Un film d’animation 3D démarre, à peu de choses près, comme un film 2D «traditionnel» : par des croquis de personnages et des storyboards dessinés à la main. Le storyboard est ensuite filmé et synchronisé avec les voix préenregistrées des comédiens pour donner aux animateurs une idée sommaire du déroulement de chaque séquence.
«C’est sur ces bases que l’animateur va construire les personnages, leur donner une réalité physique», explique Oedekerk. «Tout animateur est comédien», complète le superviseur T. J. Sullivan. «Il s’ imprègne des esquisses et de la voix de l’acteur, il mime le personnage, s’ enregistre lui-même en vidéo, puis dessine et enfin anime.»
Le superviseur général de l’animation David Andrews compare son travail à celui d’un professeur d’art dramatique : «Beaucoup de jeunes animateurs sortent tout juste de l’école. Je les ai coachés dans l’art d’incarner un personnage animé, de manière à ce que leurs choix aillent dans la bonne direction et soient conformes à l’orientation générale du film. L’équipe comptait plusieurs animatrices, ce qui a parfois facilité l’élaboration des personnages féminins. Mais ces dernières pouvaient également être jouées par des hommes, ce qui donnait des résultats assez cocasses. L’essentiel, pour nous tous, était de préserver de bout en bout la vision de Steve.»
La création de ces personnages a posé des problèmes techniques inhabituels, ne serait-ce que parce que les quadrupèdes marchent rarement comme de simples bipèdes. «Comment faire évoluer nos vaches sur deux pattes ?», se demande Andrews. «Impossible de les faire marcher sur les talons, puisque ceux-ci prennent le tiers de la hauteur de la patte. Il fallait donc les faire se dresser «sur la pointe des pieds».
Restituer visuellement la pesanteur de ces bovins fut aussi un problème. On peut se permettre certaines fantaisies dans une comédie animée et tricher avec la réalité et les lois de la physique, mais en prenant moult précautions.»
«Otis nous a demandé pas mal d’efforts», ajoute Andrews, «car chaque détail comptait, du contour de son ventre à ses narines et à son pelage.» Et
Dimitri Joannides, chef du département Développement «Nous avons expérimenté trente à quarante versions de sa robe, en changeant à chaque fois le nombre et/ou l’emplacement des taches. Même effort pour Daisy, dont nous avons fait de nombreuses versions avant d’aboutir à la plus évidente.
J’ai su que les créateurs de
Star Wars avaient dessiné trente à quarante versions de Yoda. Nous les avons égalés avec le personnage de Wild Mike. Steve savait très précisément ce qu’il voulait et m’avait fourni de petits dessins que j’ai tous gardés. Mais, avant d’arriver au résultat final,
il a fallu définir quantité de paramètres : son corps, sa peau, son look amphibien, son pelage. Ce qu’on découvre à l’écran est délirant à souhait.»
Oedekerk voulait que sa ferme soit abondamment peuplée, ce qui a amené les dessinateurs à créer quelque 180 personnages.
David Andrews : «On voit rarement un ou deux animaux seuls dans un plan. La plupart du temps, ils sont entourés d’amis et de comparses qui interagissent avec eux. Dans les grandes scènes de fiesta, presque tous ces personnages hétéroclites à souhait se côtoient dans le champ, avec les problèmes de continuité formelle et esthétique qui en découlent.»
La mise en place des éclairages est la dernière étape, cruciale, de ce long processus, car l’ambiance de la scène, la valorisation de tel ou tel personnage au détour d’un plan sont tous du ressort de l’éclairagiste.
La BO de
La Ferme En Folie comprend la partition de
John Debney ainsi que les nombreuses chansons sélectionnées par
Steve Oedekerk dès le début de la production. «D’Aerosmith à Peter Gabriel en passant par les North Mississippi All-Stars, c’est une musique festive et éclectique qui vous met totalement dans l’ambiance», se félicite le producteur exécutif
Aaron Parry. «Je suis sûr que les gosses vont adorer.»
Et Oedekerk de conclure sur une note musicale : «La musique a un rôle fondamental dans cette basse-cour pas comme les autres.
La Ferme En Folie n’est pas un fi lm musical à proprement parler mais je voulais que ces animaux jouent de la musique. C’est un rappel des «Merrie Melodies» et de la série «Silly Symphony». J’ai toujours adoré ces dessins animés et j’avais envie de leur rendre ce petit hommage.»