Notes de Prod. : La Conquête de l'ouest

    en DVD le 26 Novembre 2008

La Conquête de l'ouest : Plus qu'un film, UN monument

La Conquête de l’Ouest est resté, à bien des égards, comme un projet hors-normes dans l’histoire du cinéma américain, comparable en importance - sinon artistique, du moins mythologique - à La naissance D’une Nation de D. W. Griffth. Quelques chiffres suffisent à démontrer l’ampleur des moyens mis en œuvre et du travail accompli : 24 vedettes, 3 réalisateurs, 10 sites de tournage, 12 000 figurants, 5 chefs-opérateurs pour un récit de 162 minutes découpé en 5 épisodes. La MGM, bien décidée à offrir un spectacle sans précédent, avait adopté pour l’occasion le procédé Cinerama. Dramatiquement et esthétiquement, le film se présente comme une fresque brassant plusieurs générations de personnages -pionniers, trappeurs, soldats, shérifs. 
Le choix des réalisateurs pour mener à terme cette superproduction s’est tout naturellement porté sur des valeurs sûres, tant en termes de caution commerciale et artistique que de tempérament. Henry Hataway, qui a assuré à lui seul la direction de trois des cinq épisodes du film, George Marshall et le maître du western, John Ford, étaient rompus de longue date aux tournages épiques. (Pour l’anecdote, tous les trois avaient en commun d’avoir commencé comme accessoiristes à la Universal au temps du muet.) 

Hataway était très apprécié à Hollywood pour son professionnalisme à tout crin, sa capacité à maîtriser des grosses productions, films d’aventures ou westerns. Marshall, quoique moins talentueux qu’Hataway, partageait avec lui la même expérience des genres spectaculaires. Ses incursions répétées et réussies dans le western ont bien entendu joué pour beaucoup dans son élection. Ford, s’il était tout désigné pour intégrer le projet, était aussi le moins docile des trois. 

Toutefois le prestige de son nom justifiait bien, pour le studio, les risques que représentaient sa forte personnalité et son esprit indépendant. En fait le cinéaste fit preuve du même métier que sur ses films plus personnels en réalisant son segment en 14 jours. Souvent tenue pour intéressée (il a touché 50 000 dollars de salaire) et secondaire par ses admirateurs, sa participation, si l’on en juge par la qualité du résultat, a été sincère et passionnée. La parabole antimilitariste qu’est La guerre civile, la confontation entre mythe et réalité qui en fait le cœur, s’inscrivent parfaitement dans son œuvre. 

L’épisode, magistral, simple et dense comme un poème lyrique, offre un portrait sans concession des horreurs de la guerre, que seul surpasse sur ce plan son documentaire This Is Korea !. Ford a apporté à la fresque une touche sombre et intime sans laquelle le film serait plus monolithique. La Conquête de l’Ouest a rencontré un triomphe auprès du public et s’est vu consacré par la profession en remportant les Oscars du meilleur scénario, du meilleur montage et du meilleur son. Avec des films Cléopâtre de Mankiewicz ou La chute de l’empire romain d’Anthony Mann, il a été l’un des derniers monuments érigés par l’ancien Hollywood. Il constitue, aujourd’hui encore, un spectacle impressionnant.