Notes de Prod. : La faute à Fidel

    en DVD le 06 Juin 2007

Anna par Nina Kervel

Un jour, à la sortie de l’école, une dame m’a donné une feuille pour Maman. La feuille décrivait le personnage d’Anna et cela me correspondait sur beaucoup de points ! Je n’avais jamais fait de casting et je n’en avais même pas eu l’idée, mais j’aime bien le cinéma. Avec Maman, on a décidé d’essayer. J’ai eu des textes à apprendre. Des fois je récitais, des fois il fallait improviser. J’étais un peu inquiète parce que je disais mes textes normalement et que je pensais que ça ne suffirait peut-être pas. Après ces séances, je retournais jouer avec mes copines et j’oubliais. Quand les gens du casting me rappelaient, je réapprenais mes textes, j’y retournais et j’espérais à nouveau.

Un soir, Julie Gavras est venue à la maison pour m’annoncer que j’avais été choisie. J’étais contente parce que, depuis le début, j’avais quand même travaillé beaucoup et que c’était une aventure qui n’arrive pas souvent. Après, il y a eu les grandes vacances, puis la rentrée scolaire et à la moitié de septembre, je suis partie pour tourner.

Avec Maman, on a lu le scénario mais je n’ai pas tout compris. Ce que j’ai retenu, c’est l’histoire d’une petite fille qui n’aime pas les changements. Elle habite dans une grande maison, elle adore les princesses et un jour, ses parents partent au Chili. Sa cousine et sa tante débarquent parce que son oncle est mort. La vie change complètement. Ils décident de déménager dans un petit appartement. Et moi, je n’aime pas ça. Parce qu’entre le mariage et les gens bien habillés, et les Chiliens barbudos qui traînent et fument tout le temps dans la maison, c’est dur pour une petite fille ! Après, elle s’habitue.

Moi, si mes parents décidaient de tout changer comme ça, je crois que je ne serais pas contente non plus. Je pense que les parents du film aiment leur fille mais ils sont un peu bêtes de tout changer. Ils ne s’occupent pas vraiment d’elle, ils l’oublient parce qu’ils sont dans leurs histoires de grands. Ils changent tout le temps de nounou sans la prévenir. C’est vrai que dans le film, je n’ai pas un caractère facile non plus !

La première scène que l’on a tournée était celle du mariage. Je regardais beaucoup la caméra. Pourtant, on m’avait dit de ne pas la regarder. Après, je me suis habituée et je ne l’ai plus regardée, je l’ai oubliée.

J’ai découvert qu’un film, c’était des petits bouts qu’on colle pour raconter une histoire. On refaisait les scènes jusqu’à ce que Julie soit contente. Julie est très gentille. Elle ne m’a pas souvent grondée. Elle m’expliquait bien les choses. J’aimerais bien continuer à la voir souvent, rester amie avec elle. Au début, je répétais toujours la même chose et j’écoutais Julie mais après, je me suis aperçue qu’on pouvait proposer des choses. On n’avait pas le droit de regarder ce qui venait de se tourner, Julie ne voulait pas pour qu’on reste naturels.

Je me suis super bien entendue avec Stefano. On s’amusait. Il était vraiment gentil sauf qu’il était souvent en train de réviser ses textes ! Des fois, avec Benjamin, mon petit frère du film, on allait fouiller dans sa loge. On trouvait des petits mots d’amour qu’il écrivait pour sa femme ! Quand il arrivait, on allait se cacher, mais il nous trouvait toujours!

Avec Julie Depardieu, on a bien parlé aussi mais elle mettait longtemps à se préparer dans les loges alors on avait moins de temps pour jouer. Sinon, c’est la première fois que j’avais un petit frère, Benjamin. C’est épuisant ! Il courait partout, il n’arrêtait pas de m’embêter ou de faire des bêtises !
Pour moi, ce qui était dur, c’était les textes à apprendre et la concentration. Je travaillais avec une coach, Nouma, qui me faisait réviser mes textes. Quand je ne les disais pas bien, elle me disait « Nina, tu n’es pas concentrée, on recommence ». C’est vrai que des fois, je n’étais pas concentrée. Quand je répétais avec Benjamin, il me regardait comme un poisson ! Des fois, je devais pleurer. Mais à quoi penser pour y arriver ? Je n’y arrivais pas, alors on refaisait la scène. Pour réussir, j’ai imaginé que mon chat se faisait écraser. Il y avait un autre truc difficile, c’était les vêtements. Je déteste la laine bouillie ! Les cols roulés me grattaient, les chaussettes aussi. J’avais chaud avec ma chemise blanche plus mon gros gilet, mon gros manteau. Au studio, il faisait toujours trop chaud.

Tout le reste était super. L’ambiance était géniale et je me suis bien amusée avec toute l’équipe. Avec ce film, j’ai vécu avec plein d’adultes et j’ai eu d’autres parents. Ça m’a montré d’autres choses ! Plus tard, peut-être que je serais comédienne, mais je termine d’abord mes études et si je passe des castings et que je suis refusée, après le trentième, je laisse tomber ma carrière !

Rencontre avec Julie Gavras, réalisatrice et scénariste

Comment vous est venue l’idée de La Faute à Fidel?
Il y a une douzaine d’années, j’ai vécu en Italie. Là j’ai rencontré Domitilla Calamai qui deviendra plus tard l’auteur de Tutta Colpa Di Fidel. Quelques années après l’avoir lu, Tutta Colpa Di Fidel me trottait toujours dans la tête : les années 70 vues par une petite fille qui les subit, aucune vérité historique imposée, juste celle d’une enfant d’une dizaine d’années qui voit sa vie bourgeoise et confortable chamboulée par l’engagement politique de ses parents. Je trouvais que c’était là une belle façon de raconter à la fois ces années-là et aujourd’hui. De raconter ma génération. Et de me raconter aussi un peu, tout en restant cachée derrière le livre.

Marie par Julie Depardieu

Je connais Sylvie Pialat, la productrice, depuis bien longtemps. C’est elle qui m’a dit que Julie Gavras avait pensé à moi pour un rôle dans ce film. La première chose qui m’a séduite dans le scénario, c’est cette petite fille perdue, qui se cramponne autant qu’elle le peut à son confort. La révolution, la politique, les rêves de liberté, elle n’en a rien à faire. Ses parents vivent leur révolution mais elle ne les comprend pas et se révolte. Ce qu’elle veut, elle, c’est ne plus changer de nounou et ne plus voir sa maison rétrécir ! Elle pourrait être considérée comme une égoïste ou une réactionnaire, mais elle est simplement bouleversante. Son histoire est à contre-courant des bons sentiments en vogue, et le film n’en est que beaucoup plus authentique et sincère. Rien que pour cela, le projet en valait déjà la peine.

Fernando par Stephano Accorsi

Lorsque j’ai rencontré Julie Gavras, elle m’a présenté le scénario qu’elle avait écrit, et le courant est tout de suite passé. Au-delà du sentiment humain, j’ai aussi ressenti son implication et la nécessité qu’elle avait de raconter cette histoire, qui n’a pourtant rien d’autobiographique. J’ai lu le scénario le lendemain et j’en ai tout de suite aimé le ton, le propos et la cohérence. Bien que se déroulant à une époque que je n’ai pas connue, il me parlait. Ce que vivait cette enfant m’a rappelé ce que j’avais moi-même éprouvé. Je crois que nous sommes nombreux dans ce cas, mais Julie avait trouvé un bon moyen de le partager. Elle connaît et comprend très bien la dynamique de l’enfance.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 10 905 entrées
  • Cumul IDF : 11 398 entrées

  • 1ère semaine France : 27 807 entrées
  • Cumul France : 49 017 entrées