Parlez-nous de François Pignon..
(...) Ce que j'aime vraiment chez Pignon, c'est qu'il n'a rien demandé mais que tout lui arrive.
C'est presque " chaplinesque " comme situation. Pignon est quelqu'un qui est au centre de l'histoire, au cœur de l'action, mais il n'en est pas le moteur. Il le devient malgré lui. Ce qui le caractérise aussi, c'est sa candeur, mais ce n'est pas un bénêt pour autant. (...)
Et l'écriture de Francis Veber va-t-elle influencer la votre ?
C'est sûr que quand on lit un script de
Francis Veber, on se dit qu'il a tout compris du cinéma. C'est simple, équilibré, harmonieux…(..) Comme je lui ai dit, c'est le patron de la comédie en France. Donc forcément je suis admiratif en tant qu'acteur mais aussi en tant qu'auteur. (..) On sent qu'il a tourné les répliques dans tous les sens, qu'il a testé toutes les combinaisons possibles de phrases, de mots pour les personnages.
Sur ce film, vous avec croisé le fer avec un ancien Pignon, Daniel Auteuil. L'avez-vous appelé avant le tournage pour prendre conseil ?
Quand il est venu me voir en spectacle à L'Olympia, je lui ai posé tout un tas de question sur la manière de tourner de Veber, comment ça se passe, et il m'a expliqué comment ça c'était passé pour lui sur
Le Placard. Et il m'a surtout conseillé de Construire avec
Francis Veber. (..) Même si c'est prétentieux, j'ai eu l'impression qu'ensemble on avait fabriqué ce film.
Vous qui avez l'habitude des rires du public, ça ne vous manque pas au cinéma ?
C'est sûr qu'il me tarde d'entendre les réactions du public sur certaines séquences de La Doublure (..) Le rire, c'est ce qui me fait, ce qui me donne confiance, qui me rassure sur le fait qu'il m'aime. Ce serait mentir de dire qu'il n'y a que le travail qui m'intéresse. Je cherche aussi à être apprécié, et qu'on rigole à ce que je fais.
Certains comédiens ont du mal à trouver leur place chez Véber. Avez vous facilement trouvé la vôtre ?
Il n'y a pas eu de contradictions entre nous, pas de relation de force. Dès le départ, j'ai décidé de me laisser diriger de A à Z , et je suis très heureuse d'avoir pris cette décision (..) Et il se trouve que tout ce que Francis m'a demandé de faire, j'arrivai à le faire comme il le voulait et que moi ça me convenait par rapport au personnage. Je n'ai pas eu de problème.
Comment s'est passé votre première rencontre avec Francis Véber ?
En fait, je l'avais déjà rencontré quatre ans avant pour le casting de
Le Placard, mais ça n'avait pas collé. Deux ans après, j'ai tourné dans Le Pharmacien De Garde, le premier film de son fils Jean Véber. (..) Cette nouvelle rencontre pour La doublures'est faite de façon très naturelle et sympathique. (..) Comme ça c'est bien passé sur le tournage, parce qu'avec Francis, on a la même musique, on est sur la même longueur d'onde.
Et avec Gad comment ça s'est passé ?
On a découvert ensemble Francis Véber. Chacun à sa façon, bien différente, et c'était agréable de partager ça avec lui. On est convaincus d'avoir une chance inouïe de participer à ce film, et que c'est peut être la première et la dernière fois que ça nous arrivera d'être autant dirigés, d'avoir autant de temps pour faire les prises, pour approcher cette perfection que recherche Véber.
Vous avez ressenti une pression particulière sur le tournage ?
Le premier jour oui. Parce que je tournais avec Daniel Auteuil, parce que tous les producteurs étaient sur le plateau à regarder si j'allais bien faire mon travail (..) et quand le premier assistant à annoncéé la fin de la journée, j'ai eu l'impression d'être un ballon qui se vidait de tout cette pression. (..) Et à partir de là , c'était lancé. (..) J'ai eu l'impression qu'il y avait comme un examen de pasage.
Vous avez été François Pignon dans Le Placard. Vous jouez son rival dans La doublure. Quelle différence y a-t-il ?
Etre Pignon génère une pression particulière. (..) Il y a un responsabilité, un cahier des charges très fort concernant le personnage. Car Pignon est plus qu'un nom dans un film, c'est un personnage qui représente un caractère bien déterminé, un héros particulier (..) C'est un rôle qui demande une concentration particulière qui demande à être là pendant un certain temps, à ne pas prendre en charge le rythme de la comédie, à subir et ça demande un doigté particulier, une direction particulière. (..) En revanche, les personnages qui gravitent autour de Pignon, et qui ont en charge l'action ou le rythme, ont beaucoup plus de liberté.
Frabcis Véber attire les grands acteurs. Est-il pour vous incontournable ?
C'est le même phénomène que Woody Allen : s'il a envie d'un star pour jouer un mec qui promène un chien pendant 12 secondes, il va l'avoir. Parce que, pour un acteur, c'est toujours agréable de cotoyer l'intelligence.
Etre choisi par Véber, ça fait quelle impresison ?
C'est formidable, mais en même temps c'est angoissant, parce qu'il est le maître du genre. De se retrouver face à lui avec d'autres acteurs plus habitués à tourner avec lui. (..) Il y avait à la fois un excitation et obligatoirement uen appréhension, une angoisse. De son côté aussi d'ailleurs.
Qu'est ce qui selon vous fait la particularité de Francis Véber?
Ce qui est étonnant c'est qu'il a une musique très particulière bien à lui, une écriture très personnelle. (...) Il faut se laisser aller pour rentrer dans sa magie. (...) Avec lui, il faut revenir à l'essence de l'acteur, être une sorte de pâte à modeler. Et ça marche très bien.
Dans un cadre aussi strict, y a-t-il de la place pour l'improvisation?
Francis est ouvert aux propositions. Mais c'est tellement lui, c'est tellement ses mots, son histoire, qu'il faut se laisser porter. Et puis c'est tellement rare d'avoir quelqu'un d'aussi sûr que lui dans la comédie. (...) On a le droit à l'improvisation qu'à partir du moment où l'on a trouvé le personnage et où la situation est assez forte pour emmener le spectateur dans le rire. Une fois qu'on a ça on peut éventuellement broder autour mais pas plus.