Jean-jacques Zilbermann dit que, par votre musique, vous avez apporté de la légèreté à La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy. Comment s’est déroulée votre collaboration ?
On s’est rencontrés, il y a environ deux ans, à une projection au musée d’Art et d’
Histoire du Judaïsme du documentaire “Cabale à Kaboul”. On a sympathisé, il m’a dit qu’il préparait un film et qu’il allait m’appeler. Quelques mois plus tard, il m’a proposé de venir, avec mon groupe “Les yeux noirs”, accompagner
Antoine De Caunes qui, dans
La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy, jouait de la clarinette. Puis, il m’a demandé avant le tournage d’être une sorte de conseiller musical.
Dans un premier temps, on a fait le tri, en fonction des scènes, de ce qu’il avait déjà fait enregistrer par Giora Feidman. Ensuite je lui ai fait écouter des petites trouvailles, comme la chanson de Davy Crocket en yiddish. En fait, c’est pendant le tournage qu’il m’a parlé de composition musicale parce que tout d’un coup, il lui est apparu qu’il voulait une autre musique, effectivement plus légère, moins grave, à côté de celle de Giora Feidman, comme pour la contredire, pour jouer sur des émotions différentes. Je lui ai d’abord composé une valse pour le mariage et une hora, une danse israelienne traditionnelle. Puis, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à composer à peu près vingt-cinq minutes de musique.
Quel était le moteur de votre inspiration ?
Jean-Jacques lui-même. Je trouvais important que la musique soit le reflet de ce qu’il est intimement. Il m’a semblé que ce qui lui ressemblait sur le plan musical, c’était une sorte de Charlie Chaplin klezmer. Pour résumer, je peux dire que j’ai été sous influence du style klezmer, sous influence de la personnalité de Jean-Jacques, et des images du film que j’avais vues, à la fois sur le tournage et au montage... Je voulais que la musique soit un peu le contrepoint du phrasé du film. Je n’aime pas beaucoup les musiques qui soulignent, qui vous disent quand il faut pleurer ou rire, j’aime bien au contraire tout ce qu’il est possible, grâce aux arrangements, de dire, de tisser autour des mots et du jeu des comédiens, tout ce qu’il est possible d’écrire entre les notes et qui donne de la perspective.
Vous avez déjà écrit la musique de plusieurs documentaires, mais c’est la première fois que vous signez celle d’un film de fiction. en quoi était-ce différent ?
Ce n’est pas très différent car j’aime bien m’attacher au rythme des images, au rythme de la parole - la parole est mélodique, c’est ce qui m’inspire et qui m’influence. Sauf que dans un film de fiction, et c’est d’ailleurs ce qu’on a fait là, on peut davantage identifier des mélodies à des personnages. Dans un documentaire, cela aurait toutes les chances d’être caricatural, alors que là je pouvais vraiment associer un rôle à une mélodie ou alors un rôle à une couleur musicale. C’était intéressant de pouvoir réutiliser des mélodies et de les arranger différemment au fur et à mesure que le film avance et que les personnages évoluent.
Qu’est-ce qui vous frappe le plus chez Jean-jacques Zilbermann?
Il est très inquiet et, en même temps, on dirait qu’il est resté, à 50 ans passés, un adolescent. Sur le plateau, j’ai été surpris par son calme. Il est surtout extrêmement ouvert aux propositions.C’était vraiment très agréable de travailler avec lui. Même après les enregistrements, on a continué d’améliorer, d’ajouter des choses. Au montage, on a fait un travail hyper chronométré. Une respiration ici, un effet là...
Sur le plateau de La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy, vous avez joué les figurants en accompagnant Antoine De Caunes lorsqu’il joue de la clarinette...
Antoine est quelqu’un de très curieux, de très bienveillant, de très attentionné. Il n’arrêtait pas de nous poser des questions sur la musique, sur notre travail, et il rebondissait sur ce dont on lui parlait ou sur ce qu’on lui faisait écouter et nous faisait écouter des musiques qu’il aime. C’est quelqu’un qui partage énormément. Il y a une vraie grâce chez lui. C’était très plaisant de jouer ensemble sur le playback de Giora Feidman. Un coup d’œil suffisait pour qu’on soit dans le même mouvement, dans le même rythme. Je trouve d’ailleurs que c’est un clarinettiste très crédible. Dans le premier film, je me suis même demandé si ce n’était pas lui qui jouait !