propres idées pour les maquillages, les prothèses et les images de synthèse. Ils ont apporté des livres montrant de vraies anomalies physiques humaines, et ont fini par créer une famille de mutants unique. »
Le studio a passé six mois à créer l’aspect physique réaliste des mutants. En partant des idées et des études d’Aja et Levasseur, ils ont d’abord utilisé des outils de création 3-D qui permettent à des sculpteurs traditionnels de sculpter et de peindre les personnages par ordinateur. Ils ont ainsi créé des maquettes informatiques de chaque mutant. A partir de ces modèles numériques, des moules de chacun des horribles visages ont été fabriqués. Pour finir, l’équipe maquillages a réalisé des moulages des corps et des têtes des acteurs afin d’y adapter parfaitement les prothèses et les masques.
Certaines séquences ont été réalisées en employant des répliques animatroniques dernière génération des acteurs, ce qui permettait de les démembrer de façon très réaliste. Chacun des acteurs a dû se soumettre à un scannage informatique complet du corps.
Scott Patton explique : «
Le comédien se tient sur une plate-forme, et un laser scanne la totalité de son corps, centimètre par centimètre. Les mesures exactes sont entrées dans un système à axes multiples qui agit comme un foret et sculpte une pièce de mousse d’après les mesures. Vous obtenez une représentation en volume exacte du corps de chaque acteur. La précision n’est pas assez bonne cependant pour le visage, qui reste sculpté à la main. »
Etre scanné n’était pour les acteurs que le début du processus de maquillage. Pour appliquer les prothèses et le maquillage complet, il fallait en moyenne quatre heures de travail pour chacun, chaque jour. Une fois le maquillage facial appliqué, il fallait encore passer à la peinture. Toute une variété de couleurs évoquant la décrépitude et le pourrissement étaient pulvérisées sur le maquillage pour donner l’impression de chair décomposée.
Parallèlement à la création des maquillages, Jamison Goei, superviseur des effets visuels, et son équipe préparaient plus de 130 plans à effets visuels nécessaires au film. Le mot d’ordre était de ne jamais menacer le réalisme cru du film, d’intégrer les effets visuels aux images de manière indétectable.