Notes de Prod. : La colline aux coquelicots

    en DVD le 04 Juillet 2012

Note d'intention de Goro Miyazaki, réalisateur

« J’ai découvert l’histoire de LA COLLINE AUX COQUELICOTS voilà trente ans. À l’époque, j’étais collégien, et depuis ma plus tendre enfance, nous passions tous nos étés dans le chalet de mon grand-père. Sur place, il n’y avait qu’une vieille télévision noir et blanc qui fonctionnait très mal et cette année-là, j’avais emporté trop peu de livres. Ma petite cousine avait apporté le magazine Nakayoshi (« L’amitié ») dans lequel se trouvait la bande dessinée de « La Colline aux Coquelicots ».

« Lorsque j’en avais assez de faire mes devoirs, je le lui empruntais. J’étais d’une nature plutôt rêveuse et contrairement à beaucoup d’autres bandes dessinées de Nakayoshi, j’ai trouvé que le contenu de « La Colline aux Coquelicots » s’adressait aussi aux adultes. J’ai passé toutes mes vacances d’été dans ce chalet et quatre ou cinq étés de suite, j’ai relu « La Colline aux Coquelicots ». Les filles dessinées par Chizuru Takahashi étaient ravissantes, surtout lorsqu’elles étaient tristes. C’est probablement pour cette raison que, malgré les années, je n’ai jamais oublié cette histoire.

« Mon grand-père est né à la fin de l’ère Meiji et voulait être artiste. Après la guerre, pendant longtemps, il a conçu des gravures pédagogiques destinées à sensibiliser les enfants à la générosité, afin de construire un monde pacifique. Il disait toujours que les enfants bâtissaient le futur. Avec le recul, je crois que mon grand-père a toujours porté en lui l’envie de peindre.

« Son chalet avait été construit alors que j’avais trois ans par un charpentier du coin. C’était une modeste maison de plain-pied. Grand-père voulait en faire son atelier d’été, mais il était extrêmement occupé et n’y allait pas souvent. Le chalet était principalement habité par ma grand-mère, ma mère et ses sœurs, mes cousins, mon petit frère et moi. « Avec les problèmes de santé de ma grand-mère, nous y sommes allés de moins en moins. Le chalet est tombé en ruine et a été rasé l’année où je suis sorti de l’université. Mon père a ensuite fait construire un autre chalet, mais je ne m’y suis jamais senti aussi bien que dans celui de mon enfance. Le magazine Nakayoshi était toujours là-bas mais je ne l’ai pas relu.

« Je savais que mon père envisageait avec d’autres d’adapter « La Colline aux Coquelicots » en film d’animation. Il me semble l’avoir entendu évoquer ce projet avec , qui était jeune à l’époque, et Mamoru Oshii. Je ne sais plus exactement quand il en a été question, ni même si j’étais alors encore étudiant ou déjà entré dans la vie active. À l’époque, j’étais passionné de moto, de camping et de théâtre de marionnettes. Je trouvais le monde réel bien plus captivant. Je ne m’intéressais plus vraiment aux bandes dessinées et aux films d’animation qui relevaient du monde imaginaire. Mon père et ses amis parlaient avec enthousiasme d’adapter une bande dessinée au cinéma mais c’était, à mon avis, une pure folie.

« Mes centres d’intérêt ont évolué et à près de 40 ans, j’ai commencé à travailler dans le domaine de l’animation. Lorsqu’il a été à nouveau question d’adapter « La Colline aux Coquelicots », j’ai d’abord été surpris. Tout le monde m’a expliqué que le film n’avait pas été envisagé plus tôt parce que l’histoire aurait pu paraître désuète. Pourtant, avec les années, le regard porté sur ces sentiments avait évolué, et situer le récit dans le contexte de l’année 1963 lui donnait encore un sens supplémentaire. 1963 est l’année qui précède les Jeux Olympiques de Tokyo. Le Japon connaissait un développement économique remarquable et la génération des lycéens de l’époque est celle du baby-boom.

« J’ai donc commencé à travailler sur le story-board, et lorsque le producteur a vu l’animatique, il m’a fait des remarques qui ont complètement éclairé mon travail en me permettant de trouver le vrai ton de mon approche. Alors que j’étais d’abord parti sur quelque chose d’assez sombre, je me suis aperçu grâce à lui qu’Umi devait être plus gaie et le rythme plus rapide. À ma grande surprise, le projet est alors apparu sous un jour résolument différent.

« Le dessin créé par mon père pour l’affiche a lui aussi été un élément décisif. Le profil de la jeune fille est étonnamment frais. J’avais totalement oublié l’impression éprouvée lors de ma première lecture de « La Colline aux Coquelicots » et ce dessin l’a instantanément ravivée. J’ai compris pourquoi j’avais ressenti cette admiration et cet attachement pour Umi.

« À partir de là, j’ai commencé à travailler ce projet sans plus aucun a priori, avec un esprit d’ouverture et de fraîcheur. Comme à chaque fois, j’ai fait de nombreux va-et-vient entre des idées. À force de dessiner, je me suis approché d’Umi et de Shun, et les autres personnages ont aussi commencé à prendre vie. J’avais l’impression que ces enfants étaient les miens. Je suis convaincu qu’il est impossible de réaliser un film si l’on n’en aime pas les personnages. Aucun argument intellectuel ne remplace une affection sincère.

« Alors que nous étions en train de réaliser le film, deux événements m’ont bouleversé. Il y a eu le séisme dévastateur qui a conduit à la catastrophe de Fukushima. Plus personnellement, j’ai aussi perdu une figure bienveillante de ma vie, Seiichiro Ujiie, qui avait connu toute l’ère Showa (1926-1989). Ces deux événements, bien que n’étant pas comparables, m’ont profondément touché et marquent pour moi la fin d’une époque. Ma vision du monde s’en est trouvée changée. J’étais soudain reconnaissant d’être toujours en vie. Le sens du « sentiment amoureux » m’est également apparu sous un jour nouveau.

« La Colline Aux Coquelicots a pris une force que je n’avais pas anticipée. Son contexte, la vérité des sentiments de cette jeunesse, trouvaient un écho que le public peut, je le crois, partager. Sereinement, puissamment, ce film m’a appris que le futur est toujours possible et qu’il naît du passé. »

Notes de production...

Chacun des films du Studio Ghibli est un événement et apporte quelque chose de neuf à l’univers unique, riche et fascinant qui se dessine de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre. LA COLLINE AUX COQUELICOTS nous plonge dans les espoirs, les doutes et l’énergie de deux jeunes étudiants qui découvrent leur vie et le mystère de leurs familles. Le film associe des sentiments universels à une période de l’histoire japonaise très particulière. Cette fois, la magie de la vie que le Studio Ghibli sait nous faire partager comme personne surgit dans la réalité. Le film possède le parfum de l’espoir, le goût des premières fois et l’élan des passions que l’on ne doit jamais oublier...

Le Japon des années 60

Le 2 septembre 1945, après des années de guerres offensives brutalement stoppées par le premier bombardement nucléaire de l’histoire de l’humanité, le Japon signe sa reddition sur le pont du cuirassé américain Missouri, dans la baie de Tokyo. Le 10 octobre 1964, moins de vingt ans plus tard, le même pays accueille les Jeux Olympiques d’été dans la même ville et effectue un retour spectaculaire sur le devant de la scène internationale. Les années qui suivront seront celles d’une croissance exponentielle qui fascinera le monde entier, au point de faire du Japon un modèle absolu de réussite économique.