Comment avez-vous rencontré Anne Fontaine ?
Après m'avoir remarquée sur Canal Plus où je présente la météo,
Fabrice Luchini a suggéré mon nom à
Anne Fontaine. Au départ, elle a un peu hésité à me confier le rôle parce que je n'avais aucune formation, ni aucune expérience de comédienne. Je lui ai répondu que je savais très bien mentir ! Elle a ensuite eu peur que le personnage soit trop outrancier pour moi. Du coup, je lui ai montré des extraits d'une émission pour les 11-17 ans que j'animais il y a quelques années sur la chaîne du câble Filles TV : j'étais habillée en rose bonbon dans un décor zébré et léopard où je passais mon temps à interpeller les téléspectatrices sur un ton très accrocheur. Elle m'a alors dit que j'étais capable d'interpréter le rôle...
Qu'est-ce qui vous a séduite dans le scénario ?
En fait, au départ, j'ai fait plusieurs essais sans avoir lu le scénario : c'était la volonté d'
Anne Fontaine. Une fois que j’ai su que j’avais le rôle, j’ai lu le scénario, et il m’a semblé que mon personnage n’était pas assez touchant. J'en ai parlé avec Anne et on a un peu réécrit quelques passages pour rendre Audrey plus drôle et émouvante – même malgré elle.
Comme vous, votre personnage est présentatrice météo à la télévision…
C'est un pur hasard !
Anne Fontaine voulait que le personnage de
Fabrice Luchini tombe amoureux d'une fille qui fait un boulot considéré comme pathétique. Je craignais pas mal qu'en interprétant une Miss Météo, le public ne perçoive en moi que mon image télévisuelle, et non pas le personnage d'Audrey. Mais j'ai compris qu'il y avait tout un jeu sur le rapport au temps et au climat et que la fonction d'Audrey trouvait finalement sa cohérence.
Paradoxalement, vous êtes souvent dans la retenue.
Comme il s'agit d'un personnage fantasque aux tenues extravagantes, je trouvais qu'il valait mieux jouer la sobriété pour la rendre crédible et ne pas aller dans la caricature. Par ailleurs, il ne fallait pas qu'elle soit trop agressive dans ses intonations pour qu'on comprenne que le personnage de Luchini tombe sous son charme.
Pensez-vous qu'Audrey ait un côté manipulateur ou qu'elle soit dans la candeur absolue ?
Je l'ai jouée sans savoir et sans prendre parti. D'ailleurs,
Anne Fontaine souhaitait que je joue sur l'ambiguïté du personnage : par moments, elle me disait qu'Audrey était vraiment amoureuse de Bertrand, qu'interprète Luchini, et à d'autres, qu'elle se moquait de lui et que c'était une arriviste. Pour moi, Audrey est aussi une comédienne. En tous les cas, c'est elle qui mène la barque.
Quels sont ses rapports avec Christophe, campé par Roschdy Zem ?
Anne ne m'a pas dit grand-chose sur sa relation avec lui. Je trouvais que c'était bien d'apporter un sentiment amoureux dans mon regard sur lui. Même si elle a des mots durs à son égard, je voulais que dans la scène de la voiture, elle ait de l'amour pour lui et pas seulement du désir.
Est-ce qu'Audrey n'est pas punie en raison de son attitude de femme libre ?
Oui, elle se comporte en fait comme un homme. Audrey vit sa sexualité très librement et ne se pose pas de question quand elle couche avec tel ou tel garçon. D'ailleurs, en me voyant à l'écran, j'ai remarqué que j'avais une carrure quasi masculine et qu'avec des talons hauts, je dépassais
Fabrice Luchini d'une tête. J'en ai parlé avec
Anne Fontaine qui m'a dit que c'est ce qui lui avait plu physiquement chez moi : elle voulait jouer sur le pouvoir sensuel et physique du personnage d'Audrey qui, dans le même temps, est socialement inférieure à l'avocat. Moi-même, dans la vie, je m'habille souvent comme un garçon avec des vêtements amples et je me sens presque mal à l'aise quand je porte un décolleté sexy ou une tenue près du corps.
Comment expliquez-vous qu'un homme comme Bertrand soit fasciné par votre personnage ?
Je crois qu'il la trouve drôle et qu'elle le séduit par son absence totale d'inhibition et de névrose. Il n'y a aucun calcul dans sa démarche et Bertrand n'est pas habitué à ce type de femme. Du coup, cela le soulage d'une certaine façon ! Cet homme qui subit une pression terrible au quotidien trouve chez Audrey une simplicité qui le repose. D'ailleurs, à la fin du film – qu'on ne révélera pas –, il est presque heureux.
Avez-vous participé à la conception des costumes d'Audrey ?
Un tout petit peu. Au départ, la styliste avait proposé des tenues assez ados, comme des robes à fleurs hawaïennes. Mais ce n'était pas assez sexy et violent pour le personnage. Je lui ai alors suggéré une boutique que je connais et qui vend des vêtements et des accessoires à des travestis et des strip-teaseuses du Pink Paradise dans le quartier de la Goutte d'Or. Du coup, presque tous les costumes que je porte viennent de là-bas.
Vous êtes-vous inspirée de Brigitte Bardot ?
Si je n'ai pas cherché à l'imiter,
Anne Fontaine a souhaité que je sois bronzée et décolorée comme elle : Anne a même montré des livres de Bardot à la coiffeuse pour qu'elle s'en inspire. Anne m'a également demandé de danser comme Bardot dans
Et Dieu Créa La Femme.
Comment s'est passée la rencontre avec Fabrice Luchini et Roschdy Zem ?
Sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus, je ne suis jamais intimidée par les personnalités que l'on reçoit, même si je suis souvent admirative. Avec
Fabrice Luchini, je pensais être impressionnée au départ, mais il m'a immédiatement mise à l'aise : sa drôlerie constante permet à tout le monde de se détendre et d'évacuer son stress.
Roschdy Zem, de son côté, m'a beaucoup appris à jouer avec le regard de l'autre. Alors que, dans mon travail pour la télévision, je m'adresse à une caméra, Roschdy m'a expliqué à quel point il était crucial que je le regarde, lui, pour savoir comment jouer la scène.
Avez-vous beaucoup répété ? Anne Fontaine n'a pas souhaité que je prenne de cours avant le tournage, mais elle m'a conseillé après coup de prendre des cours de chant pour mieux savoir placer ma voix. En revanche, je me suis initiée à la danse pendant trois mois et j'ai appris à faire du scooter ! Et, surtout, j'ai énormément répété les textes avec Anne qui m'a beaucoup coachée. Du coup, j'étais extrêmement préparée et j'avais hâte de démarrer le tournage.
Comment avez-vous vécu cette première expérience d'un plateau de cinéma ?
En général, pour mon travail sur Canal Plus, je contrôle tout : j'écris mes textes, je discute avec le réalisateur du moindre plan sur moi, je choisis les musiques et je participe au montage. Du coup, cela a été un peu difficile de m'abandonner complètement et d'être l'instrument de quelqu'un d'autre pour faire passer un message qui n'est pas le mien. Par ailleurs, j'ai trouvé qu'il était parfois difficile d'être naturelle quand on doit prendre en compte tous les paramètres techniques inhérents à un plateau de cinéma : l'omniprésence de la caméra, la perche, la présence des techniciens etc. En réalité, j'ai pris conscience à quel point rien n'est naturel sur un tournage ! Par exemple, il était impossible de m'équiper d'un micro sans fil en raison de mes tenues vestimentaires particulièrement légères. Il fallait donc que j'élève ma voix pour que le perchiste m'entende bien – malgré le bruit constant des voitures – tout en m'efforçant de jouer naturellement.